Gérard Raymond : Nouvelles missions du pharmacien, évolution de l’organisation des soins : quel regard du patient ?

Gérard Raymond, Responsable Affaires Publiques de la Fédération Française des Diabétiques

Les 12es Rencontres de l’Officine se sont tenues du 9 au 11 février au Palais des Congrès de Paris. Le débat d’ouverture « Le patient au cœur d’un nouveau système de soins » a permis de s’interroger non seulement sur les besoins du patient, les nouveaux parcours de soins et notamment le relais ville-hôpital mais encore sur la perception des nouveaux services mis en place à l’officine et le rapport au digital. Gérard Raymond, Responsable des Affaires Publiques de la Fédération Française des Diabétiques (FFD), ex Président national et personnalité très engagée, a plus qu’activement contribué aux échanges. Gérard Raymond a beaucoup œuvré pour faire de l’association un véritable acteur de santé, développé le concept de Patient Expert et le projet d’accompagnement « Elan solidaire ». Gérard Raymond exerce plusieurs mandats de représentant des usagers dans des instances nationales (il est notamment 1er Vice-Président et Secrétaire de France Assos Santé). Il œuvre au quotidien pour faire entendre la voix des patients diabétiques dans les plus hautes sphères. A l’issue de cette conférence/débat, Gérard Raymond a accepté de répondre à nos questions. Nous l’en remercions vivement.  

Celtinews : Gérard Raymond, quelles sont les attentes globales du patient et particulièrement du patient chronique vis-à-vis des professionnels de santé ? Et quel rôle pour les associations de patients ?

Gérard Raymond : Les attentes du patient sont toujours les mêmes et faciles à appréhender. Le patient souhaite :
- Être écouté 
- Recevoir de bons soins 
- Être mieux considéré.

Au cours des derniers Etats Généraux du Diabète et des diabétiques menés en 2017, l’évaluation de la prise en charge du diabète et des personnes diabétiques a révélé une insatisfaction de l’ensemble des parties prenantes. 
Dans un contexte de démocratie représentative, le rôle des associations de patients est bien de se positionner comme catalyseur et d’interpeller les décideurs. 

Le seul objectif des nombreux outils déployés autour du patient diabétique devrait être de mieux le connaître. 
Que faisons nous de toute l’information collectée ? Quelles réponses sont apportées aux services attendus du patient ? Qui s’est préoccupé de ses besoins et quelles décisions sont prises ? 

Les associations ont un rôle majeur à jouer et je ne peux qu’encourager chaque patient à se rapprocher d’elles, comme adhérent, ou membre des nombreuses communautés qu’elles animent. Pour vous citer deux chiffres, nous avons plus de 200.000 visites sur le site de la FFD chaque mois et plus de 80.000 followers sur Facebook.  

Oui, la question du financement et donc de la pérennité des associations se pose et leur modèle économique doit être repensé en fonction du sens de l’association. Aujourd’hui, l’interdépendance de tous les acteurs manque de transparence. La générosité publique mais aussi la valeur de l’expérience patient synthétisée dans la réalisation d’études sociologiques doivent contribuer au financement des associations. La FFD emploie trois sociologues à temps plein et nous produisons d’ores et déjà des études pour la CANM, la HAS, ou encore l’ANSM. 
Des DU universitaires patients existent et nous développons sans cesse les compétences de nos militants. Les patients formés en université doivent être des représentants d’associations agréées du système de santé dans leurs missions.

Celtinews : Le métier de pharmacien évolue, quel est votre regard sur les nouvelles missions récemment mises en œuvre dont le bilan de médication ?  

Gérard Raymond : Le pharmacien est clairement l’expert de la délivrance du médicament. Il sait expliquer la posologie, rassurer le patient. Il doit le suivre à chaque renouvellement, identifier les cas de pharmacovigilance… 

Le pharmacien doit pouvoir faire la substitution en toute confiance avec le prescripteur dans un processus d’échanges de compétences plus que de données.

L’entretien est également au cœur du métier de pharmacien. Comme pour les autres professionnels de santé, le plus du pharmacien réside avant tout dans l’écoute du patient et la bienveillance exercée à son égard.
 
Facile à dire me direz-vous ? Déjà le cas avec les démarches d’éducation thérapeutique ? 
Oui mais cela implique l’apprentissage et la mise en œuvre d’un certain nombre de postures, d’une organisation particulière de l’espace... Comment penser que l’empathie est efficace quand l’un est assis dernière un bureau et l’autre sur une petite chaise en face ? Comment engager le patient à livrer ses difficultés de vie et de traitement quand on lui assène une série de conseils sans même se rendre compte que le discours reste à sens unique ? 

Se mettre au niveau du patient, parler son langage, nécessite d’aller plus loin dans le changement des mentalités et la formation des jeunes. 

Celtinews : Les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) sont au cœur de l’actualité, selon vous, quel rôle le patient doit-il y jouer ? 

Gérard Raymond : Les CPTS ont commencé il y a quelques années. Elles relèvent de relations conventionnelles avec l’Assurance maladie sur des territoires de taille et d’organisation différentes. 

Le plus important là encore, quelque soit la taille du territoire ou l’organisation choisie, me semble être le contenu du projet médical.

La logique voudrait et c’est là ma recommandation, que le projet médical repose sur une analyse des besoins de la population concernée avec une offre qui réponde à ces besoins. 

J’y voit un rôle pour les instances comme Santé Publique France qui doivent enregistrer l’état de santé des populations. Des moyens doivent être alloués pour exploiter les bases de données médicales, de préférence sous l’égide de l’Etat. 

Les associations de patients doivent être moteurs des projets mais aussi coconstruire les items d’évaluation. Le rôle des associations s’entend ici d’un point de vue global avec des structures associatives regroupées, en mesure de représenter le maximum de patients, indépendamment des pathologies dont ils sont atteints. La place des associations de patients se situe au sein des instances décisionnelles des CPTS.

Enfin, je dirais que si les CPTS sont destinées à devenir de nouveaux modèles d’organisation des soins, elles ont tout intérêt à se professionnaliser pour être reconnues de la société.

Celtinews, le 19/02/2019​​​
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