Laurent Filoche : L’UDGPO en prise directe avec l’actualité




Laurent Filoche, Président UDGPO et PharmaCorp 





L’Union des Groupements de Pharmaciens d’Officine (UDGPO) représente 8 groupements (DPG, Le Gall Santé Services, ExcelPharma, PharmaCorp, Univers Pharmacie, Mutualpharm, iPharm et Pharmacyal) et plus de 3000 pharmacies. Elle défend tous les groupements ET leurs adhérents, quelque soit leur modèle : GIE, Enseignes, Régionaux, et Nationaux. Son mode de gouvernance lui permet de réagir rapidement pour défendre le pharmacien acteur de santé, commerçant et chef d’entreprise. L’engagement de l’UDGPO s’exprime aussi bien dans des actions de fond (lobbying auprès des autorités) que dans des actions concrètes (procès contre Leclerc et Doctipharma). Au cours des dernières années, l’UDGPO s’est affirmée comme le bras armé de la profession par les actions judiciaires qu’elle mène avec une grande détermination. Pour mieux rebondir sur une actualité qui met à mal les intérêts économiques du pharmacien mais aussi le maillage territorial des officines nous avons interviewé son président depuis plus de quatre ans : Laurent Filoche également Président de PharmaCorp.


Celtinews : En quoi le projet de loi qui vise à libéraliser la vente en ligne de médicaments en France, s’oppose -t-il aux intérêts de la profession ?
 
Laurent Filoche : 
Ce projet de loi préparé par le ministère de l’Economie est passé en Conseil des ministres le 5 février avant son vote au Parlement puis au Sénat.  
L’Article 27 de ce projet de loi qui vise à promouvoir la vente en ligne de médicaments OTC pose problème à la profession de trois points de vue.   
Il autorise tout d’abord les plateformes. Demain, le pharmacien pourra solliciter les services d’une plateforme pour distribuer des médicaments sans prescription. 
La vente en ligne pourra se faire à partir d’entrepôts déportés alors qu’aujourd’hui, le lieu d’expédition des produits doit rester dans un périmètre distant de 3 kms au plus de la pharmacie.
Troisième élément, le chiffre d’affaires du commerce électronique sur les médicaments et la parapharmacie ne rentrerait pas en compte pour le calcul du nombre d’adjoints. 

De nombreuses interrogations émergent de ce projet de loi. 
A l’heure où le paracétamol passe derrière le comptoir, quelle est la logique de ces mesures ? Quelle qualité de l’acte pharmaceutique, quelle sécurité et traçabilité de la délivrance si le pharmacien ne peut pas contrôler les envois alors qu’il en est responsable ?

Sans parler du risque majeur de voir Amazon s’engouffrer dans cette brèche pour demander à pouvoir délivrer des médicaments sur prescription et embaucher des pharmaciens pour son propre compte, captant directement le marché et détruisant de fait le maillage territorial des officines en France. 

Face à cette gestion sans boussole du monde pharmaceutique, première victime du manque de coordination entre l’avenue de Ségur et Bercy il va sans dire que la profession se mobilise. 
La profession unie demande donc le retrait immédiat du texte, avant même qu’il ne soit déposé au Sénat, sous peine de provoquer un casus belli entrainant la fermeture de nos officines comme nous l’avions fait il y a 5 ans.

Celtinews :  L'UDGPO a récemment remporté un procès contre LECLERC pour publication mensongère. Pouvez-vous SVP revenir avec nous sur ce point et nous en confier les prochaines étapes ?
  
Laurent Filoche :
Avec plaisir. 
Même si les dommages et intérêts versés par LECLERC peuvent paraître limités, l’UDGPO est très fière de cette victoire.
LECLERC présente les parapharmacies E. LERCLERC comme étant toutes dirigées par un Docteur en pharmacie et vante les « conseils du docteur en pharmacie » qui y sont prétendument délivrés à la clientèle, CE QUI EST FAUX. 
L’UDGPO a gagné en date du 6 décembre 2019 un procès condamnant LECLERC à lui verser 35 000 euros pour publicité mensongère. 

Pour aller plus loin, l’UDGPO va organiser l’action en justice de toutes les officines se trouvant jusqu’à 30 minutes en voiture d’une parapharmacie LECLERC. Les 1000 à 2000 pharmacies concernées, habilitées à réclamer un préjudice moral et économique, vont donner pouvoir à l’UDGPO. L’UDGPO agira en leur nom par l’intermédiaire du cabinet d’avocats qui lui a permis de gagner le premier procès. 

Cette nouvelle procédure, qui ne prendra pas de temps aux pharmaciens concernés, permettra de faire payer LECLERC. 
Dans des affaires similaires, les pharmacies plaignantes ont reçu jusqu’à 10 000 euros. Dans le cas présent nous parlons donc d’un montant de 10 à 20 millions d’euros qui seront légitimement restitués aux pharmacies lésées !   

Celtinews : Les biosimilaires font l’objet de nombreux débats. Les pharmaciens pourront-ils en fin de compte les substituer ? Quels sont les freins rencontrés ?

Laurent Filoche :
Le droit de substitution des biosimilaires par le pharmacien est paru dans la loi de 2014 mais n’a jamais été mis en application malgré une lettre adressée au premier ministre en personne lui demandant expressément que le décret paraisse.
 
Pire, dans le PLFSS 2020, le gouvernement a abrogé la loi qui autorisait cette substitution.
 
Agnès Buzyn a promis de réunir toutes les parties prenantes cette année pour arriver à mettre en place cette substitution des biosimilaires par le pharmacien mais les choses n’avancent pas assez vite, freinées par l’action de certains think tank à la solde des industriels, et qui ont activement œuvré à l’abrogation de la loi. 

Rappelons que l’enjeu de la substitution des biosimilaires dans notre pays se monte à 1 milliard d’euros ! Sans compter le relais de croissance que représentent les biosimilaires par rapport aux génériques et le moyen de lutter contre les ruptures d’approvisionnement.
 
Les syndicats ont la main sur le dossier et nous ne pouvons que les pousser à mettre les biosimilaires sur le haut de la pile avec l’objectif d’aboutir à une loi appliquée dès le mois d’octobre lors du prochain PLFSS.
 
Les actions de lobbying menées par la profession seront prochainement renforcées dans des données rendues disponibles sur le coût entrainé par le retard d’application de la loi pour la sécurité sociale. 

Celtinews, le 10/02/2020
Commentaire
Germain D
10/02/2020
L'UDGPO va t-elle contacter tous les pharmaciens concernés ?
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