ANTIBIOTIQUES

« Les antibiotiques, c’est pas automatique ». Ce slogan lancé en 2002 par le ministère de la santé résonne encore dans la tête de la plupart des français. Mais les vieilles habitudes ont la dent dure ! Les chiffres communiqués sur le site du ministère des Solidarités et de la Santé en témoignent : en France, en 2016, la consommation d’antibiotiques restait de 40% supérieure à celle des pays voisins européens, et 3 fois supérieure à celle des Pays-Bas. En 2017, 759 tonnes d’antibiotiques destinés à la santé humaine ont été vendus, dont 93 % prescrits par des médecins de ville et 499 tonnes pour la santé animale dont 95 % administrées à des animaux destinés à la consommation humaine. Avec une diminution de prescription chez les adultes de 3,4 % par rapport à 2016 et de 7 % pour les enfants de moins de 4 ans, les chiffres sont encourageants mais restent encore à améliorer. En effet, une surexposition aux antibiotiques augmente le risque de résistances bactériennes. Chaque année dans le monde, 700 000 personnes, dont 25 000 en Europe, et 12 500 en France décèdent d’infections dues à des bactéries résistantes. De plus, les antibiotiques agissent non seulement sur la bactérie responsable de l’infection à traiter, mais également, pour la majorité d’entre eux, sur les bactéries utiles et non pathogènes de notre organisme et de l’environnement.  C’est pourquoi, tous les ans, le 18 novembre se déroule la Journée européenne de sensibilisation au bon usage des antibiotiques. L’objectif du ministère de la Santé est de réduire de 25% la consommation d’antibiotiques d’ici 2020. Depuis l’année dernière, le slogan incite à un meilleur usage de ces derniers : « Ils sont précieux, utilisons-les mieux ». Limiter le mésusage des antibiotiques requiert la mobilisation de chacun, professionnels de santé comme patients.

1. DEFINITION 
Les antibiotiques sont des molécules naturelles, semi-synthétiques ou synthétiques, ayant une action spécifique sur les bactéries et les protozoaires. Ils peuvent être soit bactéricides, c’est-à-dire capable d’éliminer le micro-organisme responsable de l’infection, soit bactériostatiques, en empêchant sa prolifération. Ils bloquent la croissance des bactéries en inhibant la synthèse de leur paroi, de leur matériel génétique (ADN ou ARN), des protéines qui leur sont indispensables, ou encore en bloquant certaines voies de leur métabolisme. Pour ce faire, ils se fixent sur des cibles spécifiques. Les antibiotiques sont efficaces uniquement sur les bactéries et n’ont aucun effet sur les virus et les champignons. Leur utilisation massive et répétée a conduit à l’apparition de bactéries résistantes au traitement, phénomène appelé « antibiorésistance ». Cette résistance se développe lorsqu’une bactérie se transforme et développe des mécanismes de défense, entrainant une diminution ou une annulation de l’action des antibiotiques qui la combattent. Les gènes de résistance peuvent s'échanger à très haute fréquence, jusqu'à une bactérie sur 100. Des bactéries peuvent être résistantes à un ou à plusieurs antibiotiques on parle alors de bactéries multirésistantes ou BMR. Dans des cas extrêmes, très rares, une bactérie peut être résistante à tous les antibiotiques utilisables chez l'homme. Elle est dite alors pan-résistante

A noter : les BMR les plus inquiétantes sont les entérobactéries multirésistantes – comme Escherichia coli et Klebsiella pneumoniae, bactéries du tube digestif responsables d'un très grand nombre d'infections;  les staphylocoques dorés résistants à la méthicilline, les bacilles tuberculeux multirésistants, ou encore le bacille pyocyanique et les Acinetobacter baumanii, bactéries infectant les poumons de personnes atteintes de mucoviscidose et qui sont responsables d'infections nosocomiales (acquises en milieu de soin de santé, en particulier les hôpitaux et les cliniques). 

2. INDICATIONS
Les antibiotiques sont efficaces uniquement contre les maladies d’origine bactérienne (cystite, pneumonie, angine bactérienne, méningite bactérienne…).
Lors de l’examen clinique, divers éléments peuvent orienter le médecin vers l’hypothèse d’une infection par un micro-organisme tels que les circonstances (voyage dans un pays étranger, absence de vaccination, contact avec des personnes infectées...), les symptômes comme la fièvre, des ganglions volumineux et douloureux, des écoulements, un abcès, ou encore une zone inflammatoire douloureuse. Lorsque les symptômes à eux seuls ne permettent pas d’établir un diagnostic précis, le médecin recoure à des examens complémentaires pour diagnostiquer l’infection bactérienne ainsi que le germe pathogène en cause. Plusieurs examens non spécifiques sont possibles. Le plus simple : une prise de sang avec numération formule sanguine (NFS). Une élévation du nombre de lymphocytes témoigne généralement d’une infection. L’analyse de la composition du plasma ou du liquide céphalo-rachidien peut également être envisagée dans le but de rechercher des signes caractéristiques d’une infection.
Pour identifier le germe responsable de l’infection, des examens spécifiques sont nécessaires. Il faut effectuer des prélèvements de sang, d’urine, de sécrétion ou de pus, pour les observer au microscope. Différentes techniques de coloration existent pour faciliter cette observation. Ces prélèvements peuvent aussi être mis en culture afin de réaliser un antibiogramme. Il s’agit de multiplier les bactéries pour reconnaître plus facilement les substances actives sur le micro-organisme responsable de l’infection. 

3. PRESCRIPTION D’UN ANTIBIOTIQUE 
Dans son rapport intitulé « Principes généraux et conseils de prescription des antibiotiques en premier recours » (février 2014), la HAS rappelle que l’utilisation appropriée des antibiotiques repose sur les points suivants :
- Etablir un diagnostic précis, en se référant aux résultats des tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) quand ils existent (Test de Dépistage Rapide TDR pour l’angine et bandelette urinaire pour les infections urinaires). En absence de TROD disponible, l’antibiothérapie repose sur l’étiologie bactérienne la plus probable. Par exemple, pour une pneumonie communautaire c’est souvent le pneumocoque qui est en cause alors que dans les cellulites ce sont les streptocoques ou les staphylocoques ;
- Les caractéristiques du patient infecté sont à prendre en compte : âge (enfant et personnes âgées), poids, fonction hépatique et rénale (clairance de la créatinine chez la personne âgée), fragilité (diabète, déficit immunitaire), grossesse et allaitement ;
- Identifier les patients à haut risque de complications chez lesquels il ne faut pas différer la prescription d’une antibiothérapie ;
- Choisir un antibiotique à spectre le plus étroit possible afin de limiter l'apparition de souches bactériennes multi-résistantes ;
- Une durée de traitement la plus courte possible : 3 jours pour une infection urinaire basse chez la femme, 5 jours pour une pneumonie commune, 8 jours pour une pneumonie chez un patient sous ventilation assistée ;
- La voie orale doit être privilégiée ;
- Eviter si possible de prescrire le même antibiotique ou un antibiotique de la même classe dans les 3 mois d’une précédente exposition ;
- Privilégier une intervention non médicamenteuse quand elle est possible : par exemple, un drainage d’abcès, une ponction guidée ou une levée d’obstacle.
- Evaluer de nouveau l’efficacité du traitement antibiotique sur les symptômes entre 48 et 72 heures après le début du traitement.

4. ANTIBIORESISTANCE ET CONSEQUENCES
Le mésusage des antibiotiques contribue au développement de la résistance bactérienne aux antibiotiques. Pour certains patients, cela entraine une réduction des possibilités thérapeutiques pour traiter l’infection ainsi que l’éventualité, à terme, d’être confronté à une impasse thérapeutique. La HAS indique que trois antibiotiques sont particulièrement générateurs de résistances bactériennes : l’association amoxicilline / acide clavulanique ; les céphalosporines, surtout en prise orale, notamment celles de 3e génération (C3G) dont la ceftriaxone qui a un effet marqué sur la flore digestive ; enfin, les fluoroquinolones. 
  
Les conséquences de l’antibiorésistance sont diverses :
- Des maladies plus longues et plus difficiles à soigner ;
- Des complications de la maladie ;
- Des consultations médicales supplémentaires ;
- Une utilisation de médicaments plus puissants et plus chers pour arriver à soigner ;
- Des risques plus élevés lors d’interventions médicales pour lesquelles les antibiotiques sont indispensables pour réduire les risques infectieux ;
- Des décès causés par des infections bactériennes qui, normalement, sont faciles à traiter.

Ainsi, pour faire face à cet enjeu majeur de santé publique, le ministère de la santé a défini quatre objectifs majeurs dans la lutte contre l’antibiorésistance :
- Sensibiliser la population aux risques de l’antibiorésistance ;
- Améliorer l’usage des antibiotiques ;
- Soutenir et approfondir la recherche en matière d’antibiorésistance ;
- Renforcer la surveillance de l’engagement de la France dans la lutte internationale contre l’antibiorésistance.

5. CONSEILS AU COMPTOIR
« Une infection évitée, c’est un antibiotique préservé » : tel était le thème du rapport de Santé publique France sur la consommation d’antibiotiques et la résistance aux antibiotiques en France (novembre 2018). Assurément, la prophylaxie constitue l’une des meilleures armes pour se protéger des infections bactériennes et donc limiter l’usage des antibiotiques. Des règles d’hygiène de base sont essentielles et doivent être constamment rappelées aux patients, surtout aux plus vulnérables :
- Se laver fréquemment les mains, surtout après un passage aux toilettes, au retour du travail, après avoir pris les transports en commun, avant de préparer un repas, après avoir éternué et s’être mouché, avant et après avoir pris soin d'une personne, avant et après avoir pris soin d’un animal ;
- Conserver les aliments et préparer les repas dans des conditions adaptées ;
- Respecter les vaccinations obligatoires et conseillées. Certaines maladies bactériennes sont prévenues grâce à la vaccination (par exemple, contre la coqueluche, contre certains germes responsables de pneumonies ou méningites comme le pneumocoque, le méningocoque, l'haemophilus influenzae...).

Si l’un de vos patients est parti en voyage à l’étranger dans les 3 mois précédant un traitement antibiotique ou une hospitalisation, il faut le signaler au médecin. Car, après un voyage dans des régions intertropicales (Amérique latine, Afrique subsaharienne et Asie) les voyageurs risquent d’avoir été en contact avec des bactéries multirésistantes aux antibiotiques qui ont pu s’introduire dans l’organisme. La contamination peut se faire par les aliments ou les surfaces souillées ou par contact avec le milieu de soin à l’étranger. Le risque principal est alors de transmettre cette bactérie résistante et de contribuer ainsi à l’essor de l’antibiorésistance. 
Pour que les antibiotiques préservent leur efficacité, il est indispensable d’appliquer les consignes d’observance. Le pharmacien joue un rôle d’accompagnement du patient pour le bon usage de ces médicaments. Voici quelques gestes simples à communication à la patientèle pour limiter l’apparition de germes résistants :
- Respecter la prescription : dose, fréquence, durée et heures de prise du traitement ;
- Lire la notice pour vérifier les modalités d’utilisation et les précautions d’emploi. En cas de doute, interroger le médecin ou le pharmacien ;
- Signaler tout effet indésirable survenu pendant le traitement au pharmacien, au médecin ou directement sur le site www.signalement-sante.gouv.fr ;
- Une fois le traitement terminé, rapporter toutes les boîtes entamées ou non utilisées à la pharmacie ;
- Ne jamais prendre d’antibiotiques sans prescription médicale ;
- Ne pas arrêter le traitement prématurément. Même si l’état de santé s’améliore, l’antibiotique doit être pris conformément à la prescription du médecin, car aller mieux ne signifie pas que toutes les bactéries responsables de l’infection ont été éliminées. Celles qui restent peuvent alors développer une résistance contre cet antibiotique. Ce dernier n’aura alors plus d’effet lors d’une utilisation ultérieure ;
- Ne pas réutiliser de boîtes d’antibiotiques entamées ou non utilisées lors d’un précédent traitement sans avis médical, même si les symptômes semblent les mêmes ;
- Ne pas donner son traitement à quelqu’un d’autre (un antibiotique est spécifique à chaque personne).

Par ailleurs, les antibiotiques comportent des effets indésirables variables selon les molécules. La plupart sont bénins comme les effets digestifs indésirables (diarrhées et vomissements), mais quelques-uns peuvent être sérieux (toxicité d’organe, allergies...), voire graves, dans de très rares cas. Certaines précautions sont à prendre en compte, particulièrement en cas d’insuffisance rénale. Une simple cure d’antibiotiques impacte notre flore jusqu’à un an après la prise. Aussi, associer un probiotique systématiquement devient indispensable pour aider à la régulation du système immunitaire. 
La surveillance de la résistance bactérienne et de la consommation des antibiotiques est un élément fondamental de lutte contre l’antibiorésistance et le pharmacien participe très largement à cet enjeu de santé publique. La mobilisation de tous les acteurs est nécessaire à la promotion du bon usage des antibiotiques.

6. SITES WEB
Institut Pasteur : https://www.pasteur.fr/​
Commentaire
Soyez le premier à commenter cet article
Ajouter un commentaire
No images were found.

Articles similaires