Luc Besançon, directeur général AFIPA : Pharmaciens, un rôle d’avenir dans la pratique de l’automédication




Luc Besançon, Directeur Général AFIPA




L’Afipa représente les industriels qui produisent et commercialisent des produits de santé disponibles en pharmacie sans ordonnance (médicaments, dispositifs médicaux et compléments alimentaires).
L’AFIPA dont la mission est de promouvoir le développement de l’automédication responsable et des produits du marché du self-care compte 33 laboratoires pharmaceutiques adhérents et 25 000 salariés. 
60% du marché du self-care et 80% du marché de l’automédication sont représentés par l’AFIPA.
L’automédication, marché mature ou marché d’avenir ? 
Pour mieux en comprendre les enjeux, les tendances et les challenges, nous avons interviewé le nouveau directeur général de l’AFIPA, Luc Besançon, docteur en pharmacie dont l’expertise internationale du monde de l’officine et de la pharmacie n’est plus à démontrer.  


Celtinews : Avant d’aller plus loin, merci de nous préciser ce que recouvre exactement les termes de self-care, d’automédication et ce qui en fait la valeur.  
Luc Besançon : 
Le self-care est un terme anglais, notamment repris par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour décrire l’ensemble des actions mises en œuvre par les patients pour prendre en main leur santé et leur bien-être. 
Parmi ces actions, les patients peuvent avoir recours à des produits de selfcare tels que des médicaments à prescription médicale facultative (PMF), des dispositifs médicaux et des compléments alimentaires.
Le champ de l’Afipa couvre ces trois statuts de produits, dès lors qu’ils sont vendus en pharmacie et sans avoir été prescrits. 
L’automédication décrit à la fois une pratique (la décision d’un patient d’utiliser un médicament) et par extension, les médicaments à prescription médicale facultative non prescrits. A travers notre nom (Association française de l’Industrie Pharmaceutique pour une Automédication responsable) et dans nos prises de position, nous insistons sur le bon usage des médicaments à prescription médicale facultative, pour lequel mes confrères pharmaciens jouent un rôle essentiel.

Celtinews : Tendances du marché, barrières et leviers, pouvez-vous nous en dire plus sur la dynamique du marché de l’automédication ? A quels besoins répond-il ? Comment se situe la France par rapport aux autres pays ?  
Luc Besançon : 
A l’instar des autres pays, le marché du self-care a cru en France au cours des 5 dernières années (en moyenne de 0,7% par an). Cette croissance s’est notamment appuyée sur les dispositifs médicaux et les compléments alimentaires, alors qu’on a constaté sur cette même période un tassement des médicaments de PMF (ce qui fait de la France une exception). 
L’Afipa a montré que les décisions des autorités de santé notamment de l’ANSM ont joué un rôle significatif dans ce tassement des médicaments de PMF. 
En France, le développement du self-care s’appuie avant tout sur la confiance des patients envers leur pharmacien mais aussi sur ses compétences (avec un indice de confiance de 8/10 attribué au pharmacien par les Français) , ainsi que sur le désir encore plus marqué chez les moins de 35 ans de prendre une part plus active dans la gestion de leur santé. 

Celtinews : Comment voyez-vous l’avenir du marché de l’automédication ? Quelle offre, quelle place dans les officines (espaces physiques, en ligne) ? Quels moyens d’information ? …
Luc Besançon : 
Les patients français souhaitent de plus en plus avoir accès à des solutions de santé sûres, efficaces et personnalisées. L’automédication répond à ses évolutions de comportements que sont :
• la volonté d’être acteur de santé, stimulée par la multiplication des sources d’information. L’automédication y répond en conférant plus d’autonomie aux patients, en leur permettant de s’approprier la gestion de leur santé au quotidien. Rappelons qu’aujourd’hui 80% des Français pratiquent l’automédication. 
• le désir d’immédiateté. L’automédication y répond car elle permet un gain de temps en évitant une consultation médicale tout en bénéficiant de l’accès au pharmacien : en France il faut en moyenne 6 jours pour simplement obtenir un rendez-vous chez le médecin.
• le souhait de proximité et d’accessibilité marqué par l’avènement du digital. L’automédication y répond avec un accès direct et facile au pharmacien véritable professionnel de santé de proximité grâce au maillage officinal de près de 22 000 pharmacies.

Enfin, l’automédication profite à la collectivité en ce qu’elle contribue à fluidifier le parcours de soins. Le pharmacien et son équipe officinale délivrent leurs conseils pratiques en première intention. Ils ont un rôle essentiel pour apporter de la valeur aux médicaments de PMF, en y ajoutant sa compétence clinique et en faisant de la pharmacie un lieu de santé de proximité. En effet, 59% des Français choisissent un produit d’automédication en pharmacie avec le conseil du pharmacien et moins de 10% des Français ne leur demandent jamais de conseil. Leur rôle est donc clef. 

Face aux développements des ventes par Internet pour des produits de self-care, développer le réflexe pharmacien au sein de la population française (aller à la pharmacie en première intention pour des affections courantes et bénignes) est essentiel pour maintenir et accroître la place des officines dans le système de santé… et le cœur des patients.
Le développement de la téléconsultation médicale peut également s’inscrire dans ce sens, dès lors que la pharmacie a intégré cette offre à ses activités habituelles de conseils basées sur les produits de selfcare, à l’instar de ce qui se fait en Suisse : le recours à une téléconsultation n’intervient que si aucune solution ne peut être fournie en pharmacie ou en cas de doute du pharmacien. Aussi le patient peut venir pour une téléconsultation mais le pharmacien peut apporter des solutions efficaces sans avoir recours à une prescription.

L’Afipa croit fermement au rôle clinicien des pharmaciens d’officine notamment pour les soins de premiers recours. C’est pourquoi nous construisons actuellement un projet pour soutenir les pharmaciens et développer un vrai Parcours de Soins Officinal. Cela a d’autant plus de sens que nous avons observé que le rôle du pharmacien sera plus important dans la pratique de l’automédication dans les prochaines années tandis que 22% des Français anticipent une augmentation de leur consommation de produits vendus en pharmacie(2)

(2) Source : Etude Harris Interactive pour l’Afipa « Automédication : marché mature ou marché d’avenir ? » - Juillet 2019

Celtinews, le 27/01/2020
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