Plan santé 2022, et les futurs pharmaciens dans tout ça ?

Robin Tocqueville, Président de l’A.N.E.P.F

L'A.N.E.P.F, l'Association Nationale des Etudiants en Pharmacie de France, regroupe les 24 associations étudiantes des 24 facultés de pharmacie de France, représentant ainsi les 33 000 étudiants en pharmacie de l’hexagone. Elle se dote également de différents réseaux : Santé publique, Humanitaire, International, Tutorat et Industrie qui témoignent de la grande implication de la génération des pharmaciens de demain dans les engagements solidaires, l’accompagnement des pairs ou le rayonnement de la profession.
Issu de la faculté de Montpellier, Robin Tocqueville en est le Président depuis le 1er juillet 2018. Que pense-t-il de la réforme du système de santé et du plan Santé 2022 qu’Emmanuel Macron vient à peine de dévoiler ? Nous lui avons posé la question.  

Celtinews : Robin Tocqueville, Emmanuel Macron vient de révéler le plan santé 2022, quelles sont vos premières réactions à l’annonce de ce plan ? 

Robin Tocqueville : Tout d’abord, l’A.N.E.P.F se félicite de la suppression du numerus clausus. 
Nous sommes heureux d’en finir avec ce véritable gâchis subi par les étudiants en fin de première année. 
Les qualités humaines, propres à tout professionnel de santé, doivent être prises en compte et valorisées dans notre formation initiale. 
Le plan Santé 2022 doit permettre une meilleure formation des futurs professionnels de santé ainsi qu’un meilleur accompagnement du patient, en ville, comme à l’hôpital, afin qu’il se sente au cœur du système de santé. 
Pour garantir une formation optimale, en adéquation avec les compétences du métier de Pharmacien, les enseignements spécifiques aux filières de santé construits autour de stages adaptés, doivent être conservés. Ça veut dire aussi que de capacités d'accueil adéquates doivent être mises en place et l’A.N.E.P.F. y sera très attentive. Les flux doivent être régulés dans le respect du maillage territorial de nos professions.
Voilà pour les réactions de l’A.N.E.P.F. 
Maintenant, l’A.N.E.P.F et la FNSIP-BM – Fédération Nationale des Syndicats d’Interne en Pharmacie et en Biologie Médicale – restent, en revanche, vigilantes sur la modélisation de l’intégration dans les études de santé que le gouvernement souhaite proposer. 
Cette réforme doit être l’occasion de rendre nos formations plus qualitatives pour répondre aux besoins de santé publique, par les nouvelles missions des pharmaciens et plus généralement l’évolution des métiers de santé. 
Mais attention, pour autant à ne pas allonger les études, ni remettre en question le travail déjà effectué sur le troisième cycle long des études de Pharmacie. Cette réforme ne doit pas non plus effacer l’apprentissage des thématiques spécifiques de chaque filière des professions médicales au profit d’une formation multidisciplinaire qui deviendrait par trop générale. 
Nous tenons à ce que des passerelles, facilitant l’accès aux études de santé, soient proposées afin de multiplier les profils et les compétences des professionnels de santé.

Celtinews : Ceci étant dit, quelles sont ou seraient vos recommandations et propositions à l’attention du gouvernement ? 

Robin Tocqueville : Nos idées sur la question sont extrêmement claires et là encore partagées avec la FNSIP-BM.
Pour commencer, une revalorisation complète des métiers de santé serait plus judicieuse que la création d’une nouvelle profession d’assistant médical. 
Des expérimentations montrent qu’une meilleure répartition des compétences entre les différentes professions est efficiente pour le système de santé. 
Par l’expérimentation sur la vaccination en officine et les 156 000 personnes qui ont déjà été vaccinées contre la grippe saisonnière en pharmacie, les pharmaciens ont prouvé leurs compétences en matière de prévention et de sensibilisation de la population. 
Le pharmacien apparaît comme un acteur incontournable de la prise en charge des soins non programmés par sa disponibilité, son accessibilité et sa proximité de contact auprès des patients comme des professionnels de santé. 
Les pharmacies d'officine mais aussi les laboratoires de biologie médicale doivent être davantage impliqués dans la prévention, le diagnostic et le conseil thérapeutique d’urgence. 
Le système de santé étant en refonte totale, il est important de favoriser la collaboration interprofessionnelle à chaque étape du parcours de santé afin d’apporter un réel accompagnement au patient. 
Le décloisonnement de notre système de santé doit renforcer les compétences cliniques du pharmacien, comme expert des produits de santé et partie prenante dans le parcours de santé des patients. 
La mise en place du Dossier Médical Partagé, en novembre prochain, permettra de répondre aux besoins numériques pour la communication interprofessionnelle autour du patient, en ville ou à l’hôpital.
Pour une efficacité totale, les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé doivent intégrer un pharmacien au sein de l’équipe pluridisciplinaire afin de coordonner au mieux les soins et le suivi des patients. Les C.P.T.S. doivent avancer main dans la main avec les Groupes Hospitaliers de Territoires déjà existants pour une meilleure prise en charge du patient et l’application des politiques de santé publique. Cette collaboration induit la participation naturelle du secteur privé, lui aussi bien implanté et apte à remplir ces missions. 

Comme vous l’aurez compris, nous sommes en ligne avec la volonté gouvernementale de prendre en main les questions de santé favorisant l'interprofessionnalité, la refonte de nos études visant l’évolution des missions inhérentes aux mutations de notre société. Nous aussi sommes prêts à entamer les discussions avec les différentes parties prenantes pour un meilleur système de santé. En bref, nous sommes là !

Celtinews, le 20/09/2018
Commentaire
cf
22/09/2018
LE FUTUR : La sécurité sociale contrôle les médecins et leurs pratiques en temps réel grâce à des logiciels agréés obligatoires ).. La prescription dématérialisée est envoyée sur des plateformes type amazone, qui joueront le rôle de grossistes, d'officinal, assurera la PDA , le suivi de l'observance, et la livraison des ordonnances.. Ceci, avec le moins de pharmaciens possibles, sauf quelques responsables pour porter le chapeau...Regardez ce qui s'est passé pour les laboratoires d'analyse, et vous constaterez la même évolution sur le réseau et le besoin de professionnels en officine..
BenoitLe Pan
21/09/2018
Pas d'embauche ? On ne trouve pas de pharmaciens pour les postes à pourvoir en officine ! L'économie et la réorganisation de l'offre de soins vont impacter les officines, mais le métier à de l'avenir. Vu l'âge moyen des officinaux en exercice et l'évolution des missions, il faut former des pharmaciens ... pour l'officine. Espérons que la suppression du numerus clausus ouvrira les études à des étudiants qui font pharma par choix, pour exercer en officine. Trop d'étudiants se "rabattent" sur pharma après un échec en médecine ... et n'exercent pas en officine.
canard déchainé
20/09/2018
soyons pragmatique ! déflation en pharmacie = pas d'embauche pour les jeunes diplomés ! déjà beaucoup de diplomés cherche du travail avec peu de succès ! merci ceux qui signent avec autosuffisance nimbés de leur des incompétences économiques, et ceux qui les soutiennent de façon inconditionnelle. les experts de la sécu tablent sur = moins d'officine moins de consommation de médicaments, et personnes n'osent soulever l'ineptie
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