EPILEPSIE

Avec près de 600 000 personnes atteintes dont la moitié d’enfants, l’épilepsie constitue en France, selon l’Inserm, la troisième maladie neurologique la plus fréquente, derrière la migraine et les démences.
Bien qu’il existe aujourd’hui de nombreux traitements médicamenteux qui permettent une réduction des récidives et parfois même un contrôle total des crises, chez environ un épileptique sur trois, les traitements existants ne sont toujours pas efficaces voire, dans certains cas risqués. Récemment, le 4 novembre 2019, une campagne d’information publique au sujet du droit à l’indemnisation des patients victimes du traitement antiépileptique à base de valproate de sodium a été lancée par la direction générale de la santé. Ce traitement pris pendant la grossesse entraine dans 10% des cas des malformations de l’enfant à naitre et dans 30 à 40% des cas, des troubles du neurodéveloppement.
Si la plupart des patients épileptiques peuvent mener une vie sociale et professionnelle satisfaisante, les représentations sociales de cette pathologie continuent à marginaliser certains patients non seulement au sein de la population générale mais aussi auprès de leur entourage. Peur et rejet placent souvent l’individu dans une situation de stigmatisation et de discrimination, plus difficile à vivre encore que la crise elle-même.
L’OMS et ses partenaires reconnaissent que l’épilepsie constitue un grand problème de santé publique. Comme chaque année depuis 2015, une Journée Internationale de l'Epilepsie est organisée dans plus de 120 pays, le deuxième lundi de février. Cette année elle aura lieu le 12 février.

1. DEFINITION
Une crise d’épilepsie est une manifestation clinique transitoire soudaine, due à une activité électrique anormale des cellules nerveuses du cortex cérébral. La maladie se définit par la survenue d’au moins deux crises spontanées.
On distingue deux grands types de crises :
- Les crises généralisées, liées à des décharges électriques étendues à l’ensemble du cerveau ;
- Les crises partielles ou focales qui trouvent leur origine dans une zone localisée du cerveau, dite « foyer épileptogène ».

2. CAUSES
Compte tenu des multiples formes d’expression des crises et de leur évolution, il n’y a pas une, mais des épilepsies. Aujourd’hui, on estime qu’il existe environ une cinquantaine de maladies épileptiques ou syndromes épileptiques. Les causes des épilepsies sont multiples et il existe une classification internationale qui permet de se repérer dans les différents syndromes en fonction de la localisation (partielle ou généralisée), de l'aspect causal (symptomatique, idiopathique, cryptogénique) et de l'âge du patient (nouveau-né, enfant, adulte, personne âgée).

Les épilepsies symptomatiques.
Elles sont dues à une lésion cérébrale : malformation congénitale, encéphalite, séquelles d’une souffrance à la naissance, traumatisme crânien, accident vasculaire cérébral, tumeur, infections du système nerveux central, maladies neurologiques évolutives, anomalies des chromosomes, malformations cérébrales…

Les épilepsies cryptogéniques.
On parle d’épilepsie cryptogénique lorsque la cause suspectée ne peut pas être prouvée par les méthodes de diagnostic actuelles. Etant donné que les techniques d’exploration évoluent en permanence, le nombre d’épilepsies cryptogéniques est en constante diminution.

En général, les épilepsies symptomatiques ou cryptogéniques sont partielles et représentent près de 80% des épilepsies de l’adulte. L’épilepsie peut être présente depuis l’enfance à cause d’une atteinte cérébrale. Si elle est au contraire récente, il faut rechercher une cause séquellaire ou évolutive.

Les épilepsies idiopathiques.
Les épilepsies idiopathiques de l’adulte sont toujours généralisées. Ce sont essentiellement des épilepsies qui datent de l’enfance ou de l’adolescence, et qui n’ont pas guéri mais répondent bien aux traitements. Elles présentent un caractère génétique et concernent des sujets le plus souvent sans lésion cérébrale. Cela ne signifie pas pour autant que l’épilepsie est une maladie héréditaire. La transmission de l’épilepsie est très complexe et ne concerne qu’un nombre restreint de cas.

3. SYMPTOMES
Les symptômes sont variables en fonction de la localisation de l’activité électrique anormale. Parmi les épilepsies, on distingue deux formes ; chacune d’elles présentant des manifestations cliniques variables.

Les épilepsies généralisées :
Elles peuvent se manifester de plusieurs façons.
La crise tonico-clonique est la plus connue et la plus impressionnante, mais pas la plus courante. Elle se manifeste en trois phases :
- La phase tonique, durant laquelle tous les muscles du corps se contractent. Parfois, l’individu peut involontairement se mordre la langue. Cette phase dure 1 à 2 minutes. 
- La phase clonique dure environ 20 secondes. Elle se caractérise par des séries de contractions musculaires diffuses et irrégulières, avec un blocage de la respiration.
- Enfin, la phase résolutive ; elle correspond à un relâchement musculaire complet. La respiration devient bruyante et parfois, on observe une perte urinaire.

Les absences, quant à elles, se manifestent par une brève rupture de contact, une immobilité et une fixité du regard ; elles sont parfois accompagnées de mâchonnements ou de gestes involontaires et inadaptés. Ces crises surviennent bilatéralement et symétriquement dans le cerveau. Elles touchent davantage l’adolescent ou l’enfant ; durant la crise, le patient ne se rend compte de rien et n’en garde aucun souvenir par la suite.

Les épilepsies focales (ou partielles) :
Elles n’affectent que certaines parties du corps. Elles peuvent se traduire par des troubles moteurs, sensoriels et sensitifs, des fourmillements dans un membre, des hallucinations auditives ou des hallucinations visuelles, des troubles de la mémoire ou de la conscience. L’hyperexcitation de la crise focale peut se propager et, ainsi, entrainer une crise généralisée.

Certaines épilepsies ne peuvent être classées parmi ces deux types ; on parle alors de crises non classées.

4. DIAGNOSTIC
Le diagnostic repose sur la description clinique des crises et sur le résultat de l’électro-encéphalogramme (EEG) qui enregistre l’activité électrique du cerveau. L’EEG est l’examen de base du diagnostic car il permet à la fois de confirmer le diagnostic d’épilepsie et de définir le type précis d’épilepsie (partielle ou généralisée, idiopathique ou symptomatique). Sur le tracé de l'enregistrement, le médecin recherche des séries d’ondes pointues et très rapprochées, caractéristiques de l’épilepsie.
Les signes de l'épilepsie perdurent parfois sur l'EEG entre deux épisodes. On parle alors de "persistance intercritique". C’est pourquoi, même si les EEG enregistrés au cours d’une crise sont les plus typiques, l’enregistrement peut être programmé à la suite ou à distance d’une crise.
Certains types d’épilepsie surviennent pendant le sommeil. Dans ce cas, pour mettre en parallèle les symptômes de la maladie et l’activité électrique cérébrale, un EEG associé à un enregistrement vidéo simultané peut être effectué durant le sommeil du patient.
Dès lors qu’une épilepsie symptomatique est soupçonnée, la réalisation d’une Imagerie par Résonance Magnétique (IRM) cérébrale s’impose, supplantant le scanner en dehors de l’urgence. L’imagerie permet de confirmer le caractère symptomatique d’une épilepsie et permet une surveillance évolutive des lésions.

5. TRAITEMENTS
On distingue trois formes d’épilepsie qui nécessiteront une prise en charge différente :
- Les épilepsies pharmaco-sensibles : les crises sont contrôlées avec le traitement. Au bout de 3 à 5 ans sans crises et après analyse des facteurs de risque de récidive, un arrêt du traitement peut être envisagé.
- Les épilepsies pharmaco-dépendantes : les crises sont contrôlées sous traitement mais récidivent en cas d’arrêt.
- Les épilepsies pharmaco-résistantes : les crises persistent malgré la prise régulière d’un traitement ou d’une association de plusieurs médicaments. 20 à 30 % des épileptiques sont concernés par cette problématique.

Le traitement médicamenteux.
Le traitement médicamenteux est efficace dans environ 70% des cas, en réduisant le nombre de récidives ou en les contrôlant totalement. Parmi les plus fréquemment utilisés, on retrouve le phénobarbital, le valproate de sodium ou encore les benzodiazépines. Il n’existe pas de molécule plus efficace qu’une autre. Le traitement est jugé selon deux paramètres principaux : son efficacité et la tolérance du patient.
En raison des risques graves qu’ils font courir au fœtus en cas de grossesse, les médicaments à base de valproate ne sont plus prescrits aux femmes en âge de procréer sauf en cas d’inefficacité ou d’intolérance à des alternatives médicamenteuses. Dans ce cas, la prescription doit être réalisée sous couvert d’une contraception efficace. Pour ces patientes, depuis le 31 décembre 2015, aucune délivrance de ces spécialités ne peut se faire sans prescription initiale annuelle par un spécialiste en neurologie, psychiatrie ou pédiatrie. Les jeunes femmes en âge de procréer doivent se présenter à la pharmacie avec un accord de soin signé par elle-même et leur médecin, prouvant qu’une information sur les risques a bien été délivrée.

La chirurgie.
Elle s’adresse à environ la moitié des patients qui ont une épilepsie partielle pharmaco-résistante. Le foyer épileptogène doit être localisé pour pouvoir être extrait sans créer de déficit fonctionnel comme des troubles du langage ou de la mémoire. La chirurgie s’applique surtout dans les épilepsies dites du lobe temporal. L’opération est un succès dans 80 à 90 % des cas. Les résultats sont en revanche beaucoup moins favorables dans les autres localisations comme les épilepsies frontales ou pariétales.

Les traitements alternatifs.
Face à une épilepsie pharmacorésistante, les médecins peuvent préconiser :
- Le régime alimentaire cétogène : Avec ce type d’alimentation très pauvre en sucres et très riche en graisses, l’organisme produit plus de corps cétoniques, une substance naturellement active contre les convulsions et l’épilepsie. Ce régime est particulièrement indiqué chez les enfants.
- La stimulation du nerf vague : elle consiste à envoyer de petits courants électriques dans le nerf vague. Pour une raison encore inconnue, cette stimulation prévient l’apparition de crises épileptiques.

Le 10 septembre 2018, l’ANSM a créé, pour un an, un Comité Scientifique Spécialisé Temporaire (CSST) sur l’évaluation de la pertinence et de la faisabilité de la mise à disposition du cannabis thérapeutique en France, notamment pour le traitement de certaines formes d’épilepsie sévères et pharmacorésistantes. A l’issue de la séance du 26 juin 2019, les experts du comité ont rendu leur avis à l’ANSM sur le cadre pratique de l’accès au cannabis à visée thérapeutique en vue d’une expérimentation. Celle-ci visera à évaluer, en situation réelle, le circuit de prescription et de la délivrance ainsi que l’adhésion des professionnels de santé et des patients à ces conditions. Elle permettra également de recueillir les premières données françaises d’efficacité et de sécurité.

6. CONSEILS A L’OFFICINE
Comme toute maladie chronique, l’épilepsie peut être source de difficultés psychologiques. Alors que la fréquence des crises peut être très limitée, c’est surtout leur caractère soudain et imprévisible qui est redouté des patients. La perte éventuelle du contrôle de son corps, de sa conscience, la peur des conséquences physiques et sociales des crises peuvent être des facteurs de déséquilibre psychologique. Pour un meilleur suivi, les pharmaciens peuvent orienter leurs patients épileptiques vers l’un des établissements sanitaires et médico-sociaux spécialisés dans l’accueil des personnes épileptiques.

Depuis le 4 novembre 2019, le pharmacien dispose d’une fiche d’information destinée à promouvoir le droit à l’indemnisation des victimes du traitement à base de valproate de sodium (https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/fiche_ps_indemnisation_valproate_de_sodium_.pdf). Les pharmaciens peuvent adresser leurs patients concernés par le valproate à un neurologue, un neuropédiatre, un centre d’action médico-sociale précoce, un centre de la filière de santé AnDDI-rare (Anomalies du Développement avec ou sans Déficience Intellectuelle de causes Rares), ou encore vers un centre de la filière de santé DéfiScience (Maladies rares du Neurodéveloppement).

Il faut également rappeler que les antiépileptiques diminuent parfois l’efficacité des pilules contraceptives. Certains antibiotiques comme l’érythromycine, interagissent avec les antiépileptiques et le risque d’accumulation des effets secondaires des médicaments peut parfois être augmenté. La prudence est donc nécessaire.

Il est important que le pharmacien informe les patients sur la nécessité de suivre scrupuleusement la prescription. Le succès du traitement en dépend. Diminuer, sauter ou décaler des prises peut exposer à la survenue d’une nouvelle crise.

7. SITES WEB
Commentaire
Soyez le premier à commenter cet article
Ajouter un commentaire
No images were found.

Articles similaires