Gilles Bonnefond : Les chauds et froids de la rentrée 2019

Gilles Bonnefond, Président de l’USPO

Le 20 juillet 2017, après 5 mois de négociations, Gilles Bonnefond, Président de l’USPO (Union des syndicats de pharmaciens d’officine) et Nicolas Revel, Directeur général de l’UNCAM (Union nationale des caisses d’assurance maladie) signaient l’avenant n°11 à la convention pharmaceutique.
Après 19 mois de réforme, Gilles Bonnefond revient avec nous sur le bilan économique de l’officine mais aussi sur l’inquiétude que suscite les ruptures de stocks auprès de la profession. Les derniers chiffres publiés par l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) ne font que confirmer la hausse des ruptures et tensions d’approvisionnement des médicaments qui atteignent le chiffre de 871 en 2018, mettant à mal le service aux patients et l’image du pharmacien.

Celtinews : Gilles Bonnefond, la nouvelle réforme est concrètement entrée en vigueur en février 2018. Quel bilan pouvez-vous en faire du point de vue économique et métier ?

Gilles Bonnefond : Commençons en effet par rappeler que cette réforme marque une différence fondamentale avec la convention précédente par la transformation du mode de rémunération du pharmacien, avec un transfert de la marge commerciale vers des honoraires de dispensation, et la reconnaissance de la compétence et du rôle incontournable du pharmacien comme professionnel de santé.

A savoir si nous avons su saisir l’opportunité économique de cette réforme ? La réponse est claire et les faits sont là. Si 2018 a été une année stable, 2019 voit la marge en euros des pharmaciens augmenter et même surperformer de 150 Millions d’euros.
Sur les 19 premiers mois de janvier 2018 à juillet 2019, la rémunération augmente de 43,7 Millions d’euros par rapport à la même période de l’année précédente et la marge commerciale liée aux honoraires de dispensation de 126,2 Millions d’euros, pour être plus précis.














Grâce à cette réforme, l’impact des baisses de prix est de plus en plus amorti et le nombre d’ordonnances prévues pour les honoraires a augmenté plus que prévu. Cette performance est d’autant plus remarquable que la chute du nombre de boîtes s’est accélérée. 84 Millions de boîtes ont été perdues sur les 19 mois d’application de la réforme soit autant que sur les 3 années précédant la réforme !
Une autre réussite de l’avenant n°11 est d’avoir introduit un équilibre entre les aspects économique et métier de l’officine. Entretiens pharmaceutiques et bilans partagés de médication, DMP, télémédecine, télésoins, pharmacien correspondant, services de PDA et livraison à domicile, médiation officinale, vaccination, TROD, prévention, dépistage, évaluation en vie réelle, CPTS, parcours de soins coordonné, soins non programmés, dispensation sous protocole, la liste est longue pour valoriser nos compétences.
Cette stratégie globale n’a pu se forger que sur la base d’une confiance forte établie avec l’assurance maladie, l’Elysée et Matignon, avec Agnès Buzyn comme avec Gérald Darmanin. Aujourd’hui, la ministre de la Santé, convaincue du modèle économique non lié à l’activité mais au parcours de soins mis en place pour l’officine, tient le même discours en direction des autres professionnels de santé et l’hôpital.
Du travail reste encore à faire sur la rémunération à la boîte qui pénalise notre évolution. Certains contestent cet accord conventionnel et voudraient un nouvel arrêté de marge ? un nouvel accord conventionnel ? A ce stade, l’histoire ne le dit pas car nous assistons à une lutte stratégique d’influence « ministère de l’Economie » versus « convention pharmaceutique » et les arbitrages seront politiques. Nous pensons de notre côté que l’approche conventionnelle constitue un meilleur vecteur pour réformer en profondeur toutes les professions de santé y compris bien sûr leur rémunération. L’USPO a demandé son soutien au Ministère dans ce sens.

Celtinews : La profession s’agace et s’impatiente face aux ruptures et tensions d’approvisionnement des médicaments. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

Gilles Bonnefond : Les ruptures affectent directement l’image du pharmacien et du réseau. Face à cette dégradation dont Agnès Buzyn est parfaitement consciente, l’USPO mène une action concrète suivant deux axes.

L’USPO dénonce un climat de défiance entre les laboratoires et les grossistes-répartiteurs dont les patients sont les premières victimes. Dans notre business qui n’a rien de classique parce qu’impliquant des malades, seule la transparence permettra de rétablir la confiance dans la chaîne de distribution.

Grossiste, laboratoire, officine, un pharmacien responsable est en poste à chaque étape de la chaîne de distribution et l’USPO milite pour la responsabilité ! Cela signifie que chacun doit pleinement exercer son métier et en rendre compte. Si problème il y a, quel que soit l’échelon de la chaîne de distribution, le responsable doit pouvoir s’expliquer. Vous verrez alors que tout rentrera très vite dans l’ordre. Le pouvoir du pharmacien responsable mérite d’être renforcé afin d’exercer une saine pression sur qui de droit au sein des organisations. Aux ARS ensuite de sanctionner les pratiques inadaptées.

Les laboratoires pharmaceutiques contingentent trop souvent les médicaments suivant leurs propres critères. Cette question est déjà en discussion au niveau de l’Agence et le gouvernement envisage des sanctions dans le projet de loi de la Sécurité sociale pour 2020. La fluidité du circuit de distribution passe par une volonté politique. L’idée d’un décret d’interdiction d’exportation de certains médicaments est contestée par les grossistes avec la menace de faire remonter leur désaccord au niveau de l’Europe si besoin.

La seule solution est de travailler à l’identification du problème sur chaque rupture et de faire jouer la responsabilité.
La prednisolone aura été un bon exemple. Les pharmaciens hospitaliers se plaignent aussi de cette stratégie de gestion sous-jacente inacceptable dont le ministère a conscience.

Pour terminer sur une note positive et redonner de la perspective à mes propos, bien sûr la question des ruptures doit être réglée une fois pour toute et l’évolution du métier de pharmacien doit coller au plus près des problèmes de santé publique. Patients âgés, chroniques, soins ambulatoires, prévention, dépistage doivent se placer au cœur d’un accompagnement du pharmacien qui intègre les nouvelles technologies.
Pour ce faire, l’évolution des modes de rémunération, de la législation sur les nouvelles missions et l’accès au DMP marquent des progrès conséquents qui ont totalement changé l’image du pharmacien d’officine au cours des derniers mois.

Celtinews, le 30/09/2019 
Commentaire
SP
01/10/2019
Ordonnances qui ne rapportent plus grand chose ? C'est une blague ? La rémunération par ordonnance délivrée a retrouvé son niveau de 2015. Effectivement, la rémunération par ordonnance avait baissé grâce à l'honoraire à la boîte qui n'a pas protégé la profession. En 2018, grâce à la modification de la rémunération par tranche et la réintroduction de marge sur la première tranche, la rémunération par ordonnance avait progressé de 3 % en 2018. Avec l'introduction des honoraires de dispensation qui nous protègent des baisses d'unités et de prix, elle a encore progressé de 1,25 %. Il ne faut pas faire payer à la réforme actuelle les erreurs de la réforme du 1 € à la boîte qui a fait plonger la rémunération de 345 M€ en 3 ans
maignan
01/10/2019
Les nouvelles technos très chronophages pour délivrer des ordos qui ne rapportent plus grand chose et des compétences à rémunérer dans les frais fixes de personnel ? L'équation m'inquiète.
Le potard
01/10/2019
A quand un droit de délivrance (pour le pharmacien) pas de prescription pour certains médicaments inscrits à un tableau en l'absence de médecin (hormis tranquilisants et stupéfiants) ? Samedi matin sans médecins présents et week-end avec maisons médicalisées à plus d'une heure de route pour ceux qui sont motorisés.
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