CRISE HEMORROIDAIRE

En général bénins et passagers, les troubles hémorroïdaires peuvent gêner la vie quotidienne. Ils touchent autant les hommes que les femmes et surviennent le plus fréquemment entre 40 et 65 ans. Selon un communiqué de l’école de médecine d’Arvard, plus de 75% des personnes de 45 ans et plus souffrent de crises hémorroïdaires. Presqu'un tiers des femmes enceintes sont concernées, surtout en fin de grossesse et 20 % d'entre elles après l'accouchement. Certaines activités professionnelles comme les métiers nécessitant des efforts physiques intenses (exemple : le soulèvement de charges lourdes) y sont davantage associées. Selon la SNFCP (Société Nationale Française de Colo-Proctologie), la thrombose hémorroïdaire est la cause la plus fréquente des urgences en proctologie (près de 30% contre 14% pour les abcès). Les thromboses hémorroïdaires, en rien dangereuses, représentent presque 9% de la pathologie hémorroïdaire. Même si cette pathologie est bégnine, il peut être gênant pour les patients d’aborder la question avec un professionnel de santé.

1. DEFINITION
Naturellement présent dans notre anatomie, les hémorroïdes sont un réseau de vaisseaux artériels et veineux qui contribuent à la continence en retenant les selles et les gaz. Les hémorroïdes internes sont situées en haut du canal anal, et les hémorroïdes externes sous la peau de l’orifice de l’anus. Elles prennent la forme de lacs sanguins regroupés en général en 3 à 4 structures, en forme de grappes de raisin unies entre elles, et fixées à la paroi de l’anus. La maladie hémorroïdaire correspond à l’ensemble des troubles et symptômes dus à l’inflammation et à la dilatation excessives de ces vaisseaux autour de l’anus. Lorsque les hémorroïdes internes s’extériorisent par l’orifice de l’anus, il s’agit d’un prolapsus. La thrombose hémorroïdaire quant à elle, est la manifestation aiguë de la maladie hémorroïdaire qui se produit lors de l’apparition d’une tuméfaction douloureuse, d’apparition brutale. 
Généralement, les crises hémorroïdaires disparaissent en quelques jours, mais peuvent réapparaitre à un rythme plus ou moins soutenu. Dans de rares cas, quand les saignements sont répétés et abondants, les hémorroïdes peuvent entrainer une anémie. 

2. CAUSES ET FACTEURS FAVORISANT LES HEMORROÏDES
Les hémorroïdes sont provoquées par l’augmentation de la pression veineuse dans la région anorectale. Un terrain familial propice est souvent retrouvé. Certains facteurs peuvent favoriser ou aggraver les symptômes :
- Certaines périodes de la vie chez les femmes : grossesse, accouchement, post-partum et période prémenstruelle ;
- La constipation, en raison :
o Des efforts déployés pour évacuer une selle ;
o De la position assise prolongée sur le siège des toilettes ;
o De l'utilisation de certains laxatifs qui aggravent la pathologie hémorroïdaire ;
- Un épisode de diarrhée par phénomène irritatif ;
- La sédentarité ;
- Le surpoids et l'obésité ;
- La consommation d'alcool et de plats épicés ;
- La pratique de certains sports et de certaines activités qui contraignent à soulever des objets lourds ;
- Le stress ;
- Les longs voyages en position assise.
3. SYMPTOMES 
Les symptômes de la maladie hémorroïdaire sont associés entre eux de manière variable d'une personne à l'autre. Ils surviennent soit de façon aiguë sous la forme d'une crise hémorroïdaire, soit de façon continue quand la maladie évolue depuis longtemps. Les différents symptômes sont : 
- L’apparition d’une grosseur juste au bord de l’anus, de la même couleur que la peau ;
- La douleur hémorroïdaire, s’accompagnant de sensations de chaleur, de gonflement et de pesanteur au niveau de l’anus ;
- Les rectorragies : des saignements apparaissent dans les selles ou après, mais rarement au point de causer une sérieuse perte de sang. Les saignements se présentent sous diverses formes :
o Quelques traces rouges sur le papier toilette ;
o Saignement au goutte à goutte ;
o Éclaboussures de sang sur la cuvette des WC ;
o Présence de traces de sang sur les sous-vêtements.
- Les prolapsus ou les tuméfactions des hémorroïdes : le sang accumulé dans une hémorroïde dilatée coagule et forme un caillot qui lui donne une couleur bleutée. L’hémorroïde est souvent entourée d'une zone très inflammatoire œdématiée, rouge et douloureuse ;
- Une envie fréquente d’aller à la selle, sans résultat ;
- La sensation que le rectum n’est pas complètement vidé après la défécation ;
- Des démangeaisons ;
- Des irritations.
En général, les hémorroïdes internes n’entraînent pas de grosseur visible ou de douleur, mais elles peuvent saigner. Quand elles sont très dilatées, elles peuvent apparaître hors de l’anus notamment lors des poussées.

4. DIAGNOSTIC
Le médecin examine le patient pour déterminer si les saignements sont bien dus à une maladie hémorroïdaire. Pour cela, il réalise une anuscopie avec un anuscope (sonde métallique cylindrique et rigide muni d’un système optique, utilisée pour examiner le rectum). Étant donné que d’autres maladies de l’anus ou de l’intestin plus graves (tumeurs) peuvent donner des symptômes identiques à ceux des hémorroïdes, le médecin réalise également une sigmoïdoscopie ou une coloscopie.

5. TRAITEMENTS
Le traitement médicamenteux est le traitement de première intention. En cas d’échec ou si les symptômes persistent, un traitement endoscopique ou chirurgical sera proposé. Parfois, la chirurgie peut être envisagée dès le début si les hémorroïdes sont très volumineuses.

LE TRAITEMENT MEDICAMENTEUX
L’objectif des médicaments est de réduire les symptômes voire de les supprimer, notamment en termes d'intensité, de durée, de fréquence. Il est généralement utilisé sur de courtes périodes allant de quelques jours à deux semaines. On en distingue plusieurs types :
- Les laxatifs. Ils sont utilisés pour lutter contre la constipation (de lest, osmotiques, lubrifiants) qui aggrave la maladie hémorroïdaire.
- Les médicaments antihémorroïdaires locaux. Leur composition est variable et peut associer corticoïde, anesthésique local, énoxolone, dioxyde de titane, carraghénates, etc. On les retrouve sous forme de crèmes, de suppositoires ou de pommades. Ces médicaments ont une action anesthésiante, lubrifiante, facilitant ainsi la défécation ou encore anti-inflammatoire. Ils peuvent être utilisés en automédication pour soulager les crises. En revanche, les préparations contenant un corticoïde, particulièrement efficaces en cas d’œdème et d’inflammation, doivent obligatoirement être prescrites par un médecin. 
- Les médicaments veinotoniques. Pris par voie orale, ils peuvent être utilisés en cure courte en association avec des laxatifs pour traiter les douleurs, les saignements et le prolapsus hémorroïdaire. 
- Les antalgiques et AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens). Le paracétamol et les anti-inflammatoires sont efficaces pour soulager les douleurs, en particulier celles liées à la thrombose hémorroïdaire.

LE TRAITEMENT ENDOSCOPIQUE
Il a pour but de renforcer le soutien des hémorroïdes internes en créant une zone cicatricielle à leur sommet. Il ne supprime pas les hémorroïdes et n’empêche pas les récidives mais apporte un soulagement. En général, le traitement est bien supporté même si quelques effets secondaires peuvent apparaître tels que de la fièvre, des saignements ou des douleurs. Le traitement endoscopique peut être effectué en consultation, sans anesthésie ni préparation, grâce à des méthodes variées :
- Ligatures élastiques des hémorroïdes ;
- Injections sclérosantes ;
- Photo ou électrocoagulation ;
- Cryothérapie.
En cas de thrombose veineuse, une incision ou excision de la zone thrombosée devient parfois nécessaire.

LE TRAITEMENT CHIRURGICAL 
Il existe différentes techniques opératoires, pouvant être effectuées soit en structures de chirurgie ambulatoire, soit lors d’une hospitalisation :
- L’hémorroïdectomie : les paquets hémorroïdaires sont totalement extraits. La cicatrisation après hémorroïdectomie survient en 4 à 6 semaines.
- L’hémorroïdopexie : les hémorroïdes internes sont remontées dans le rectum. Ce repositionnement est possible grâce à la résection circonférentielle d'une collerette de muqueuse située au-dessus des hémorroïdes sur une hauteur de 15 à 30 mm et en réalisant une suture par agrafage. Ainsi, l'apport sanguin des hémorroïdes est diminué et les hémorroïdes sont mieux soutenues. Les troubles éventuels de la continence anale après hémorroïdopexie disparaissent en 3 à 4 semaines et les agrafes s'éliminent spontanément après 4 semaines.
- Les ligatures des hémorroïdes : les petites artères, qui alimentent en sang les hémorroïdes, sont ligaturées en plusieurs points, sous guidage doppler afin de diminuer l'afflux sanguin dans les hémorroïdes. L'efficacité de la ligature apparaît après 1 à 2 mois.
- La chirurgie mini-invasive par radiofréquence : cette technique plus récente permet de cautériser les paquets hémorroïdaires grâce à une sonde de radiofréquence sans abîmer la muqueuse. Les suites post opératoires sont simples, avec peu de douleurs ou de saignements.

6. PREVENTION ET CONSEILS A L’OFFICINE
Il peut être délicat et gênant pour une personne d’aborder la crise hémorroïdaire au comptoir. Le patient appréciera sans aucun doute la discrétion de son pharmacien. En fonction de l’ampleur de la crise, le pharmacien pourra proposer une crème antihémorroïdaire locale, et un laxatif en cas de constipation. Il est bien de rappeler que les hémorroïdes guérissent généralement de manière spontanée en quelques jours. Si la crise perdure ou s’intensifie, il convient d’orienter le patient vers son médecin traitant. En outre, le pharmacien peut donner des recommandations générales pour permettre de prévenir les hémorroïdes :
- Lutter contre la constipation en veillant à ce que les selles soient régulières et molles, en adoptant par exemple une nourriture riche en fibres alimentaires (fruits, légumes, céréales complètes) et en buvant beaucoup d’eau ;
- Pratiquer une activité physique en évitant le cyclisme et l’équitation. Le mouvement, les exercices physiques réguliers activent la circulation et la digestion et préviennent ainsi la formation d’hémorroïdes ;
- Suivre la règle valable pour toutes les affections veineuses : marcher ou se coucher plutôt que rester debout sans bouger, ou assis de manière prolongée ;
- Éviter de prendre des aliments favorisant les crises. Pour cela, faire une liste des aliments ingérés dans les heures qui ont précédé la crise afin de faire des recoupements et identifier les aliments incriminés ;
- Surveiller ses médicaments. En effet, certains d’entre eux favorisent la constipation, et donc les crises hémorroïdaires. Lorsque le médecin prescrit un nouveau médicament, il faut lui parler de ces crises ;
- Pratiquer une hygiène anale raisonnable, sans frottages excessifs ;
- Procéder à des lavages réguliers de l’anus à l’eau tiède avec un linge en coton ou une lingette humide, sans abuser du savon.

7. SITES WEB
Commentaire
Soyez le premier à commenter cet article
Ajouter un commentaire
No images were found.

Articles similaires