PREVENTION DU DIABETE

​1 personne meurt du diabète toutes les 6 secondes dans le monde. Déjà en 2015, d’après la Fédération Internationale du Diabète, 425 millions de diabétiques étaient recensés. Le diabète constitue la première pandémie de maladie non-contagieuse. D’ici 2040, l’OMS prévoit jusqu’à 622 millions de personnes diabétiques dans le monde.
En France, 1 personne sur 10 est atteinte de diabète, alors que 500 000 à 800 000 patients s’ignorent, selon le Centre Européen d’Étude du Diabète (CEED). Le diabète rend la vie des patients compliquée de bien des points de vue, dépressions liées aux préjugés, multiples piqûres quotidiennes pour certains. A titre d’exemple, cinquante années de diabète correspondent à plus de 100 000 piqûres ! Le diabète expose également les patients à des complications sévères (cécité, amputation, infections, plaies, maladies cardiovasculaires, insuffisance rénale). En France, le coût du diabète est évalué à 16,7 milliards, 137 milliards en Europe et 591,7 milliards d’euros dans le monde, soit 12,5 % des dépenses de santé des pays en moyenne. 
Il est pourtant possible de prévenir le diabète de type 2 (90 % des cas de diabète) en modifiant ses habitudes de vie : perte de poids, activité physique, alimentation saine… et de retarder les complications qui lui sont associées. 
Chaque 14 novembre, la Journée Mondiale du Diabète, créée en 1991, réunit la communauté mondiale du diabète afin de mieux faire connaître cette maladie, sa prise en charge et les moyens de la prévenir.

1. DEFINITION
On distingue principalement deux types de diabète : le diabète de type 1, également appelé diabète insulino-dépendant ou diabète juvénile, qui touche environ 10 % des diabétiques et le diabète de type 2 qui en touche près de 90 %. Il existe également dans de rares cas, des diabètes secondaires à certaines maladies ou prises de médicaments.
Le diabète de type 1 est une maladie chronique qui se caractérise par une destruction auto-immune de plus de 90 % des cellules béta, productrices de l’insuline, l’hormone qui régule la concentration de sucre dans le sang. Le pancréas ne produit plus suffisamment ou plus du tout d’insuline, provoquant une carence insulinique totale ou partielle. Le diabète de type 2, correspond à une perte de fonctionnalité des ilots pancréatiques dûe à une résistance progressive de l’organisme à l’insuline. Un diabète est avéré lorsque la glycémie à jeun est égale ou supérieure à 1,26 g/l à deux reprises ou égale ou supérieure à 2 g/l à n’importe quel moment de la journée. 
Le diabète gestationnel quant à lui, se développe chez certaines femmes enceintes, généralement vers la fin du deuxième trimestre de grossesse. En 2012, le diabète gestationnel concernait 8 % des grossesses en France métropolitaine. Il se caractérise par une hyperglycémie de gravité variable et disparait généralement dans les 6 semaines qui suivent l’accouchement. Il résulte d’une déficience du pancréas qui ne parvient pas à sécréter suffisamment d’insuline pour maintenir la glycémie à un taux normal. La résistance de l’organisme à l’action de l’insuline est liée à la production d’hormones placentaires et de progestérone, associée à la stimulation d’hormones de contrerégulation, la prolactine, le cortisol et la leptine. 

2. CAUSES ET FACTEURS DE RISQUE
Diabète de type 1
Il survient le plus souvent de manière brutale chez l’enfant, l’adolescent et le jeune adulte. Selon l’Inserm, la moitié des cas se déclare avant l’âge de 20 ans. L’apparition du diabète de type 1 est liée à une prédisposition génétique et pourrait être déclenchée par des facteurs environnementaux comme une infection virale, une exposition à des toxines, l’alimentation, le stress... Le risque de survenue d'un diabète insulino-dépendant est ainsi plus important lorsqu'un parent proche (père, mère, frère ou sœur) présente également un diabète de type 1. 

Diabète de type 2
Tout comme pour le diabète insulino-dépendant, le risque de survenue du diabète de type 2 est majoré en cas de prédisposition familiale. Mais, c’est essentiellement le mode de vie du patient qui est en cause dans l’apparition de ce diabète : sédentarité, obésité, tabac… Ce type de diabète évolue lentement et souvent de manière asymptomatique au début. Même si le diabète de type 2 peut apparaitre dès l’adolescence, il survient généralement après 40 ans et l’âge moyen de diagnostic est de 65 ans. Il s’agit de la phase de pré-diabète. Dans son actualisation du référentiel de pratiques de l’examen périodique de santé – Prévention et dépistage du diabète de type 2 et des maladies liées au diabète, la HAS a rappelé les principaux facteurs de risque :
- Un âge supérieur à 45 ans ;
- L’origine géographique (personne d’origine non caucasienne et/ou migrante ayant adopté un mode de vie occidental) ;
- Un surpoids (indice de masse corporelle supérieur à 28 kg/m²) ;
- La sédentarité ;
- Un antécédent de diabète gestationnel ;
- Un antécédent d’accouchement d’un enfant de faible poids de naissance ou de grossesse avec un retard de croissance intra-utérin ;
- Un antécédent familial de diabète chez un apparenté du premier degré ;
- Une anomalie de la glycorégulation ou état de prédiabète (glycémie à jeun comprise entre 1,10 g/l et 1,26 g/l).

En outre, certains facteurs peuvent augmenter le risque de survenue de diabète de type 2 comme une hypertension artérielle, une dyslipidémie (le cholestérol, par exemple), un tabagisme chronique ou encore un antécédent de syndrome des ovaires polykystiques. 

Le diabète gestationnel 
Selon le rapport de synthèse de la HAS de 2005 sur « Le dépistage et le diagnostic du diabète gestationnel », les facteurs de risque de diabète gestationnel sont :
- Un âge compris entre 25 et 40 ans ;
- Un indice de masse corporelle (IMC) maternel avant la grossesse compris entre 25 et 30 kg/m² ;
- Une origine géographique non caucasienne (les femmes d’origine caucasienne auraient un risque plus faible) ;
- Les antécédents familiaux de diabète ;
- Un antécédent personnel de diabète gestationnel, de mort fœtale in utero ou de macrosomie foetale (poids de naissance supérieur à 4 kg).

3. COMPLICATIONS
Les complications du diabète sont principalement d’origine cardio-vasculaire, car le cœur et les vaisseaux sont les premiers lésés par une hyperglycémie permanente. Le risque d’athérosclérose, d’infarctus du myocarde, d’AVC ou encore d’artérite est ainsi augmenté. Les diabètes de type 1 et 2 confondus multiplient par trois à cinq le risque d’infarctus du myocarde. Selon l’Inserm, parmi les 10 000 diabétiques hospitalisés chaque année pour un infarctus du myocarde, 1 000 décèdent. Le diabète entraine également des complications micro-vasculaires, qui augmentent le risque de néphropathie (nécessitant une dialyse, voire une greffe), d’artérite des membres inférieurs, neuropathie périphérique, rétinopathie (déficience visuelle ou cécité), maladies hépatiques ou encore des problèmes de cicatrisation. Les lésions des pieds du sujet diabétique sont à type de mal perforant plantaire avec ulcération et altération de la capacité de cicatrisation qui peuvent aller jusqu’à l’amputation. Tous les ans, 3 000 diabétiques doivent démarrer une dialyse ou subir une greffe de reins alors que 9 000 autres sont amputés suite à une artérite.
En plus de cela, le diabète est un facteur de risque indépendant de gingivite et de parodontite, responsables d’une perte précoce de dents. 
En ce qui concerne le diabète gestationnel, les complications concernent à la fois la mère et l’enfant. Chez la mère le diabète gestationnel peut provoquer une pré-éclampsie qui se traduit par une prise de poids, de l’hypertension artérielle, un risque de prématurité, un risque de développer un diabète de type 2, des œdèmes, voire des problèmes rénaux. Chez l’enfant le diabète gestationnel peut provoquer un poids anormalement élevé à la naissance (supérieur à 4 kg), et après l’accouchement, une détresse respiratoire, de l’hyperglycémie et un risque plus élevé de développer un diabète de type 2 au cours de sa vie.

4. DEPISTAGE ET DIAGNOSTIC
La seule méthode de détection de la maladie à un stade précoce est la mesure de la glycémie après 8 heures de jeûne. 
En présence de symptômes de diabète (polyurie, polydipsie, cicatrisation lente…), une seule mesure de la glycémie au-dessus de 2 g/l confirme le diagnostic. En dessous, il faut réaliser deux glycémies à jeun en laboratoire :

- Glycémie > 1,26 g/l : on parle de diabète confirmé.
- Glycémie > 1,10 g/l  et < 1,26 g/l : le patient est considéré comme prédiabétique.

Une hyperglycémie provoquée (HGPO) peut être réalisée. Elle est le plus souvent préconisée pour diagnostiquer le diabète gestationnel. Pour ce faire, le patient ingère une boisson additionnée de 75 g de glucose puis la glycémie est mesurée 2 heures plus tard. Le diagnostic d'intolérance au glucose est retenu si la glycémie dépasse 1,40 g/l. Si la glycémie dépasse 2  g/l, le diagnostic de diabète est établi.
Pour une surveillance à long terme, l’hémoglobine glyquée (ou HbA1c), qui est le reflet de la glycémie, doit être dosée. Tandis que  la glycémie capillaire et la glycémie à jeun sont des instantanés de l’état glycémique, l’HbA1c permet, par un dosage sanguin, d'évaluer l’équilibre glycémique sur une plus longue période (environ deux à trois mois).
Associée à la lecture et à l’interprétation des résultats du carnet de surveillance, l'HbA1c est un marqueur du risque de complications du diabète à long terme.

5. TRAITEMENTS
L’unique traitement du diabète de type 1 est l’apport d’insuline avec une surveillance particulière des hypoglycémies, associé à une bonne hygiène de vie. La mise sous pompe avec des capteurs de glucose augmente la qualité de vie des patients et des familles. 
Le traitement de référence du diabète de type 2 quant à lui, consiste à optimiser les habitudes de vie : perte de poids si nécessaire, activité physique régulière, alimentation équilibrée. Ces points essentiels peuvent être suffisants pour contrôler la glycémie dans un premier temps. En seconde intention, des antidiabétiques oraux et /ou injectables peuvent être prescrits pour contrôler la glycémie. Elles ont différents modes d’action :
- Amélioration de la sensibilité des muscles et du foie à l’insuline avec la metformine et les glitazones ;
- Stimulation de la production d’insuline ou apport de celle-ci en utilisant les sulfamides hypoglycémiants, les glinides et les substances qui agissent par le biais des incrétines à savoir les gliptines et les analogues de la glucagon-like peptide ;
- Diminution de l’absorption des sucres par l’intestin par des inhibiteurs de l’alpha-glucosidase.
Selon le stade de la maladie, ces médicaments peuvent être prescrits seuls (monothérapie) ou en association (bi- ou trithérapie). Lorsque les traitements oraux ne sont pas suffisamment efficaces pour contrôler le taux glycémie, le médecin peut prescrire des injections d’insulines. 

Le traitement du diabète gestationnel repose essentiellement sur des mesures hygiénodiététiques :
- Alimentation pauvre en aliments gras ou sucrés, et riche en fibres alimentaires (légumes, fruits, céréales complètes) ;
- Etalement des repas tout au long de la journée (trois repas et deux collations) ;
- Activité physique régulière, adaptée au stade de la grossesse.
Le traitement par injection d'insuline est réservé aux femmes pour lesquelles les mesures hygiénodiététiques ne suffisent pas à contrôler la glycémie.

6. PREVENTION ET CONSEILS AU COMPTOIR
Du 5 au 30 novembre 2018, les pharmaciens Giphar et le laboratoire Roche Diabetes Care France s’étaient associés pour mener une action de dépistage du diabète au niveau national. A cette occasion, 797 pharmacies avaient réalisé au moins un dépistage. Suite aux résultats observés, 873 patients, soit 6,4 % des personnes dépistées, avaient été orientés vers leur médecin traitant et 3 218 patients s’étaient vu proposer un suivi régulier de leur glycémie à la pharmacie. Cette opération a souligné l’importance et la valeur ajoutée du pharmacien dans la prévention et le dépistage du diabète.
Il est possible d’effectuer en ligne un test rapide de prédisposition au diabète de type 2 (http://contrelediabete.federationdesdiabetiques.org/). Ce test, appelé FINDRISC (Finnish Diabetes Risk Score) reconnu internationalement et approuvé par les instances de santé françaises, ne constitue pas un diagnostic mais plutôt une estimation du risque.
Afin de limiter les risques d’apparition du diabète de type 2 et éviter les complications liées au diabète, les pharmaciens peuvent recommander à leurs patients les conseils hygiéno-diététiques suivants validés par la HAS :

Mesures diététiques :
- Structurer les prises alimentaires en repas et en collations en fonction des nécessités du mode de vie du sujet (en général, 3 repas principaux et une collation éventuelle).
- Ne pas sauter de repas pour éviter les grignotages entre les repas, favorisés par la faim.
- Contrôler la taille des portions (utiliser des assiettes de petit diamètre, ne pas se resservir).
- Diversifier les choix alimentaires en mangeant de tout (ne pas éliminer les aliments préférés, mais en manger modérément).
- Diminuer la consommation de matières grasses, de viandes dites grasses, de charcuterie, de fromages gras, de fruits oléagineux, ainsi que de tous les produits de paneterie et de biscuiterie sucrées et salées. En ce qui concerne les aliments riches en lipides, privilégier ceux favorisant les apports en acides gras essentiels polyinsaturés (Omega 3). Ainsi, l’huile de colza riche en acides gras polyinsaturés à longue chaîne (n-3) est préconisée comme huile d’ajout de première intention.
- Contrôler les apports glucidiques (10 % à 20 % des apports totaux au petit déjeuner, et de 40 % à 45 % des apports totaux au déjeuner et au dîner).
- Conseiller le pain et les féculents.
- Conseiller les légumes verts et la consommation de 2 à 3 fruits par jour.
- Conseiller de lire les étiquettes, de différencier les boissons sucrées des boissons totalement édulcorées, ainsi que de discerner la composition en glucides des jus de fruits.
- Recommander un apport en sel de 8 g/jour, réduit à 6 g/jour en cas d’hypertension artérielle.

Activité physique :
L’activité physique ne se réduit pas au sport, elle comprend aussi l’activité physique au quotidien, aussi bien à la maison, qu’au travail, dans les transports ou au cours des loisirs non compétitifs. Ainsi, pour les adultes âgés de 18 à 65 ans, il est recommandé de pratiquer au moins 30 minutes d’activité physique d’intensité modérée (par exemple, la marche à un pas soutenu) au moins 5 jours par semaine, ou bien 20 minutes d’activité physique d’intensité élevée (exemple : jogging) 3 fois par semaine.

Prévention du risque podologique :
- Éviter de couper les ongles de pied à angle vif ; les limer en arrondi.
- Ne pas utiliser un instrument tranchant pour éliminer cors et durillons ; utiliser des coricides, poncer les zones d’hyperkératose.
- Ne pas prendre de bains de pieds prolongés. Bien sécher ses pieds après la douche (notamment entre les orteils).
- Limiter les talons à 5 cm et éviter les chaussures pointues. Il faut être attentif au choix des chaussures qui ne doivent pas occasionner de compressions ou un frottement.
- Éviter les blessures involontaires des pieds, contrôler systématiquement l’absence de corps étranger avant de se chausser et ne pas marcher pieds nus.
- Inspecter chaque jour ses pieds, au besoin à l’aide d’un miroir et signaler immédiatement toute lésion suspecte.

Les conseils d’hygiène buccodentaire :
- Brosser ses dents au moins deux fois par jour en utilisant un dentifrice fluoré antibactérien.
- Passer du fil dentaire entre les dents au moins une fois par jour.
- Utiliser si besoin un bain de bouche antibactérien (sans alcool) une fois par jour pour éliminer les bactéries et contrôler la plaque dentaire.
- Faire un détartrage régulier (tous les 6 mois).
- Consulter en cas de symptôme d’inflammation des gencives, comme par exemple des saignements ou un gonflement des gencives.

S’il n’est pas possible de contrôler sa prédisposition génétique, modifier ses habitudes de vie est à la portée de tous. Comme le souligne la Fédération Française des Diabétiques, avoir une alimentation équilibrée et une activité régulière sont les deux principaux piliers de la prévention et sur lesquels nous pouvons tous agir !

7. SITES WEB
Commentaire
Hauchecorne Philippe
16/11/2019
C'est bien la peine de faire des campagnes diabète quand le gouvernement français refuse de commercialiser les inhibiteurs du SGLT-2 ( qui augmente l'élimination du sucre au niveau du rein) qui permetraient à de nombreux patients de ne pas se piquer à l'insuline. Tous les pays le commercialisent sauf la France et...la corée du nord!! sous le pretexte officiel de SMR rendu insuffisant alors qu'il s'agit en réalité d'une basse affaire de gros sous!!
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