Robin Tocqueville-Perrier : « Pharmacien et citoyen »

Robin Tocqueville-Perrier, Président ANEPF
 
L'Association Nationale des Etudiants en Pharmacie de France (ANEPF) est une association loi de 1901 créée en mars 1968. Elle est l’unique association nationale de représentation des étudiants en pharmacie et défend à ce titre leurs intérêts. L’ANEPF est à l’origine de publications régulières comme le Journal de l’ANEPF ; ou annuelles avec le Guide pratique de l’Étudiant en Pharmacie ; le Guide de l’installation du jeune pharmacien ; le Guide des Masters 2 ; le Guide des Professions Pharmaceutiques ; ou encore le guide des Diplômes Universitaires.
L’ANEPF entretient des liens étroits avec les associations étudiantes des différentes filières de santé ainsi qu’avec l’ensemble des acteurs du circuit du médicament, qu’ils soient acteurs de la pharmacie ou décideurs institutionnels au plan national. De plus, l’association travaille sur les affaires européennes et les questions de mobilité internationale.
Robin Tocqueville-Perrier a été élu Président de l’ANEPF lors du 54ème congrès de l’association qui s’est déroulé du 28 Juin au 01 Juillet 2018 à Clermont-Ferrand. Etudiant initialement à Montpellier, Robin s’est établi cette année à Paris pour mieux servir son engagement associatif. La rédaction a souhaité l’interroger à la fois sur la campagne grand public consacrée à la vaccination lancée par l’ANEPF fin avril et l’Europe de la santé, projet dans lequel s’inscrit l’association étudiante.

Celtinews : Robin Tocqueville-Perrier, pourquoi une campagne grand public sur la vaccination par les étudiants ?

Robin Tocqueville-Perrier : Sous le label de santé publique Medic’Action, l’ANEPF a déjà mené d’autres campagnes sur la contraception et l’antibiorésistance par exemple.
Cette nouvelle campagne sur la vaccination est totalement en lien avec l’actualité de la vaccination antigrippale par les pharmaciens d’officine et sa généralisation à l’ensemble du territoire. Elle intervient au moment de la publication de l’arrêté autorisant les pharmaciens à vacciner. Elle est également cohérente avec le projet de lutte contre toute épidémie comme celle de la rougeole souhaitée par l’ANEPF.
La sortie officielle de cette vidéo, et ce n’est pas un hasard, coïncide également avec la semaine européenne de la vaccination, enjeu de santé publique pour tout professionnel de santé.

Promouvoir la vaccination est une problématique collective et non individuelle. Pour protéger les autres, une chaîne entière doit fonctionner et l’ANEPF en appelle à l’Europe de la vaccination avec une harmonisation à la fois des politiques et du calendrier vaccinal pour une couverture optimale. 
Ainsi, le ton de cette campagne grand public sur la vaccination n’est pas technique. Nous avons souhaité communiquer de façon imagée afin de démentir les « fake news » qui envahissent les réseaux sociaux avec les adjuvants ou encore les big pharma qui veulent soi-disant nous rendre malades…

Le précédent bureau de l’ANEPF, en association avec le groupe de travail Medic’Action, avait déjà commencé à travailler sur le script de cette campagne l’année passée. 
Nous avons diffusé cette vidéo à la fois sur la page Facebook de l’ANEPF, sur la page Facebook de Medic’Action, sur YouTube et sur Twitter. La vidéo a été vue 141 fois sur YouTube au 13 mai et 40 000 personnes ont été touchées via Facebook.

L’ANEPF continuera à agir sur ce terrain tant qu’il y aura de la désinformation et de l’incompréhension. 

Celtinews : Puisque nous parlons d’engagement citoyen, que pouvez-vous nous dire de plus sur l’Europe de la santé, projet qui réunit les étudiants de plusieurs filières ?

Robin Tocqueville-Perrier : Pour répondre à votre question, je partirai d’un simple constat : selon un sondage IFOP publié dans Ouest France le 9 mai, seulement 23% des jeunes ont l’intention d’aller voter pour les européennes.
 
Ce constat est dur à entendre ! Les jeunes doivent s’exprimer sur l’Europe dont ils sont les enfants. Certaines associations étudiantes adhérentes à la FAGE (Fédération des Associations Générales Étudiantes) ont lancé un travail d’information et de communication à travers un manifeste et un colloque afin d’aider les jeunes à comprendre les enjeux du vote.
Il est absolument indispensable que cette jeunesse qui est une descendance directe de l’Europe et qui n’a connu qu’elle prenne conscience des enjeux de celle-ci. 
Bien que la santé soit de la compétence des états membres, il est capital de préciser le rôle de l’Europe au travers de sujets du 20ème siècle qui ne connaissent aucune frontière : prévention des maladies, accès et prix des médicaments, lutte transfrontalière contre les maladies rares, antibiorésistance etc.
Les thématiques européennes de santé, nous souhaitons qu’elles apparaissent au sein des professions de foi et des programmes des différentes listes électorales. Cet engagement est capital, notamment au vu des travaux de la commission ENVI (Parlement Européen) et de ceux de la DG-santé (Commission Européenne) afin que chaque concitoyen puisse mesurer l’impact de l’Europe sur de tels sujets.

L’ANEPF a d’ores et déjà pris l’initiative de développer son champ européen en allouant un nouveau poste depuis juin 2018. Ce poste est consacré aux dossiers des affaires européennes dont celui des élections européennes. 

Celtinews : Que diriez-vous aux étudiants qui s’engagent ou sont prêts à s’engager dans le métier ? Quels en sont les défis et comment y répondre ?

Robin Tocqueville-Perrier : De tous temps, la pharmacie a su évoluer pour s’adapter aux besoins du patient. Elle a été, par exemple, une des premières professions de santé à s’informatiser, ce qu’elle a fait très tôt. 
 
Aujourd’hui, cette évolution se poursuit avec un changement de modèle économique et de nouvelles missions comme la vaccination, les entretiens thérapeutiques de chimiothérapie orale, la dispensation sous protocole … les télésoins, suite logique aux espaces de confidentialité, qui traduisent la plus-value du pharmacien à la dispensation de la santé.
 
La pharmacie prend un vrai virage à 180° et elle ne le manquera pas. Le pharmacien clinicien émerge encore plus, la pharmacie offre de nouveaux services, la CAVP va créer un fonds éthique pour que les jeunes puissent accéder au titulariat d’une officine, les ventes en ligne vont se développer : autant d’éléments propices pour donner confiance à ceux qui font le choix de cette profession.
 
Reçus en rendez-vous à Matignon il y a peu, nous avons reçu la confirmation que le gouvernement souhaitait augmenter le volume des ventes sur Internet. Le portail commun peut être un outil de gestion des sites mais dès que le patient communique, il ne doit le faire qu’avec une pharmacie physique bien identifiée sans aucune possibilité d’être pris en charge et recevoir des médicaments par une plateforme mutualisée. Un changement législatif déresponsabiliserait le pharmacien de la commande et ainsi de la sécurité du médicament. Il est impératif que la dispensation et l’expédition soient réalisées depuis l’officine.

La coopération avec les autres professionnels de santé et le partage de compétences, passent par une communication matérialisée et dématérialisée (messageries sécurisées, DMP). Un véritable accès au numérique, à la télémédecine et aux données de santé ; et je pense ici aux opportunités qu’offrent le Health Data Hub en termes d’amélioration de la prise en charge de nombreuses maladies ; aideront demain les professions de santé dont les pharmaciens à prendre les meilleures décisions.
 
Pour prendre ce virage, le contenu des études de santé doit être revu en fonction des besoins émergents et la coopération entre professionnels de santé renforcée.
C’est pourquoi l’ANEPF articule son action avec l’Ordre national des Pharmaciens, l’Académie de Pharmacie, les doyens des facultés de Pharmacie, les syndicats, les sociétés savantes et les étudiants des autres filières de santé.  
Nous portons également la voix des étudiants directement auprès des décideurs politiques : ministères, CNAM, Assemblée Nationale, Sénat, et nous sommes désormais invités comme membre observateur à la table des négociations conventionnelles.
Dans un climat politique propice, notre profession doit rester unie, prendre des décisions et orientations communes y compris sur le rôle des études.
De ce point de vue, le Grand Entretien 2.0 sur les attentes des étudiants a apporté un éclairage unique.

Celtinews, le 21/05/2019
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