ALLERGIES

Pollens, acariens, aliments, médicaments… Les substances qui peuvent provoquer des allergies sont nombreuses. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) considère l'allergie comme étant la quatrième maladie chronique dans le monde après le cancer, les pathologies cardiovasculaires et le sida. En France, depuis quelques années, la fréquence des allergies ne cesse d’augmenter. Selon l’Inserm, 25 à 30 % de la population générale présentent une allergie. Divers facteurs environnementaux sembleraient favoriser cette augmentation. Le réchauffement climatique par exemple, induit un allongement de la période de pollinisation ainsi qu'une augmentation de la quantité des pollens et de leurs propriétés allergisantes. L’implantation ornementale d’arbres comme le cyprès et le bouleau loin de leur habitat naturel majore la modification pollinique. La pollution atmosphérique, notamment l’ozone et les particules de diesel, les modifications de l'environnement intérieur (matériaux utilisés...) accentuent également cet effet. Enfin, les changements dans les pratiques et habitudes alimentaires, la multiplication des médicaments ou encore une hygiène excessive augmentent les risques de maladies allergiques. Les allergies peuvent avoir des conséquences lourdes sur le quotidien des malades. D’après l’Association Asthme et Allergie, plus d’un patient sur quatre indique que l’allergie détériore sa qualité de vie. D’autres déclarent qu’elle aggrave leur état de santé (17 %), augmente le stress (11 %) et entraîne une fatigue supplémentaire (9 %). Plus alarmant encore, 61 % des personnes allergiques estiment que leur entourage banalise leur maladie.

1. DEFINITION
L’allergie est le résultat d’une hypersensibilité du système immunitaire face à des substances généralement inoffensives, non toxiques et présentes dans l’environnement, appelées allergènes. Elle se manifeste par une réaction inadaptée de l'organisme à la suite du contact avec ces substances. L’allergie apparait en deux étapes. La « phase de sensibilisation » à l'allergène ne donne aucun signe clinique et passe inaperçue. Les symptômes se déclenchent en un second temps au cours de la « phase de révélation ».
L'atopie, quant à elle, se traduit par une production spontanée d’immunoglobulines de type E (IgE), entraînant la libération de médiateurs comme l’histamine. Elle concerne les personnes présentant une prédisposition génétique à développer des allergies. Cette forme d’allergie ne passe pas par l'étape préalable de la sensibilisation. La réaction inflammatoire et les symptômes apparaissent, le plus souvent, en quelques minutes. On parle alors « d'allergie immédiate ».

2. CAUSES
Les allergènes sont très nombreux. Ils peuvent être aériens (pneumallergènes ou aéro-allergènes), alimentaires (trophallergènes) ou médicamenteux. Le venin d'hyménoptère ou de serpent peuvent également provoquer une allergie immédiate.

Les allergies aériennes
Elles touchent principalement le nez, les bronches et les yeux. Les principaux pneumallergènes sont :
- Les acariens : ils constituent environ 90 % de la poussière d'un logement ;
- Les animaux domestiques : les protéines allergisantes sont présentes dans leurs glandes sébacées, leurs glandes sudoripares, sur leurs poils ou dans leur urine (rongeurs) ;
- Les pollens transportés par le vent. On en retrouve dans les arbres (cyprès, bouleau, chêne, frêne, charme, platane, peuplier, saule, noisetier...), les herbes (armoise, ambroisie, plantain, pariétaire...) et les graminées (phléole, dactyle, ivraie, paturin…). 70 % des allergiques réagissent aux pollens de graminées.
- Les moisissures : elles se multiplient au contact d'une atmosphère humide (salle de bains, cuisine, fuite d'eau…) ;
- Les blattes ;
- Le latex : ses protéines allergisantes se dispersent dans l'air ambiant.

Les allergies alimentaires (trophallergènes)
Chez l'enfant, certaines allergies alimentaires liées au lait et à l'œuf disparaissent avec l'âge. Quant à l'allergie due à l'arachide, elle guérit dans 20 % des cas. Les principaux allergènes alimentaires sont :
- Le lait de vache ;
- L’œuf ;
- L’arachide ;
- Les fruits à coque (noix, noisettes, amandes...) ;
- Le gluten ;
- Certains fruits comme la pomme, la poire, la prune, la pêche, l’abricot, la fraise ou le kiwi ;
- Certains légumes comme le céleri, le concombre ou l’avocat ;
- Le poisson ;
- Les mollusques ;
- Les crustacés.

L’allergie au latex
Le latex entre dans la composition de nombreux produits courants (gants, préservatifs, jouets et matériels médicaux...). La prévalence de l’allergie à cette substance augmente chez les personnels particulièrement exposés comme les infirmiers et les chirurgiens ou les sujets ayant bénéficié de plusieurs interventions chirurgicales (comme les enfants opérés de spina bifida).

Les allergies croisées
Il existe des allergies croisées pollens / aliments. Lorsque les anticorps propres au pollen entrent en contact avec un aliment partageant des protéines similaires, au niveau de la muqueuse orale, elles activent la libération de certains médiateurs inflammatoires responsables des symptômes d’allergie. Ainsi, une personne allergique au pollen de bouleau peut déclencher une allergie à la pomme. De même, les personnes allergiques au latex souffrent, dans un tiers des cas, d’allergies croisées latex / aliments, notamment avec la banane, l’avocat, le kiwi, ou encore la châtaigne.

Les allergies médicamenteuses
- Les antibiotiques ;
- Les anti-inflammatoires non-stéroïdiens ;
- Certains médicaments utilisés en anesthésie.

L'allergie aux venins
- Le venin d'hyménoptères après une piqûre d'abeille, de guêpe, de frelon, ou de bourdon ;
- Le venin de serpent à la suite d’une morsure.

3. SYMPTOMES
Les patients sensibles aux pneumallergènes développent fréquemment une rhinite et/ou une conjonctivite allergique. De plus, près d’un allergique sur deux présente des épisodes de toux, d’essoufflement et de sifflement, caractéristiques de l’asthme. En effet, 80 % des asthmes sont d’origine allergique. En présence de pollen, les personnes ressentent des démangeaisons qui se manifestent de manière progressive ou soudaine, au niveau du nez, du palais, du rétropharynx et des yeux. On constate des sécrétions aqueuses claires avec parfois une obstruction nasale. Les éternuements sont fréquents. Les yeux sont larmoyants, avec des sensations de picotements. Les yeux et les paupières rougissent et gonflent.
L’allergie alimentaire quant à elle, peut se manifester de diverses manières : urticaire, eczéma, démangeaisons au niveau du palais, de la gorge et gonflement des lèvres, troubles digestifs (vomissements, constipation, diarrhées), œdème de Quincke et plus rarement, un choc anaphylactique.

4. DIAGNOSTIC
Une allergie est diagnostiquée par un médecin allergologue. Au-delà du diagnostic, le médecin identifie l’allergène responsable. Le diagnostic de l’allergie saisonnière se fonde sur la nature des symptômes et les circonstances de leur survenue. Le médecin recherche également, par interrogatoire, des antécédents familiaux pour déterminer un facteur héréditaire.
Des tests d’allergies (prick-tests) par piqûre épidermique peuvent confirmer le diagnostic et aider à identifier l’allergène. Lors du test, une goutte de chaque extrait d’allergène est appliquée sur la peau du patient, qui est ensuite piquée à l’aide d’une aiguille. Ensuite, le médecin observe si une papule et une rougeur apparaissent.
Si les résultats du test cutané ne sont pas probants, un dosage des immunoglobulines (IgE) spécifiques d’un allergène est effectué, sur un échantillon de sang prélevé.
Des tests de provocation aux allergènes peuvent compléter la recherche diagnostique. Ils consistent à administrer l'allergène de façon à reproduire la réaction allergique. En revanche, en raison du danger potentiel de réaction grave, ces tests ne sont pratiqués qu’en milieu hospitalier.
Le diagnostic d’un asthme allergique est, quant à lui, réalisé lors d’épreuves fonctionnelles respiratoires permettant de mesurer le souffle et l’obstruction bronchique.

5. TRAITEMENTS
La suppression de l’exposition à l’allergène en cause est avant tout nécessaire pour éviter la récidive des manifestations allergiques. Pour calmer les symptômes de l’allergie, plusieurs traitements sont disponibles.

Traitements fréquents :
- Des antihistaminiques et des collyres antiallergiques, qui s’opposent aux effets de l’allergie et réduisent les symptômes de la rhinite et de la conjonctivite allergique ;
- Des bronchodilatateurs de courte ou de longue durée d’action et les antileucotriènes sont utilisés pour le traitement de l’asthme ;
- Des corticoïdes peuvent être prescrits sous forme de pulvérisations nasales dans le cas de la rhinite allergique, sous forme inhalée pour l’asthme allergique, ou en crème en cas d’urticaires.
- Dans le cas d’eczéma atopique, l'hydratation permanente de la peau par des substances émollientes associée à l'application de corticoïdes se révèle efficace.

Traitements de fond :
La désensibilisation, également appelée « immunothérapie allergénique » est le seul traitement à agir directement sur le système immunitaire pour le rééquilibrer à l’aide de doses progressivement croissantes d’allergène, par voie sous-cutanée (injection) ou sublinguale (gouttes ou comprimés) dans le cadre d’allergies aux pollens de graminées. La désensibilisation est un traitement de la rhinite et/ou conjonctivite allergique modérée à sévère, et dans certains cas, de l’asthme léger à modéré. Pour les allergies saisonnières, le traitement est instauré 3 à 4 mois avant le début de la saison pollinique. Il est poursuivi tout au long de l’année. La durée d'un traitement d’immunothérapie, si une efficacité est observée, est en moyenne de 3 ans.

Traitement d’urgence :
Le choc anaphylactique est une manifestation allergique particulière et rare. Cette urgence médicale doit être traitée par l'injection intramusculaire d'adrénaline, souvent sous forme auto-injectable.

6. CONSEILS A L’OFFICINE
La rhinite allergique multiplie par quatre le risque d’apparition de l’asthme. C’est pourquoi, les signes d’allergies ne doivent pas être pris à la légère. Outre les médicaments antiallergiques, les patients qui se présentent à l’officine avec des symptômes d’allergies saisonnières doivent être informés des mesures à prendre pendant la saison pollinique, pour éviter l’aggravation des symptômes :
- Dormir les fenêtres fermées ;
- Rouler les vitres fermées et utiliser la ventilation, en veillant à changer régulièrement le filtre habitacle du véhicule ;
- Après une sortie en extérieur, se rincer les cheveux, particulièrement avant de dormir, afin d’éviter de déposer du pollen sur l’oreiller ;
- Eviter de se frotter les yeux (le port de lentilles de contact peut accroître l’irritation des yeux) ;
- Éviter les activités extérieures qui entraînent une surexposition aux pollens (tonte du gazon, entretien du jardin, activités sportives, etc.). En cas de nécessité, privilégier la fin de journée et le port de lunettes de protection et de masque ;
- Eviter de sécher le linge à l’extérieur ;
- Eviter la piscine car le chlore agresse les muqueuses nasales et oculaires ;
- Eviter de fumer car le tabac aggrave l’allergie.

Les antihistaminiques de deuxième génération (type H1) sont généralement peu sédatifs aux doses préconisées. Certaines présentations contenant de la cétirizine ou de la loratadine sont disponibles en pharmacie sans ordonnance. Leur utilisation en automédication est cependant réservée à l’adulte et à l’enfant de plus de douze ans. Ils ne doivent pas être utilisés plus de sept jours sans avis médical. Le pharmacien peut proposer une crème hydratante aux patients qui présentent des irritations sur le pourtour du nez en raison d’une utilisation intensive de mouchoirs en papier. Il peut aussi diriger les patients allergiques sur le site du RNSA (Réseau National de Surveillance Aérobiologique). Ce site offre la possibilité de recevoir chaque semaine par e-mail, les prévisions du risque allergique pour le département de son choix et l’allergène concerné. Les alertes sont ainsi envoyées uniquement en cas de risque allergique pendant la saison pollinique (https://www.pollens.fr/bulletin-alerte/bulletin-alerte).
En cas d'allergie respiratoire, parallèlement au traitement médical, certaines mesures préventives permettent de diminuer au maximum la présence des allergènes en cause :
- Baisser la température (moins de 20 °C) et l'humidité ambiante (moins de 70 à 80 % de taux hygrométrique du logement) pour éviter le développement des acariens et éviter la formation de moisissures ;
- Choisir les accessoires de literie en matière synthétique, sans plumes ni laine ;
- Utiliser des housses anti-acariens et laver souvent la literie ;
- Aspirer régulièrement le sol et le matelas ;
- Eviter les moquettes et tapis ;
- Limiter les peluches des enfants ;
- Interdire aux animaux de compagnie l'accès à la chambre.

Enfin, en cas d'allergie alimentaire, le pharmacien rappellera l’importance de suivre le régime alimentaire et le traitement préconisés par l'allergologue. Pour éviter toute récidive, il est indispensable de lire attentivement l'étiquetage des produits industriels, car la présence d’ingrédients ou additifs scientifiquement identifiés comme allergènes y est obligatoirement précisée.

7. SITES WEB
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