CARENCES VITAMINIQUES

Avec 1,9 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2018, le marché des compléments alimentaires vitaminiques et minéraux a connu un taux de croissance de 1,3% par rapport à 2017 (chiffres du Synadiet, Syndicat National des Compléments Alimentaires). 46% des français en auraient déjà consommé alors que 93% reconnaissent leurs bénéfices pour la santé. 
Même en très petites quantités, les vitamines jouent un rôle indispensable à notre organisme. N’étant pas synthétisées pas notre corps, à l’exception de la vitamine D, nos besoins vitaminiques doivent être comblés par notre alimentation et au besoin, par une supplémentation. En France, les carences vitaminiques sont rares et concernent surtout certaines catégories de personnes : femmes enceintes, enfants, personnes âgées ou atteintes d’une pathologie entraînant une perte ou une malabsorption vitaminique. L’étude Esteban (Étude de santé sur l’environnement, la biosurveillance, l’activité physique et la nutrition) réalisée en France métropolitaine entre avril 2014 et mars 2016 sur un échantillon de 794 enfants âgés de 6 à 17 ans et 2 472 adultes de 18 à 74 ans, a mis en évidence que la prévalence du risque de déficit en folates sériques était quasi-nulle chez les adolescentes (15-17 ans), mais qu’elle a quasiment doublé ces 10 dernières années chez les femmes adultes en âge de procréer (18-49 ans non ménopausées) passant de 7% en 2006 à 13% en 2015. La prévalence de la carence en vitamine D concernait près de 7% des adultes et 4% des enfants et atteignait 13% chez les adolescents. Si la situation s’est améliorée depuis 2006 chez les femmes, une augmentation de la carence en vitamine D chez les hommes âgés de 55-74 ans est apparue. En ce qui concerne les vitamines A (rétinol) et E (tocophérol), les prévalences des déficits étaient quasi-nulles dans la population française, en 2015 comme en 2006, quels que soient le sexe, l’âge ou le niveau d’études des individus.
Les compléments vitaminiques étant principalement achetés en pharmacie, le pharmacien d’officine est souvent amené à délivrer des informations à ses patients y compris sur leurs indications.
  
1. DEFINITION
On appelle « avitaminose » l'ensemble des manifestations du à une absence de vitamine par carence totale et prolongée. En France, la carence totale est très rare. On parle plutôt d’hypovitaminose, qui correspond à une insuffisance ou à un déficit en vitamine, c’est-à-dire une carence alimentaire partielle ou relative à des besoins spécifiques. Elle est parfois appelée avitaminose relative, fruste ou inapparente. 

2. ROLE DES VITAMINES  
Pour bien mesurer l’impact d’une carence vitaminique sur l’organisme, il est essentiel de comprendre le rôle et l’action de chaque vitamine. On en distingue deux types : les vitamines hydrosolubles (vitamines B1, B2, B3, B5, B6, B9, B12, et vitamine C) et les vitamines liposolubles (vitamines A, D, E, K).

Vitamine A (Rétinol) : Elle assure le bon fonctionnement de la rétine, notamment l’adaptation de l’œil à l’obscurité ; participe à la régulation du système immunitaire ; et contribue au renouvellement des cellules de la peau, des muqueuses et des os.
Vitamine B1 (Thiamine) : Elle intervient dans le métabolisme des glucides, des protéines et des lipides, renouvelés en énergie utilisable par l’organisme. Elle participe au bon fonctionnement du système nerveux en stimulant les capacités intellectuelles comme l’attention et la mémoire. La vitamine B1 permet également la dégradation de l’alcool par le foie, régule la tension artérielle et assure un bon fonctionnement des tissus musculaires.
Vitamine B2 (Riboflavine) : Elle possède une action antioxydante et « anti-fatigue ». En intervenant dans la production de la kératine, assure la santé des cheveux, des ongles et des muqueuses ainsi que la souplesse de la peau. On la retrouve aussi dans la composition de la rétine garantissant ainsi le maintien de la vision. La vitamine B2 interagit avec les vitamines B3 et B6. Elle est essentielle au fonctionnement du cerveau.
Vitamine B3 (Niacine) : Elle participe à la libération d’énergie dans l’organisme et intervient dans la réparation de l’ADN. En permettant la régulation du glucose et la réduction du cholestérol, elle prévient les maladies cardiovasculaires et contribue au bon fonctionnement du système nerveux. De plus, elle joue un rôle de prévention des affections cutanées telles que l’acné ou l’eczéma.
Vitamine B5 (Acide pantothénique) : Elle intervient dans le métabolisme glucidique, lipidique et protéique, contribue à réduire le taux de cholestérol et les triglycérides et participe à la synthèse des stéroïdes. Elle favorise la croissance et le renouvellement des tissus (pousse des cheveux, cicatrisation de la peau, guérison des plaies, de brûlures superficielles, irritations…). Elle favorise également le bon fonctionnement du système nerveux central. 
Vitamine B6 (Pyridoxine) : Elle est impliquée dans le maintien du derme et permet l’assimilation du magnésium, indispensable pour lutter contre la fatigue et le stress. Elle possède une action de régulation de l’activité hormonale (adrénaline, noradrénaline, sérotonine, dopamine). La vitamine B6 est aussi reconnue pour soulager les symptômes du syndrome prémenstruel. De plus, elle contribue au bon fonctionnement du système immunitaire en intervenant dans la synthèse d’anticorps, et assure le renouvellement des globules rouges (en association avec les vitamines B9 et B12). 
Vitamine B8 (Biotine) : Elle participe au métabolisme des lipides et des acides aminés, à la production d’acides gras et à la croissance cellulaire, notamment en ce qui concerne le renouvellement des cellules de la peau et des cheveux. Enfin, elle maintient le bon fonctionnement du système immunitaire et du système nerveux. 
Vitamine B9 (Acide folique) : Elle est indispensable à la synthèse de l’ADN et au développement normal du fœtus. Par ailleurs, elle entre dans la composition et la formation des globules rouges, de certains coenzymes, des cellules musculaires et osseuses et participe à leur régénération. Elle contribue également au métabolisme des acides aminés et au bon fonctionnement du système nerveux.
Vitamine B12 (Cobalamine) : Elle intervient dans l’équilibre des cellules du système nerveux, digestif et osseux, dans la composition des globules rouges et la synthèse de l’ADN et de la myéline. Elle possède une action coagulante, ainsi que des vertus antalgiques et anti-toxines. Elle permet aussi l’assimilation du fer.
Vitamine C (Acide ascorbique) : Elle est surtout connue pour son action anti-oxydante qui permet, entre autres, la prévention du vieillissement cellulaire, de maladies cardio-vasculaires, de maladies neurodégénératives et de certains cancers. La vitamine C participe aussi aux défenses immunitaires et favorise l’assimilation du fer issu des végétaux.
Vitamine D (Calciférol) : En assurant l’absorption du calcium et des phosphates, cette vitamine participe à la minéralisation des os et du cartilage, et par ce biais à la prévention de l’ostéoporose et du rachitisme. Elle soutient et renforce aussi le système immunitaire.
Vitamine E (Tocophérol) : La vitamine E est un puissant anti oxydant, prévenant le vieillissement des cellules, et l’apparition de maladies cardiovasculaires, de certains cancers et de maladies neurodégénératives comme Alzheimer. Elle renforce également le système immunitaire, intervient dans le développement des cellules sexuelles et stimule la fertilité. 
Vitamine K (Phylloquinone) : Cette vitamine joue un rôle capital dans la coagulation du sang, évitant les hémorragies. Elle assure également le métabolisme des os, prévenant ainsi l’ostéoporose.

3. CAUSES D’UNE CARENCE VITAMINIQUE
Dans les pays industrialisés comme la France, une alimentation variée et équilibrée permet en général de couvrir les besoins vitaminiques journaliers. Toutefois, une carence peut apparaître selon l’état physiologique de l’individu ou son mode de vie comme la période de croissance, la grossesse, l’allaitement ou l’exercice physique intense et répété, la consommation de tabac ou d’alcool… Dans ces situations, le statut métabolique est modifié. Les besoins varient selon les personnes car la biodisponibilité d'un micronutriment dépend du rendement digestif de l'absorption et, par conséquent, du rendement physiologique de chacun.
 
Certaines pathologies peuvent augmenter les pertes vitaminiques et/ou entraîner une malabsorption. Les gastrites chroniques avec hypochlorhydrie affectent l'assimilation du fer, du calcium, de la vitamine B12 et des folates. L'insuffisance pancréatique peut affecter l'absorption des vitamines liposolubles. Les pathologies qui interrompent la circulation entérohépatique (maladies hépatobiliaires et pancréatiques) peuvent provoquer des pertes en vitamine A, vitamine D, folates, et vitamine B12 excrétés dans la bile. Les atrophies villositaires, les entérocolites, mais aussi les séquelles de traitements chirurgicaux peuvent également être responsables d'un syndrome de carence par malabsorption. 
Le foie étant un site de stockage de nombreux micronutriments, parmi lesquels figure la vitamine A, une hépatopathie chronique, (parfois provoquée par l'alcoolisme) peut constituer une cause favorisante de carence par diminution des capacités de stockage.
De plus, il existe de nombreuses interactions entre les différents micronutriments. Ainsi, par exemple, le zinc influe sur l'absorption en folates, la vitamine C sur celle du fer... 

4. DIAGNOSTIC ET TRAITEMENT
Les carences vitaminiques peuvent être décelées par le médecin traitant lors de l’interrogatoire (grossesse, fatigue, chutes de cheveux…) mais seule une prise de sang constitue un diagnostic fiable. Même s’il est possible aujourd’hui de toutes les doser, les examens sanguins pratiqués les plus couramment concernent les vitamines D, K, B1, B6 et B12. 
Un régime alimentaire spécifique suffit parfois à combler les apports qui manquent à l’organisme. En l’absence de résultat et si la carence s’avère importante, le médecin peut prescrire des suppléments vitaminiques.

5. SUPPLEMENTS VITAMINIQUES
On entend par compléments alimentaires, « les denrées alimentaires dont le but est de compléter le régime alimentaire normal et qui constituent une source concentrée de nutriments ou d'autres substances ayant un effet nutritionnel ou physiologique seul ou combiné » (Directive 2002/46/CE du Parlement européen, transposée par le décret n°2006-352 du 20 mars 2006).
Les compléments alimentaires sont commercialisés sous forme de gélules, pastilles, comprimés, pilules, sachets de poudre ou encore en préparations liquides telles que des ampoules ou des flacons munis de compte-gouttes. Ils doivent faire l'objet de déclarations auprès de la Direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) qui examine leur composition et réalise des contrôles.

Dans les cas extrêmes, lorsque le régime ou les suppléments alimentaires n’arrivent plus à corriger la carence nutritionnelle, les nutriments doivent être introduits par voie parentérale, soit dans les muscles, soit dans les veines. Le patient est alors hospitalisé.
Bien que les français consomment de plus en plus de compléments alimentaires et d’aliments enrichis, selon l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), les véritables carences vitaminiques de la population générale « ne concernent que la vitamine D ». En revanche, dans des cas particuliers comme chez les personnes ayant adopté un régime végétalien, les femmes enceintes, les enfants ou les personnes âgées, « le recours aux compléments alimentaires peut présenter un intérêt. Il est alors fortement recommandé de solliciter l’avis d’un professionnel de santé ».

6. CONSEIL AU COMPTOIR
En France, les carences sévères en vitamines sont rares et surviennent surtout en cas de mauvaises habitudes alimentaires ou de maladies perturbant leur assimilation par l’organisme. Encourager la patientèle à adopter un régime alimentaire sain, varié et équilibré constitue le premier geste de prévention des carences vitaminiques. 
Quelques rappels diététiques simples sauront aider les personnes à combler leurs besoins et prévenir les carences les plus fréquentes : 
- La vitamine D est présente dans les produits laitiers, le saumon, la truite et l’huile de foie de morue. Une exposition journalière au soleil permet également à l’organisme de synthétiser la vitamine D.
- La vitamine B12 se retrouve uniquement dans les aliments d'origine animale : les viandes et abats, crustacés et mollusques, poissons (notamment les poissons gras type maquereau, sardine, truite), œufs, et produits laitiers. Le pharmacien sera particulièrement attentif aux personnes ayant adopté un régime végétarien, végétalien ou végan, pour lesquelles une supplémentation orale sera peut-être nécessaire. Au sujet des produits laitiers, le programme national nutrition santé « Manger, bouger » recommande la consommation de 2 produits par jour pour un adulte, par exemple un yaourt nature et un morceau de fromage ou du fromage râpé sur les pâtes, gratins et quiches… Pour les enfants, les adolescents et les personnes âgées, 3 ou 4 produits laitiers sont recommandés.
- La vitamine B9, particulièrement importante pour la femme enceinte, se retrouve en grande quantité dans les abats, légumineuses, épinards.
- Les poivrons rouges et jaunes crus, le cassis, le persil frais, le chou de Bruxelles, les fraises, les agrumes ou encore le kiwi constituent de très bonnes sources de vitamine C. 

Lors de la délivrance de compléments vitaminiques, il est important de vérifier les interactions médicamenteuses et de spécifier les risques en cas de surdosage. Par exemple, la vitamine E diminue l’absorption de certains médicaments (notamment les médicaments pour les troubles cardio-vasculaires). Des compléments fortement dosés en vitamine A sont contre-indiqués pour les patients présentant des antécédents de cancer. De même, une surdose de vitamine A peut être toxique pour le fœtus.

Il convient de rappeler aux patients que le complément alimentaire n’est pas un médicament, et ne peut donc, par définition, revendiquer aucun effet thérapeutique.
De manière générale, lors de la prise de compléments vitaminiques, l’Anses rappelle qu’il est important :
- D’éviter des prises prolongées, répétées ou multiples au cours de l’année sans demander conseil à un professionnel de santé ;
- De respecter scrupuleusement les conditions d’emploi fixées par le fabricant, responsable de la sécurité des produits qu’il commercialise ;
- De signaler à un professionnel de santé tout effet indésirable suite à la consommation d’un complément alimentaire ;
- De privilégier les circuits d’approvisionnement contrôlés par les pouvoirs publics.

7. SITES WEB
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