ERYTHEME SOLAIRE

En cette période estivale, de nombreuses personnes franchissent les portes de la pharmacie, laissant entrevoir une peau rouge vif à cramoisie. Bien que certains ne se déplacent pas en officine, jugeant leurs coups de soleil « habituels et faisant partie intégrante du processus menant au bronzage », d’autres se précipitent au rayon solaire ou au comptoir pour trouver un remède afin d’apaiser leur douleur, réparer les dommages ou simplement faire disparaitre au plus vite les marques disgracieuses laissées par les brûlures. Le bronzage est recherché pour des raisons purement esthétiques, mais pour notre organisme il s’agit ni plus ni moins, d’une réaction à une agression causée par les rayonnements ultraviolets trop intenses du soleil ou d’une lampe solaire. En effet, les rayonnements UV peuvent, selon leur degré d’intensité, endommager ou détruire des milliers de cellules de l’épiderme. Cependant, un bronzage sain et sans apparition d’érythème est tout à fait possible en respectant des temps d’exposition limités avec des protections appropriées.
Les érythèmes solaires sont des marques instantanées indiquant que la peau a été endommagée mais révèlent aussi une conduite à risque qui peut favoriser l’apparition de cancers cutanés. La vigilance et la prévention sont nécessaires.

1. DEFINITION
Plus communément appelé « coup de soleil », l’érythème solaire est une rougeur de la peau due à une brulure causée par les rayons ultraviolets du soleil ou d’une lampe solaire UV d’un centre de bronzage. Cette réponse inflammatoire provoque la vasodilatation des vaisseaux sanguins et le rougissement de la peau. La réaction est visible 6 à 8 heures après l’exposition aux UV et disparait au bout de 36 à 48 heures. Toutes les personnes ne réagissent pas de la même manière au rayonnement ultraviolet ; cela dépend de leur phototype cutané. Celui-ci est classé de 1 à 6 en fonction de la couleur de la peau, des cheveux et des yeux ainsi que de la réaction au soleil. Plus le phototype est faible, plus le sujet est sensible aux effets du soleil. Cela s’explique par la teneur en eumélanine dans la mélanine qui agit comme bouclier au-dessus des noyaux des kératinocytes de l’épiderme en absorbant et filtrant une partie des rayonnements UV. En effet, la mélanine est constituée de la phéomélanine qui produit des pigments de couleur jaune-rouge et de l’eumélanine produisant des pigments de couleur brun-noir et qui protège davantage des rayonnements UV. Une quantité plus abondante en eumélanine est l’indice d’un phototype élevé et donc d’une protection plus efficace contre les érythèmes solaires.

2. SYMPTOMES ET COMPLICATIONS
L’érythème solaire se manifeste par une rougeur, une douleur avec prurit et une congestion de la peau. Dans les cas les plus graves, des phlyctènes (cloques) peuvent apparaitre. Les brûlures sont classées en 3 catégories :
- La brûlure du premier degré correspond à une vasodilatation des vaisseaux cutanés superficiels entraînant des rougeurs. Les symptômes apparaissent en 6 à 24h après l’exposition. En appuyant sur l’érythème la rougeur disparait. Des démangeaisons peuvent être ressenties pendant quelques jours. Après une à deux semaines l’érythème se résorbe et laisse place à la desquamation.
- La brûlure du deuxième degré superficielle : Des phlyctènes apparaissent immédiatement ou dans les heures suivant l’exposition. Elles sont remplies d’un liquide transparent d’origine vasculaire et entourées d’un érythème qui blanchit quand on appuie dessus. Cette réaction signifie que les vaisseaux sanguins fonctionnent normalement. La brûlure du deuxième degré superficielle avec cloques cicatrise spontanément en deux semaines sans séquelle. Elle peut laisser des taches sombres, lentes à disparaître.
- La brûlure du deuxième degré profonde : Des phlyctènes apparaissent percées et laissent entrevoir un derme décoloré suite à la destruction des vaisseaux sanguins. La douleur est faible car des terminaisons nerveuses ont été détruites. La guérison peut prendre 1 mois et laisser des cicatrices.
Dans les cas plus graves, l’érythème solaire peut provoquer de la fièvre, des nausées et un œdème. Lorsqu’ils sont répétés, les érythèmes accélèrent le vieillissement de la peau. 

3. LA DOSE ERYTHEMATEUSE MINIMALE (DEM)
La Dose Érythémateuse Minimale (DEM) est la plus petite quantité de lumière capable de déclencher après 24h, un coup de soleil à bords nets à l’endroit de l’exposition. Exprimée en mJ/cm2, cette mesure permet de déterminer le risque d’érythème chez un individu. Elle est réalisée avec le test de Saidman. Plus la valeur mesurée est élevée, plus la résistance aux rayonnements solaires est forte. La mesure s’étend de 15 à 150 mJ/cm2 selon les phototypes :
- De 15 à 30 mJ/cm2 – Phototype I : La peau brûle toujours ;
- De 25 à 40 mJ/cm2 – Phototype II : La peau brûle facilement ;
- De 30 à 40 mJ/cm2 – Phototype III : La peau brûle parfois ;
- De 40 à 60 mJ/cm2 – Phototype IV : La peau brûle peu ;
- De 60 à 90 mJ/cm2 – Phototype V : La peau brûle rarement ;
- De 90 à 150 mJ/cm2 – Phototype VI : La peau ne brûle jamais ;

La mesure de la DEM est nécessaire pour calculer le Facteur de Protection Solaire (FPS) également nommé, Indice de protection (IP) ou encore le Sun Protector Factor (SPF). Ce facteur traduit l’augmentation du temps d’exposition nécessaire pour induire un érythème lorsque la peau est protégée versus une peau non protégée. Un SPF de 20 signifie qu’un individu mettra 20 fois plus de temps avant d’être affecté par un érythème identique à celui qu’il aurait eu sans protection, dans les mêmes conditions.

​4. TRAITEMENT
Si la brûlure est peu étendue, le patient pourra appliquer une pommade ou une crème contenant de l’hydrocortisone, un dermocorticoïde d’activité faible (Cortapaisyl, Cortisédermyl, Dermofénac). Celle-ci ne doit pas être utilisée plus de trois jours de suite ni être appliquée sur des surfaces étendues. Les effets indésirables apparaissent seulement en cas d’inobservance du traitement. Les topiques protecteurs (Agathol, Biafine, Biafineact, Brulex, Calendoron, Cicaderma) peuvent calmer la douleur. 
Pour des brûlures plus étendues, le médecin nettoie la zone de l’érythème au savon, avec un antiseptique dermique ou avec un produit hydratant bactéricide. Ensuite, il prescrit des pansements adaptés (tulle gras) avec ou sans antibactérien, pour éviter tout contact entre la peau brulée et l’extérieur.
Les compléments alimentaires, comme les caroténoïdes, les substances antioxydantes (vitamine E ou sélénium) ou les acides gras essentiels (oméga-3 et oméga-6) n’ont pas de vertus protectrices contre les érythèmes. D’ailleurs en 2012, les autorités sanitaires européennes ont interdit à ces compléments alimentaires de prétendre protéger la peau des ultraviolets du soleil.

5. PREVENTION, ET CONSEILS A L’OFFICINE
L’érythème solaire à l’avantage d’être prévisible. C’est pourquoi, pendant les périodes estivales, le pharmacien peut informer oralement ses patients ou apposer des affiches sur sa vitrine ou encore mettre à disposition des brochures pour aider à prendre conscience des dangers du soleil et expliquer comment s’en prémunir. Voici quelques conseils préventifs :
- Rechercher l’ombre et éviter le soleil entre 12h et 16h ;
- Ne pas oublier que le sable peut, par réverbération, refléter le rayonnement du soleil ;
- Se protéger avec des T-shirt, lunettes et chapeau ;
- Appliquer régulièrement une crème solaire adaptée, après chaque baignade et au moins toutes les 2 heures ; 
- Protéger les enfants. Les coups de soleil et les expositions répétées jusqu’à la puberté sont une cause majeure du développement des cancers de la peau (mélanomes) à l’âge adulte ;
- Ne jamais exposer les bébés aux soleils ;
- Bien s’hydrater.

Le pharmacien doit se montrer particulièrement vigilant avec les patients présentant une affection cutanée qui les rend sensibles aux UV ou qui suivent un traitement avec un risque de photosensibilité, comme certains anti-inflammatoires non stéroïdiens, antalgiques, tranquillisants, antidiabétiques oraux, antibiotiques et antidépresseurs. 
Dans le cas d’une brûlure du premier degré ou de second degré superficielle peu étendue, le patient peut se traiter lui-même. Beaucoup de patients consultent un pharmacien pour recevoir des conseils afin de connaitre le niveau de gravité de leurs brûlures et les moyens de les apaiser. Le pharmacien pourra ainsi prodiguer les conseils suivants :
- Rafraîchir la zone brûlée avec de l'eau du robinet (entre 15 °C et 25 °C), environ 15 minutes, jusqu'à disparition totale de la douleur, ou prendre un bain tiède et non froid si la zone brûlée est étendue ;
- Pour les brûlures du premier degré, appliquer une pommade sédative. Les zones brûlées ne doivent surtout pas être réexposées dans les jours qui suivent le coup de soleil car elles sont fragilisées. Si l'exposition est inévitable, il est nécessaire de couvrir les zones brûlées par des vêtements de coton et de protéger les zones non couvertes avec un écran d'indice supérieur à 50, en couche épaisse renouvelée toutes les deux heures ;
- Pour les brûlures du deuxième degré superficielles, afin d’éviter une infection, il faut nettoyer les zones brûlées au savon, avec un antiseptique dermique (les cloques peuvent s'infecter car contrairement à la brûlure thermique les bactéries présentes sur la peau ne sont pas détruites par un érythème solaire) et appliquer un pansement adapté délivré en pharmacie ; 
- Bien se couvrir pour éviter tout contact entre la peau et l'extérieur ;
- Boire abondamment pour bien s’hydrater ;
- Surveiller sa température ; 
- En cas de maux de tête, prendre un antalgique de type paracétamol.

Le pharmacien sera également à même d’orienter le patient vers un médecin s’il constate que les brûlures cutanées sont importantes et dangereuses, notamment :
- Si la brûlure du premier degré couvre plus de 10 % de la surface corporelle soit l'équivalent de la surface d'un membre supérieur ou de 10 fois la surface de la paume de la main ;
- Si la brûlure du deuxième degré superficielle génère des cloques de plus de 3 cm x 3 cm ou atteint 10 % de la surface du corps ;
- Dans le cas d'une brûlure du deuxième degré profonde ;
- En cas de déshydratation (forte fièvre, maux de tête, vomissement, malaise, soif, sècheresse de la bouche et des yeux...) ;
- Si le coup de soleil touche des zones fragiles comme :
        o   Le visage et le décolleté : il y a un risque de séquelles esthétiques avec présence de cicatrice ;
        o   Les mains : la faible épaisseur des tissus protecteurs augmente le risque de complication infectieuse ;
        o   Sur les organes génitaux : la brûlure peut être à l'origine d'une infection pouvant se propager à la vessie (cystite) ;
- S’il y a des signes d'infection de la peau (augmentation de la rougeur, douleur, enflure ou pus) ;
- En cas de maux de tête, confusion, faiblesse ou étourdissements faisant craindre une insolation ;
- En cas de douleurs oculaires et de photosensibilité.

6. SITES WEB
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