SANTE DU PIED

Selon l’ONPP (Ordre National des Pédicures-Podologues), au 31 décembre 2018 en France, la profession comptait 13 306 pédicures-podologues en activité et 163 sociétés, soit une augmentation de 9,27 % en 5 ans, qui semble répondre à une attente de la population. En effet, les chiffres de l’enquête UFSP (Union Française pour la Santé du Pied) menée en 2019, démontrent que les français prennent soin de leurs pieds : 55 % déclarent appliquer régulièrement de la crème hydratante qui dans 34 % des cas est achetée en pharmacie. Toujours selon cette même enquête, 31 % des français ont acheté des pansements ou protections pour les pieds et 10 % des semelles, en pharmacie. Les troubles du pied sont variés (durillons, cors, mycoses, ongles incarnés…) et amènent souvent à consulter. Près de 4 français sur 10 ont déjà bénéficié de soins de pédicurie et 26 % portent des orthèses plantaires. Dans le cadre de son activité, le pharmacien est lui-même amené à conseiller les patients sur le choix de l’orthèse et peut s’il dispose d’un diplôme, en créer sur mesure. Depuis 2003, l’UFSP organise chaque année une journée nationale dédiée à la santé du pied. Cette année, en raison du Covid-19, la journée est annulée.

1. PATHOLOGIES COURANTES ET TRAITEMENTS
Le pied du diabétique : Le diabète entraîne une neuropathie et une artériopathie qui peuvent fragiliser les pieds. La neuropathie diabétique contribue à la déformation de l’architecture du pied, à l’apparition de callosités, de phlyctènes et d’ulcérations qui sont autant de portes d’entrée à l’infection. L’artériopathie oblitérante des membres inférieurs, qui aggrave les plaies du pied, se caractérise par une atteinte préférentielle des petites artères, situées entre le genou et les orteils, entraînant un rétrécissement du diamètre de l’artère, et de ce fait, une ischémie. Le pied étant moins alimenté en oxygène, les plaies s’étendent et ne cicatrisent plus jusqu'à former un ulcère. La neuropathie conduit à l’ulcère à la suite d’un traumatisme au pied, alors que l’artériopathie peut provoquer directement l’ulcère du pied ou la gangrène. Par ailleurs, la neuropathie agit sur les glandes sudoripares dont la sécrétion se trouve diminuée. Cumulé au fait que le patient diabétique fabrique moins de sébum, la neuropathie peut provoquer une sécheresse intense des pieds qui favorise le risque de fissure et donc d’ulcère.
Traitement : L’objectif est de rétablir les conditions locales d’une cicatrisation, en assurant l’apport de nutriments, d’oxygène et d’antibiotiques au niveau de l’infection. Le diabétologue améliore le fonctionnement des neutrophiles en optimalisant le contrôle glycémique. Pour éviter toute zone d’appui pathologique, un prothésiste confectionne une attelle ou un chaussage adapté. Enfin, des soins locaux du pédicure-podologue permettent de diminuer l’hyperkératose.

Le pied du polyarthritique : Les atteintes du pied du patient polyarthritique sont fréquentes, douloureuses, destructrices, souvent inaugurales et très variables. Elles aboutissent à des déformations qui se figent et s’auto-aggravent. L’atteinte de l’avant-pied est quasi constante et diffuse, plus fréquemment sur l’ensemble des articulations métatarso-phalangiennes entraînant des déformations rapidement irréductibles (hallux valgus ou varus, griffes d’orteil, luxations articulaires...). Il s’ensuit de multiples cors gênant le chaussage, pouvant s’ulcérer voire s’infecter. Au niveau de l’arrière pied, les destructions ostéo-articulaires entraînent souvent une désaxation en valgus avec apparition d’un pied plat.
Traitement : La prise en charge est globale et multidisciplinaire : infiltrations, synoviorthèses, orthèses, chaussage adapté, kinésithérapie, ergothérapie, et si nécessaire une chirurgie.

La maladie de Sever : Elle touche les enfants en pleine croissance par une inflammation du cartilage de croissance du talon. Les enfants pratiquant une activité sportive peuvent développer cette maladie si le tendon d’Achille et le mollet tirent de manière excessive sur leur point d’attache au talon immature. La douleur affecte le haut du talon et les côtés. Certains enfants peuvent présenter un talon échauffé et enflé.
Traitement : Les talonnettes soulagent la douleur en réduisant la traction du tendon d’Achille sur le talon. Durant la nuit, le jeune patient peut porter des attelles afin d’étirer les mollets et maintenir la flexibilité. Dans des cas plus graves, un plâtre peut être recommandé pour immobiliser la région.

L’hallux valgus : Il s’agit d’une déviation du gros orteil vers l’extérieur, avec, fréquemment, une proéminence de la tête du premier métatarse (oignon). Cette voussure peut devenir inflammatoire par la bursite sous-jacente de la tête métatarsienne, ce qui accentue la bosse. La sévérité de l'hallux valgus dépend de l'angle de la déviation et de l'importance des autres atteintes du pied.
Traitement : En cas de douleurs, des antalgiques ou anti-inflammatoires peuvent être prescrits. Des chaussures adaptées et des soins de pédicurie ou encore des orthèses d'orteils ou plantaires sont utiles pour calmer la douleur. La chirurgie est indiquée qu’en cas de douleurs persistante ou si le pied perd sa fonctionnalité. Le but de l'intervention est de réaligner le gros orteil et de faire disparaître la saillie osseuse.

Les mycoses : Une mycose est une infection due à des champignons, majoritairement les dermatophytes, qui prolifèrent et parasitent la kératine. Au niveau des pieds, il existe deux types d’atteinte : l'onychomycose au niveau des ongles et la dermatomycose au niveau de la peau. L'infection est provoquée par la chaleur, l'humidité, la transpiration et l’obscurité. Les mycoses provoquent des irritations, des démangeaisons et des inflammations.
Traitement : Les mycoses superficielles sont traitées par des crèmes topiques antimycosiques à large spectre. La durée moyenne de traitement est de six mois pour une onychomycose. Pendant le traitement le désépaississement de l’ongle permet d’augmenter la pénétration des crèmes ou vernis antimycosiques. Dans le cas d’une dermatomycose, le traitement est de plus courte durée (quatre à cinq semaines).

Les verrues : Dues à des virus du groupe des papillomes humains, les verrues se développent au cours de pression lors de la marche et progressent profondément dans le derme principalement au niveau du talon et de l'avant-pied. Elles peuvent être ponctuelles saillantes, ponctuelles internes, multiples ou en mosaïques. Dans certains cas, elles sont insensibles mais elles peuvent aussi être très douloureuses, gênantes voire handicapantes.
Traitement : La cryothérapie est la méthode la plus utilisée. Elle consiste à appliquer localement de l'azote liquide qui gèle la verrue et la décolle de son socle. Le curetage et la destruction par laser à gaz carbonique peuvent aussi être réalisés sous anesthésie locale. En pharmacie, des crèmes kératolytiques sont disponibles. Elles doivent être appliquées sous un pansement occlusif, jusqu'à disparition de la lésion (en moyenne 4 à 8 semaines).

Les engelures et les crevasses : Ce sont des lésions très douloureuses qui s’apparentent à des gelures locales du 1er degré. Elles se présentent sous forme de tâches rouges ou violacées et donnent des douleurs à type de brûlures ou de démangeaisons importantes, voire insupportables. Elles sont toujours localisées à des endroits du pied soumis soit à des frottements excessifs avec la chaussure, soit à un conflit de contact avec l’orteil voisin.
Traitement : Le traitement repose sur des soins de pédicurie pour retirer les callosités et hydrater la peau et la prescription d’onguents topiques. Des pansements liquides qui, au contact de l’air, forment un film protecteur et isolant sont disponibles en pharmacies. Ils comblent la crevasse et évitent sa réouverture tout en favorisant la cicatrisation et le soulagement de la douleur.

Le cor, l’œil de perdrix et le durillon plantaire : Ils correspondent tous les trois à un épaississement de la peau. Le cor est un amas de peau dure et épaisse, de petite surface, avec un centre dur qui se situe le plus souvent sur la face dorsale des orteils. Il peut se former suite à un mauvais chaussage, à une surcharge de pression, à une déformation du pied avec l’âge ou à une déviation de l'orteil. Cette callosité peut être due à la déformation des orteils avec l'âge, à la rétraction des tendons ou à certains rhumatismes déformants. Lorsque que l’épaississement du cor se situe entre le quatrième et le cinquième orteil, il s’agit de l’œil de perdrix. Le durillon plantaire, quant à lui, est un amas de couche cornée de couleur jaunâtre, mobile avec la peau. Il se forme aux endroits soumis à une pression excessive et aux frottements.
Traitement : Si l'utilisation de médicaments kératolytiques ne suffit pas, le pédicure-podologue procède à l’ablation des cors, callosités et durillons, à l’aide d’un instrument tranchant et/ou d'un instrument rotatif. L’usage d'orthèses plantaires et d'orthoplasties peuvent soulager les pressions exercées sur le pied et de fait, réduire la douleur.

Le panaris : Il s’agit d’une infection bactérienne cutanée et sous-cutanée, le plus souvent due à un staphylocoque doré, plus rarement à un streptocoque ou à d'autres germes. Le panaris apparaît deux à cinq jours après une petite blessure de la peau, sur le pourtour de l'ongle. Il peut être causé par une pédicure brutale, une trituration de la cuticule, un arrachement des petites peaux. Un panaris peut aussi se former sur la pulpe ou la face dorsale de l’orteil après un percement d'ampoules, une piqûre d'insecte, une blessure avec présence d'un corps étranger sous la peau (écharde, épine...), un traumatisme de l'ongle, une morsure de chien, une griffure de chat...
Traitement : Pour réduire l’infection, l’orteil doit être plongé dans un bain antiseptique, plusieurs fois par jour. La prise d’antalgiques comme le paracétamol peut diminuer la douleur mais les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont déconseillés car ils favorisent la diffusion de l'infection. En l’absence d’amélioration sous 48 heures, le médecin adresse son patient à un chirurgien pour une excision de la zone infectée.

L’ongle incarné : Un ongle est dit incarné lorsqu'il pénètre dans les tissus qui limitent ses bords latéraux. C'est le résultat d'un conflit entre la tablette unguéale et le tissu péri-unguéal. Le bord de l'ongle s'enfonce dans la chair et provoque une réaction inflammatoire du tissu péri-unguéal. En l'absence de traitement précoce, une infection peut apparaître. Parmi les nombreux facteurs déclenchants (traumatisme de l’ongle, hypersudation, hypertrophie du tissu péri-unguéal…), la mauvaise coupe de l'ongle arrive en première position.
Traitement : Si la douleur provoquée par l'ongle incarné est supportable et que le bourrelet péri-unguéal est inflammatoire sans écoulement purulent, le traitement consiste à tremper le pied dans de l'eau chaude pendant 10 à 20 minutes, trois fois par jour et d'utiliser un antiseptique local. Il est recommandé d'insérer entre le coin de l'ongle incarné et la peau, un petit morceau de coton pour empêcher l'ongle de pénétrer dans la peau. En cas d'échec, le médecin traitant prescrira des soins de podologie pour décomprimer l'ongle voire, si nécessaire, une chirurgie.

2. PREVENTION ET CONSEILS A L’OFFICINE
Le pharmacien est à même de fournir un large choix de matériels et soins podologiques : semelles, chaussettes ou chaussures post-opératoires, pansements hydrocolloïdes, crème hydratante… De manière générale, les quelques conseils suivants permettent une bonne santé du pied :
- Laver les pieds à l'eau tiède (37 °C au maximum), une fois par jour, avec un savon doux et bien sécher entre les orteils pour éviter la macération ;
- Favoriser une bonne hydratation des pieds en appliquant une crème par légers massages, de préférence le soir, avant le coucher. Il faut veiller à ne pas en appliquer entre les orteils de manière à éviter les macérations. Différents corps gras peuvent être utilisés : crèmes, vaseline, beurre de karité, huile d’argan, etc ;
- Tailler les ongles à angles droits et non en demi-cercle ;
- En cas de callosités et autres cors, poncer régulièrement (pas plus d’une fois par semaine) avec une pierre ponce ou une lime pour éliminer progressivement la couche de peau en excès ;
- Acheter des chaussures adaptées, de préférence en fin de journée, en favorisant des modèles :
o En cuir souple et sans couture sur le dessus ;
o Avec un moyen de fermeture réglable pour faire face aux variations de volume et bien maintenir le pied ;
o Fermés à l’arrière avec un contrefort, pour assurer la stabilité latérale du pied ;
o Avec une semelle assez épaisse pour bien soutenir la voute plantaire ;
o À talons inférieurs à 4,5 cm ;
o À bouts larges pour ne pas comprimer les orteils ;
- Ôter autant que possible les chaussures durant la journée pour aérer les pieds et si possible, changer de paires de chaussures d’un jour sur l’autre pour laisser à l’humidité le temps de s’évacuer ;
- Porter des chaussettes en fibre naturelle.
Les complications au niveau des pieds sont particulièrement à craindre chez le patient diabétique. C’est pourquoi, en plus des recommandations générales, le pharmacien rappellera à ces patients l’importance de vérifier soigneusement leurs chaussures avant utilisation afin d’éliminer tout objet contondant et d’éviter de marcher pieds nus dehors ou à la maison pour ne pas se blesser.

3. SITES WEB
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