AROMATHERAPIE

Très en vogue aujourd’hui pour prévenir ou soigner des pathologies bénignes, soulager divers maux du quotidien mais également utilisée dans les domaines du bien-être, de la cosmétique, des parfums d’ambiance… l’aromathérapie fait actuellement l’objet de nombreuses recherches. L’aromathérapie fait partie des plus de 400 médecines alternatives et complémentaires recensées par l’OMS. Cependant, les résultats d’études et d’analyses scientifiques ou cliniques démontrant les modalités d’action, les effets, et l’efficacité restent encore pauvres. C’est pourquoi, depuis 2010, la Direction générale de la santé (DGS) finance un programme pluriannuel d’évaluation des « Pratiques de soins non conventionnelles », en confiant à l’Inserm, ou à des sociétés savantes, la réalisation d’évaluations et de revues de littérature scientifique internationale, pour repérer les pratiques prometteuses et celles potentiellement dangereuses. Elle demande ensuite un avis complémentaire à la Haute Autorité de santé (HAS) ou au Haut Conseil de la santé publique (HCSP).
Le pharmacien est directement concerné par l’aromathérapie jouant un rôle majeur dans le conseil et la délivrance de ces produits. Celui-ci est garant, par son professionnalisme, de la qualité pharmaceutique des plantes médicinales, huiles essentielles et préparations magistrales qu’il dispense. 

1. DEFINITION
On définit l’aromathérapie comme l'utilisation, à usage thérapeutique, de composés aromatiques extraits de plantes, plus communément appelés « huiles essentielles ». Selon l’ANSM, une huile essentielle (HE) est un « produit odorant, généralement de composition complexe, obtenu à partir d’une matière première végétale botaniquement définie, soit par entraînement par la vapeur d’eau, soit par distillation sèche, ou par un procédé mécanique approprié sans chauffage. L’huile essentielle est le plus souvent séparée de la phase aqueuse par un procédé physique n’entraînant pas de changement significatif de sa composition ». Malgré son appellation, une huile essentielle ne contient aucun corps gras.
L'aromathérapie est une branche de la phytothérapie. Elle englobe l’usage d’huiles essentielles dans des pratiques médicales sous des formes très variées : administration orale (souvent  sur un morceau de sucre ou de pain ou bien associées à du miel ou à de l’huile alimentaire), crèmes, lotions, gélules, suppositoires (généralement réservés au corps médical) ou encore par voie aérienne par dispersion à l’aide d’un diffuseur ou d’un aérosol obtenu par nébulisation des huiles essentielles.
Les huiles essentielles sont souvent onéreuses et recherchées car elles sont obtenus par transformations de plantes cultivées ou sauvages qui nécessitent une main d’œuvre agricole très importante, tant pour la récolte que pour la cueillette. Pour ne pas subir de dégradation rapide, les huiles essentielles doivent être conservées à l’abri de la lumière, de l'air, et de hautes températures. 

2. INDICATIONS
Les huiles essentielles ont des modes d’action très divers, ce qui leur confère un large spectre d’indications thérapeutiques. Elles peuvent agir directement sur les micro-organismes pathogènes, sur certaines de nos fonctions physiologiques ou sur notre métabolisme, par exemple, en agissant sur notre système neuro-végétatif. Voici quelques exemples d’indications :

- Réduction du stress et de l’anxiété, amélioration du sommeil et de la dépression. Selon plusieurs études, l’huile essentielle de Lavande présenterait des vertus sédatives, favorisant un sommeil profond. Par ailleurs, la HAS reconnait que les thérapies non médicamenteuses sont recommandées en première intention pour le traitement des troubles du comportement en situation de crise, notamment chez les patients atteints par la maladie d’Alzheimer (Support d’accompagnement «  Les thérapies non médicamenteuses dans la prise en charge des troubles du comportement »).  Même si dans le cadre de troubles du comportement, ces interventions n’ont pas apporté la preuve de leur efficacité du fait de difficultés méthodologiques, l’aromathérapie, au même titre que la musicothérapie ou la luminothérapie, peut toutefois permettre de diminuer la fréquence et l’intensité des troubles du comportement et d’éviter le recours à des traitements médicamenteux.
- Réduction de l’hypertension. L’huile essentielle d’Ylang-Ylang par voie orale, ou en massage associée à l’huile essentielle de lavande officinale et de marjolaine à coquille, aurait un effet hypotenseur.
- Réduction du diabète de type 2. Les huiles essentielles de cannelle et de cumin sont connues pour leur effet hypoglycémiant.
- Action anti-infectieuse. Certaines huiles essentielles telles que l’huile essentielle d’arbre à thé, la sarriette, le thym à thymol, l’origan, le clou de girofle, la cannelle ont démontré des qualités anti-microbiennes. 
- Traitement de l’appareil urinaire et génital de la femme. Pour soigner les mycoses et les candidoses, on utilise généralement l’huile essentielle de géranium rosat qui possède des vertus antifongiques : en usage interne (1 à 2 gouttes 2 fois par jour pendant 7 jours), en usage externe (3 gouttes en massage sur le bas du ventre 2 fois par jour pendant 20 jours) ou en action locale (1 ovule préparée en pharmacie avec 300 mg d’HE, le soir au coucher pendant 20 jours). De plus, la combinaison de l’HE de géranium rosat et de l’antibiotique ciprofloxacine pour traiter les infections des voies urinaires permettrait de surmonter les problèmes de résistance et des effets secondaires associés aux médicaments allopathiques.
- Traitement des troubles cutanés. L’aromathérapie permet de soigner ou de soulager divers problèmes de peaux : psoriasis, dermite séborrhéique (HE d’arbre à thé, HE de lavande), coup de soleil (HE de lavande aspic), rosacée (HE d’hélichryse italienne).
- Soulagement des céphalées et migraines. Par son effet rafraîchissant, antalgique et décongestionnant, l’huile essentielle de menthe poivrée contribue à anesthésier la douleur en quelques minutes et apporte un soulagement très rapide.

Très concentrées en éléments chimiques actifs, les huiles essentielles nécessitent quelques précautions d’utilisation. En usage externe, on les emploiera toujours diluées dans de l’huile végétale. Les phénols (origan, girofle, sarriette, thym vulgaire à thymol…) et les cétones (armoise blanche, sauge officinale, hysope officinale…) ne doivent pas être utilisés en diffusion car elles sont irritantes pour les voies respiratoires. Enfin, certains chémotypes, comme les cétones, sont neurotoxiques et ne doivent jamais être absorbés par voie orale sur des périodes trop longues et à forte dose.

3. RISQUES 
Les huiles essentielles sont sensibles à la lumière, à la chaleur, ainsi qu’à l’oxygène. Mal conservées, elles peuvent se dégrader et former des substances toxiques. Etant d’origine naturelle et végétale, on considère souvent à tort que les huiles essentielles sont inoffensives. Néanmoins, les huiles essentielles sont des préparations très concentrées et peuvent provoquer des symptômes d’intoxication en cas de surdosage. En usage important et répété, certaines huiles essentielles peuvent devenir hépato-toxiques (les phénols) ou neuro-toxiques (les cétones comme la menthe poivrée, l’eucalyptus mentholé). L’utilisation d’huiles essentielles requiert une vigilance toute particulière chez les enfants et les femmes enceintes et nécessite toujours un avis médical, surtout lorsqu’elles sont utilisées par voie orale. En effet, toutes les huiles essentielles qui contiennent des cétones, par exemple, sont contre-indiquées chez la femme enceinte, car potentiellement neurotoxiques, elles peuvent provoquer un avortement. Chez l’enfant de moins de 30 mois, l’huile essentielle de menthe poivrée est strictement contre-indiquée en raison du risque de spasme pharyngé qu’elle peut provoquer. Les huiles essentielles de sauge, d’hysope, de thuya, d’eucalyptus et de camphre sont également dangereuses en surdosage chez l’enfant car elles peuvent provoquer des convulsions. Chez les personnes épileptiques, l’HE de romarin à camphre peut déclencher des crises. Enfin, il est toujours possible de présenter une réaction allergique face à toute nouvelle substance. 
Les symptômes et la gravité d’une intoxication par les huiles essentielles varient suivant le type d’exposition, le type d’huile en cause, la concentration du produit, et la quantité ingérée.

En cas d’ingestion, les symptômes surviennent dans les premières heures après l’accident, souvent dans la première demi-heure et peuvent être multiples :
- Irritation des muqueuses de la bouche ;
- Nausées ;
- Vomissements ;
- Diarrhées ;
- Troubles de la conscience ;
- Convulsions ;
- Problèmes respiratoires ; 
- Plus rarement, une atteinte du foie ou des reins.
  
En cas de contact cutané, avec une huile essentielle pure ou diluée :
- Des irritations de la peau : rougeurs, sensations de brûlures (en fonction du degré de dilution) ;
- Des réactions allergiques peuvent apparaître chez des personnes sensibilisées.

En cas de contact oculaire, des troubles de la vision et des atteintes de la cornée sont possibles. Ces lésions sont néanmoins réversibles. Lors d’inhalation de vapeurs, les muqueuses des voies respiratoires supérieures peuvent parfois présenter une légère irritation.

4. AROMATHERAPIE EN PHARMACIE
L’aromathérapie est une branche de la phytothérapie qui utilise les huiles essentielles officinales. En pharmacie, les huiles essentielles (appellation provenant de la 9ème édition de la Pharmacopée française) peuvent être délivrées sous forme de préparations magistrales ou telles quelles. Le pharmacien se doit d’utiliser uniquement des huiles essentielles standardisées par les pharmacopées et diverses commissions d’experts (AFNOR, ISO Commission de normalisation du Syndicat national des fabricants et importateurs d'H.E). En effet, si les huiles essentielles peuvent représenter un fort potentiel thérapeutique, elles peuvent également représenter un réel danger. N’ayant pas d’AMM, elles ont un statut de complément alimentaire, de produit cosmétologique ou de dispositif médical. Selon l’ANSM, l’utilisation d’huiles essentielles chez la femme enceinte  et chez l’enfant  nécessite un avis médical préalable, particulièrement lorsqu’elles sont utilisées par voie orale et ne doivent pas être utilisées de façon prolongée  (au-delà de quelques jours) sans avis médical. Dans ce domaine, le pharmacien a l’habilitation et le devoir de conseiller sa patientèle.
Par décret du 3 août 2007 (n° 2007-1198) du Code de la santé publique relatif à la liste des huiles essentielles dont la vente au public est réservée aux pharmaciens, quinze huiles essentielles ont été identifiées comme ayant un rapport bénéfice/risque négatif ; il est préférable de ne pas les délivrer. Elles ne sont disponibles que dans le circuit pharmaceutique en raison de leurs propriétés neurotoxiques (absinthe, thuya, sauge officinale), irritante (sabine, moutarde), phototoxique (rue) ou cancérigène (sassafras) :
- Grande absinthe (Artemisia absinthium  L.) ;
- Petite absinthe (Artemisia pontica L.) ;
- Armoise commune (Artemisia vulgaris L.) ;
- Armoise blanche (Artemisia herba alba  Asso L.) ;
- Armoise arborescente (Artemisia arborescens L.) ;
- Thuya du Canada ou cèdre blanc (Thuya occidentalis L.), cèdre de Corée (Thuya Koraenensis  Nakai), dits « cèdre feuille » ;
- Hysope (Hyssopus officinalis L.) ;
- Sauge officinale (Salvia officinalis L.) ;
- Tanaisie (Tanacetum vulgare L.)Thuya (Thuya plicata  Donn ex D. Don.) ;
- Sassafras (Sassafras albidum  [Nutt.] Nees) ;
- Sabine (Juniperus sabina L.) ;
- Rue (Ruta graveolens L.) ;
- Chénopode vermifuge (Chenopodium ambrosioides  et Chenopodium anthelminticum  L.) ;
- Moutarde jonciforme (Brassica juncea  [L.] Czernj. et Cosson).

5. CONSEILS AU COMPTOIR
Le pharmacien, de par sa formation pluridisciplinaire en botanique, pharmacologie, pharmacognosie, chimie, pharmacotechnie et thérapeutique, est le plus apte à conseiller les patients sur des traitements aromathérapiques. Dans certaines situations, il pourra diriger son patient vers un médecin afin que soit posé un diagnostic plus précis pour éviter une utilisation inappropriée, voire dangereuse, de plantes médicinales. 
Quelques conseils de prévention doivent être indiqués aux usagers :
- Les huiles essentielles, bien que naturelles, ne sont pas sans danger et nécessitent l’avis d’un professionnel de santé, particulièrement chez la femme enceinte, l’enfant, les personnes asthmatiques, épileptiques ou allergiques. 
- Les flacons doivent être mis hors de portée des enfants.
- Conserver les flacons d’huiles essentielles séparément pour ne pas les confondre avec d’autres flacons de médicaments (ex : gouttes pour les yeux). 
- Ne jamais placer de diffuseur d’huiles essentielles à portée des enfants.
- Conserver les huiles essentielles à l’abri de l’air, de la lumière et de la chaleur pour éviter toute dégradation pouvant entraîner des réactions allergiques. C’est le cas, par exemple, de l’huile essentielle d’arbre à thé.

L’objectif est vraiment de s’assurer que le patient possède toutes les informations avant de se lancer dans un traitement aromathérapique. En tant que professionnels de santé, les pharmaciens auront à cœur de prévenir leurs patients sur les avantages et bénéfices du traitement proposé mais aussi sur les éventuels risques encourus.

6. SITES WEB
ANSM Huiles essentielles :
HAS :
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