OBESITE

L’organisation mondiale de la santé (OMS), classe surpoids et obésité au 5ème rang des causes de mortalité dans le monde. Ces pathologies tuent au moins 2,8 millions de personnes chaque année. Dans le contexte du Covid-19, l’obésité apparait également comme un facteur de risque de complications. Toujours selon l’OMS, 39% des adultes dans le monde sont en surpoids et 13% sont obèses. Comparativement à 1975, le nombre de cas d’obésité a presque triplé, en partie du fait de l’évolution de nos modes de vie, alimentation et activité physique en tête. En France, les chiffres de l’obésité sont au-dessus de la moyenne mondiale, avec 17% de cas chez l’adulte. Chez l’enfant, 16% des garçons et 18% des filles sont obèses. La chirurgie de l'obésité connaît un développement rapide dans notre pays. Entre 2006 et 2014, 240 000 interventions ont été réalisées. 450 000 étaient prévues entre 2006 et 2017.
En 2018, le ministère de la santé a lancé un plan national de prévention afin de réduire les maladies chroniques en lien avec le surpoids et l’obésité. Son objectif est de diminuer de 15% l’obésité chez l’adulte et de 20% le surpoids et l’obésité chez l’enfant et l’adolescent d’ici 2023. Pour pallier à la problématique d’une consommation alimentaire trop riche et de mauvaise qualité, l’article 5 de la Loi de Santé a permis la mise en place du « Nutriscore », un système d’étiquetage des produits alimentaires, véritable guide des consommateurs vers les nutriments et aliments à favoriser.

1. DEFINITION
L’OMS définit le surpoids et l’obésité comme une accumulation anormale ou excessive de graisse corporelle qui représente un risque pour la santé.
L’obésité est la conséquence d’un déséquilibre entre les apports et les dépenses énergétiques entrainant une modification du tissu adipeux. Cette pathologie est considérée comme une maladie chronique de par son effet irréversible lorsqu’elle est installée.
L’indice de masse corporelle (IMC) est un moyen simple de mesurer l’obésité : il correspond au poids de la personne (en kilogrammes) divisé par le carré de sa taille (en mètres). Une personne ayant un IMC de 30 ou plus est généralement considérée comme obèse. Une personne dont l’IMC est égal ou supérieur à 25 est considérée en surpoids.
Lorsque le tour de taille est supérieur à 90 cm chez la femme (en dehors de la grossesse) ou 100 cm chez l’homme, on parle d’obésité abdominale (centrale ou viscérale).

2. CAUSES ET FACTEURS DE RISQUE
Les causes de l’obésité sont multiples et certains mécanismes impliqués dans son développement et son installation ne sont pas clairement identifiés. En effet, deux personnes peuvent avoir exactement le même mode de vie, mais avoir une prise de poids complétement différente. Cependant, plusieurs éléments contribuent à l’obésité, citons :

L’excès de calories. Les habitudes alimentaires ont beaucoup évolué : la taille des portions a augmenté et les repas ont une densité énergétique plus grande. Les aliments de moins bonne qualité sont plus accessibles et davantage proviennent de la fabrication industrielle.

La sédentarité. Les loisirs, tels que la télévision, les jeux vidéo, Internet ou encore les réseaux sociaux peuvent entrainer une forte diminution de l’activité physique et des dépenses énergétiques. C’est également le cas de l’utilisation de la voiture et des transports en commun dans les déplacements au quotidien.

Une prédisposition génétique à la prise de poids. Un individu a deux à huit fois plus de risques d’être obèse si des membres de sa famille le sont aussi. De nombreux gènes impliqués dans la prise de poids, l’obésité sévère et/ou les complications de l’obésité ont été identifiés par plusieurs équipes françaises de l’Inserm et du CNRS. Chaque gène pris isolément exerce un faible rôle sur la masse et la composition corporelle. En revanche, lorsque ces gènes interagissent avec des facteurs externes comme une alimentation riche en graisse, le risque d’obésité devient significatif.
De plus, il existe des obésités monogéniques liées à une anomalie sur un gène unique. C’est le cas par exemple, des formes d'obésité rares de l’enfant, très précoces et très sévères.

L’environnement : Lorsque l’horloge biologique qui régule les différentes fonctions de l’organisme et le métabolisme est perturbée, que ce soit par l’insuffisance de sommeil, le travail nocturne ou encore l’irrégularité des repas, le risque de surpoids est augmenté. D’autres éléments encore peuvent influer sur la prise de poids comme le stress, des évènements traumatisants, certains médicaments, la composition du microbiote intestinal, des virus ou l’exposition à des polluants. Il existe également des facteurs de risques prénatals de l’obésité comme le tabagisme maternel, le diabète ou surpoids maternel, une prise de poids excessive pendant la grossesse, un déficit ou excès de croissance du fœtus, et un milieu socioéconomique défavorable.
A l’avenir, avec l’étude Elfe (Étude Longitudinale Française depuis l’Enfance), les analystes de l’Institut national d’études démographiques (Ined) et l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) pourront déterminer l’influence de l’alimentation maternelle sur la survenue de l’obésité.

3. COMPLICATIONS LIEES A L’OBESITE
De manière générale, l’obésité accroit notamment les risques de survenue d’autres maladies comme :
- L’hypertension artérielle ;
- Le diabète de type 2 ;
- L’athérosclérose ;
- Une dyslipidémie (d’après l’International Diabetes Federation, l’obésité abdominale est indépendamment associée à une augmentation des triglycérides, une réduction du HDL-cholestérol) ;
- Une maladie du foie ;
- Une maladie rénale chronique ;
- Le syndrome d’apnée du sommeil ;
- Des reflux œsophagiens ;
- Des troubles dermatologiques (psoriasis, mycoses, insuffisance veineuse cutanée) ;
- Des cancers : selon l’Institut national du cancer, près de 19 000 nouveaux cas de cancers en France seraient attribuables à une surcharge pondérale (chiffres 2015), soit 5,4% de l’ensemble des nouveaux cas de cancers. En tout, 14 localisations sont concernées dont le sein, le côlon, le rectum, l’endomètre, le foie ou encore le rein ;
- La dépression.

L’obésité peut également venir compliquer d’autres pathologies comme :
- Les maladies respiratoires ;
- Les troubles hormonaux (perturbations du cycle menstruel chez la femme) ;
- Les maladies articulaires comme l’arthrose.

Si le risque de développer un diabète de type 2 croît fortement avec l’IMC, c’est l’excès de masse grasse et en particulier sa localisation abdominale qui est en cause dans cette susceptibilité au diabète. Il en va de même pour le risque de cardiopathie ischémique ; le risque augmente avec le surpoids, et plus encore avec l’obésité. Ce risque est d’autant plus grand en cas d’obésité abdominale.

4. TRAITEMENTS 
Le traitement contre l’obésité associe des mesures hygiéno-diététiques, comprenant une éducation et un suivi nutritionnel par un diététicien ou nutritionniste et parfois un suivi psychologique. En cas d’échec, des médicaments, voire dans certains cas une prise en charge chirurgicale, doivent être envisagés.

Traitement médicamenteux :
En complément d’un régime modérément hypocalorique ou chez les personnes dont le surpoids est un facteur de risque (diabète, hypertension artérielle, excès de cholestérol dans le sang), le médecin peut prescrire le médicament Orlistat, un agent anti-obésité. Cet adjuvant, agissant localement dans l'estomac et l'intestin, possède la propriété de bloquer l'action d'une enzyme permettant la digestion des graisses : la lipase intestinale. Grace à son action, les graisses qui, de fait, ne sont pas digérées, restent dans le tube digestif, jusqu’à leur élimination dans les selles. Ce médicament passe très faiblement dans le sang. Il est à prendre uniquement en cas de consommation d’un repas contenant des graisses. Dans la mesure où il est recommandé de suivre conjointement un régime équitablement réparti en trois repas comportant 30% de matières grasses, la posologie est de 3 gélules par jour. Pour trouver l’équilibre alimentaire propice à l’utilisation du traitement, un suivi nutritionnel par un diététicien ou nutritionniste est fortement conseillé.

Psychothérapie :
Un accompagnement psychologique peut aider à améliorer l’estime de soi et la motivation à perdre du poids. L'obésité peut être associée à des troubles du comportement alimentaire avec boulimie et hyperphagie, dont les causes sont également multifactorielles. Dans ce cas, et particulièrement lorsqu'il existe une hyperphagie boulimique, une thérapie comportementale et cognitive peut être utile. Il s'agit d'un travail sur les comportements, pensées, opinions et croyances du patient. Certains éléments de sa vie personnelle ont pu contribuer à sa prise de poids. Selon le Centre obésité-surpoids de Grenoble, près de 30% des femmes obèses ont subi des violences ou sévices à l’origine de leur prise de poids. Ainsi, la psychothérapie permet d’analyser, identifier et corriger la cause des symptômes et faire réfléchir le patient sur son rapport à la nourriture.

Traitement chirurgical :
Dans les cas d’obésité extrême, et en traitement de dernier recours, la chirurgie bariatrique est pratiquée. Elle est réservée aux personnes :
- Présentant un indice de masse corporelle (IMC) > 40 kg/m2≤, ou > 35 kg/m2≤ avec une complication associée (par exemple diabète de type 2, HTA, syndrome d'apnée-hypopnée obstructive du sommeil) ;
- Âgées de 18 à 60 ans ;
- N'ayant pas de contre-indication d'ordre psychologique ;
- Et ne présentant pas de risque opératoire particulier.

Deux types d’intervention sont réalisés, l’une dite « restrictive » visant à limiter la capacité à ingérer les aliments et l’autre dite « mixte », qui associe la restriction gastrique à la création d’une dérivation du tube digestif (Bypass). La chirurgie restrictive permet de réduire le volume susceptible de recevoir des aliments par la pose d’un anneau gastrique ajustable ou en pratiquant une gastrectomie longitudinale (Sleeve gastrectomy). L'opération mixte consiste à relier la partie haute de l'estomac à la partie centrale de l'intestin grêle, empêchant ainsi l’absorption des aliments.
Ces interventions sont le plus souvent pratiquées sous cœlioscopie. Elles exigent une bonne préparation physique et psychologique, requièrent un bon suivi post-opératoire avec un programme d’éducation diététique et une activité physique suivie.

5. PREVENTION ET CONSEILS A L’OFFICINE
Comme le souligne le Comité d’éducation sanitaire et sociale de la pharmacie française (Cespharm), le pharmacien, professionnel de santé de proximité, peut intervenir à différents niveaux dans la lutte contre l’obésité : par l’information et la sensibilisation du public tout d’abord, en contribuant à la prévention nutritionnelle, au repérage et à l’orientation des personnes en surpoids ou atteintes d’obésité vers une consultation médicale et enfin en accompagnant au quotidien ces patients (Bulletin Académie Nationale de Médecine, 2015, 199, n°8-9, 1291-1302).

Par ailleurs, selon la HAS la prise en charge de l’obésité passe par des changements de comportements sur le long terme avec une alimentation équilibrée en quantité et en qualité et l’adoption d’un mode de vie physiquement actif et moins sédentaire. Lors de la phase d’amaigrissement, les objectifs recommandés sont d’augmenter progressivement l’AP (activité physique) d’endurance d’intensité modérée à au moins 150 minutes par semaine pour réduire la perte de masse musculaire, et dans l’idéal, d’y associer quelques séances de renforcement musculaire. En termes de prévention, afin d’éviter la prise excessive de poids, adopter une alimentation équilibrée et variée, répartie en 3 repas sur la journée et adaptée aux besoins physiologiques est essentiel. Les patients doivent également apprendre à lire les étiquettes des produits consommés, en particulier, en sachant repérer la richesse en sucres et en matières grasses, et l’apport calorique total.

Voici quelques conseils simples à rappeler au comptoir pour limiter le comportement sédentaire et encourager l’activité physique dans la vie quotidienne :
- Se déplacer à pied le plus souvent possible ;
- Se rendre au travail ou dans les magasins en marchant, ou en garant la voiture un peu plus loin ;
- En cas de trajet en transport en commun, descendre un arrêt avant la destination ;
- Utiliser les escaliers à la place de l’ascenseur ou des escaliers mécaniques ;
- Limiter le temps passé devant un écran (télévision, ordinateur, console de jeux vidéo, tablettes…) ;
- Passer plus de temps à l’extérieur, travailler davantage dans le jardin ;
- Promener le chien plus souvent et plus longtemps.

6. SITES WEB
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