CANCER DE LA PEAU

L’incidence des cancers de la peau est en constante augmentation depuis 30 ans. Selon l’InVS (Institut national de Veille Sanitaire), près de 80 000 cancers de la peau sont diagnostiqués en France chaque année. A lui seul, le mélanome, qui représente seulement 10% des cancers cutanés, touche 15 500 nouveaux cas et provoque 1 800 décès par an (Données publiées dans «  Les Cancers en France – INCa Édition 2017 »).
Depuis 2017, tous les ans, une semaine nationale de prévention et de dépistage anonyme et gratuit des tumeurs cutanées est organisée au mois de mai. Cette semaine a pour objectif de prévenir et détecter au plus tôt les cancers de la peau. Elle est organisée et coordonnée par le Syndicat national des dermatologues-vénéréologues (SNDV), avec le soutien de l’Institut national du Cancer. Cette année, elle aura lieu du 20 au 24 mai. Lors de cet évènement, des dermatologues volontaires reçoivent bénévolement des patients à leur cabinet, sur leur temps de consultation. Depuis la première édition de ce rendez-vous, plus de 300 000 personnes ont pu bénéficier d’une consultation de dermatologie gratuite. La prévention constitue la première mesure pour combattre le cancer de la peau car bien que très grave, voire mortel, le mélanome détecté à un stade peu développé peut être guéri.

1. DEFINITION
Il existe deux principaux types de cancers cutanés : les carcinomes et les mélanomes. 

Les carcinomes sont les cancers de la peau les plus fréquents. Les carcinomes « basocellulaires » se développent à partir de la couche la plus profonde de l'épiderme, appelée basale. Les carcinomes « épidermoïdes » ou « spinocellulaires », se développent quant à eux à partir de couches plus superficielles de l'épiderme. Ils sont le plus souvent dus à une exposition au soleil excessive et chronique et surviennent en général après l'âge de 50 ans, sur les zones les plus exposées du corps (visage, cou, épaules, avant-bras, mains, jambes…). Dans la majorité des cas, les carcinomes peuvent être facilement guéris mais non retirés à temps, ils peuvent entraîner des métastases. Une plaie qui ne cicatrise pas, un bouton ou une croûte qui persiste ou se modifie, doivent impérativement conduire à un avis médical.
Les mélanomes se développent à partir des mélanocytes, cellules de la couche profonde de l'épiderme destinées à la synthèse de la mélanine. Ils se caractérisent par une lésion plus ou moins brune qui s’étend tout d’abord en superficie, puis en épaisseur pour finalement changer de forme et de couleur. La principale difficulté de dépistage consiste à faire la différence entre « un grain de beauté » (nævus) constitué de mélanocytes normaux, et un mélanome débutant, constitué de mélanocytes cancéreux. Les mélanomes peuvent se développer sur un nævus déjà existant ou apparaître sur n’importe quelle partie du corps, mais on constate qu’ils se développent souvent au niveau du tronc chez l’homme et sur les jambes chez la femme. Aucune catégorie d’âge n’est épargnée. Il est observé, de l’enfance à un âge avancé, le pic d’incidence se situant entre 50 et 64 ans chez l’homme et entre 15 et 64 ans chez la femme.

2. SYMPTOMES
Le carcinome basocellulaire prend habituellement naissance sur des surfaces de peau exposées au soleil, en particulier à la tête, au visage et au cou mais il peut également se manifester sur le tronc. Les symptômes qui doivent amener à une consultation sont entre autres :
- Une lésion qui ne guérit pas ou qui réapparaît après avoir guéri ;
- Des plaques de couleur blanche ou jaune qui ressemblent à des cicatrices ;
- Des plaques rouges surélevées et écailleuses ;
- De petites masses lisses et brillantes de couleur blanc nacré, rose ou rouge ;
- Une masse rose dont les bords sont surélevés et le centre renfoncé ;
- Une masse dont la surface présente de petits vaisseaux sanguins ;
- Une lésion qui saigne ;
- Une masse ou région qui démange.

Le carcinome spinocellulaire se développe généralement sur des surfaces de peau exposées au soleil, mais on l’observe parfois au niveau des organes génitaux et de l’anus. Il peut se manifester de différentes manières :
- Une lésion qui ne guérit pas ou qui réapparaît après avoir guéri ;
- Des plaques rouges rugueuses ou écailleuses dont les bords sont irréguliers ;
- Une ou plusieurs masses surélevées dont le centre est renfoncé ;
- Une masse qui ressemble à une verrue ;
- Une lésion sur laquelle se forme une croûte ou qui saigne facilement ;
- Une région qui démange, qui est irritée ou endolorie.

Le mélanome quant à lui, peut se développer sur une peau saine ou sur un nævus existant. Lorsque le mélanome se manifeste sur une partie de peau qui ne présentait pas d'anomalie jusqu'alors, une petite tâche plane, généralement de couleur brun foncé ou noire (parfois rouge-rosé ou non colorée chez les personnes à peau claire), apparue récemment peut être un signe de mélanome. Cette tache se modifie rapidement, s'étend, puis s'épaissit et finit par changer de forme et de couleur.
Lorsque le mélanome se développe à partir d'un nævus préexistant, ce dernier est le siège de modifications. Il faut alors appliquer la « règle ABCDE » pour reconnaître les signes d’alerte :
- A comme Asymétrie : le grain de beauté n'est pas régulier, ni rond, ni ovale et ses reliefs ne sont pas répartis régulièrement autour de son centre ;
- B comme Bords irréguliers : ses bords sont irréguliers et mal délimités ;
- C comme Couleur : il ne présente pas de couleur homogène mais plusieurs couleurs (noir, bleu, marron, rouge ou blanc) ;
- D comme Diamètre : il est de grande taille (diamètre supérieur à 6 mm) et son diamètre est en augmentation ;
- E comme Évolution : il évolue et grossit, change d'épaisseur et de couleur.

3. LES CAUSES ET FACTEURS DE RISQUES
L’exposition aux rayons ultraviolets.
L’exposition excessive et chronique aux UV naturels (soleil) ou artificiels (lampes à UV, cabine de bronzage) est la première cause connue des cancers cutanés. Les conséquences de cette exposition peuvent être aggravées par le profil génétique de l'individu (type de peau et couleur de cheveux) appelé le phototype. Pour limiter les risques, un encadrement strict de l’utilisation des cabines de bronzage a été mis en place : formation spécifique des esthéticiennes, interdiction d'utilisation avant 18 ans, affichage des médicaments photosensibilisants dans les salles d'attente... 

Le phototype.
On distingue 6 phototypes différents pour lesquels les risques de mélanomes sont plus ou moins importants. Pour chaque phototype, l’exposition et la protection aux UV doivent être adaptées.
- Phototype I : La peau est blanche, souvent accompagnée d’éphélides (taches de rousseur). Les cheveux sont blonds ou roux et les yeux bleus/verts. Les coups de soleil sont systématiques, la peau ne bronze jamais mais rougit toujours.
- Phototype II : La peau est claire avec parfois des éphélides ; les cheveux sont blonds, roux à châtains et les yeux clairs à bruns. Les coups de soleil sont fréquents et la peau bronze à peine ou très lentement.
- Phototype III : La couleur de peau est intermédiaire, les cheveux châtains à bruns et les yeux bruns. Les coups de soleil sont occasionnels et la peau bronze graduellement.
- Phototype IV : La peau est mate. Les cheveux et les yeux sont bruns/noirs. Les coups de soleil sont occasionnels, notamment lors d'exposition intense. La peau bronze bien.
- Phototype V : La peau est brun foncé, les cheveux et les yeux noirs. Les coups de soleil sont rares et la peau bronze beaucoup.
- Phototype VI : La peau est noire, les cheveux et les yeux noirs. Les coups de soleil sont exceptionnels.

Les antécédents personnels.
Un patient ayant déjà eu un mélanome risque davantage d'en développer un second à proximité ou sur une autre partie du corps. En outre, une personne comptabilisant des coups de soleil sévères pendant l’enfance ou l’adolescence, ayant vécu longtemps dans un pays avec une forte exposition solaire ou dont le mode de vie (profession ou activité de loisir) donne lieu à des expositions solaires intenses, est davantage exposée à un risque de cancer de la peau.

La présence de nævus
La présence de nævus ou grains de beauté est un facteur favorisant dans les cas suivants :
- Les grains de beauté sont nombreux (nombre supérieur ou égal à 50) et mesurent plus de deux millimètres ;
- La personne présente un nævus congénital géant (présent à la naissance ou apparu rapidement après la naissance) et son diamètre est supérieur à 20 centimètres ;
- La personne présente deux nævus ou plus atypiques (diamètre supérieur à six millimètres, constitué de différentes teintes de brun ou brun-rouge, de forme irrégulière ou dont le centre est surélevé et les bords irréguliers).

La prédisposition familiale.
Le risque d'être atteint d'un mélanome augmente si au moins deux parents du premier degré (père, mère, frère ou sœur) ont déjà eu un mélanome. Les gènes en cause ont pu être identifiés grâce à l'étude de familles avec une forte fréquence de mélanomes. Les personnes porteuses de mutations sur ces gènes sont particulièrement suivies.

L’immunodépression.
Une immunodépression constitutionnelle ou acquise (traitement immunosuppresseur, infection au VIH) est également un facteur favorisant la survenue d'un mélanome.

La localisation.
De manière générale, les carcinomes cutanés sont plus graves lorsqu'ils surviennent au niveau du visage et particulièrement autour des orifices du visage (oreilles, yeux, nez, bouche). Ceci est lié au risque plus élevé d'invasion de ce type de localisation.

Le tabac.
Le tabac est un facteur important favorisant l'apparition de carcinomes spinocellulaires de la lèvre.

4. DEPISTAGE ET DIAGNOSTIC
Les cancers cutanés ne peuvent pas être dépistés au sens strict du terme, puisqu'on ne peut les identifier qu’après l'apparition des symptômes. 
En revanche, il est possible de les détecter de manière précoce en procédant à des examens réguliers de la peau. Le dermatologue est l’expert pour réaliser l’examen clinique de la peau, confirmer ou non une suspicion de cancer et pratiquer l’exérèse d’une lésion suspecte si cela s’avère nécessaire. Il évalue également la fréquence à laquelle le patient doit surveiller sa peau. En général, une personne dite à risque doit se faire examiner une fois par an chez un dermatologue et pratiquer un auto-examen tous les 3 mois, selon les modalités préconisées par le professionnel de santé.
Dans la pratique, face à une lésion cutanée suspecte, le médecin traitant adresse son patient à un dermatologue. Le dermatologue recherche par interrogatoire les facteurs de risque. A l’aide d’un dermatoscope, il examine la lésion ainsi que l'ensemble de la peau du corps (y compris le cuir chevelu, les ongles, les paumes des mains et la plante des pieds) pour rechercher une éventuelle autre lésion. La lésion suspecte est retirée en totalité. Grâce à l’analyse anatomopathologique de l’exérèse, le diagnostic est confirmé. S’il s’agit d’un cancer, l'examen anatomopathologique permet de déterminer le type, la gravité et le stade du mélanome permettant d'orienter le choix du traitement. Après l’annonce du diagnostic, selon les besoins, d’autres examens peuvent être prescrits : prise de sang, échographie, scanner, IRM. Tous les examens ne sont pas nécessaires pour tous les patients.

5. LE TRAITEMENT
Les traitements proposés ont deux objectifs :
- Guérir du cancer en cherchant à détruire la tumeur et les autres cellules cancéreuses éventuellement présentes dans le corps ;
- Contenir l’évolution de la maladie et traiter les symptômes pour assurer la meilleure qualité de vie possible.

Traitement des carcinomes.
La chirurgie : dans la majorité des cas, les carcinomes basocellulaires et épidermoïdes restent localisés et peuvent donc être traités par chirurgie sans risque de récidive, s’ils sont ôtés en totalité. 
La cryothérapie et cryochirurgie permettent d’éliminer le carcinome en le « brûlant » par une température négative avec de l’azote liquide ou du protoxyde d’azote. 
La radiothérapie vise à détruire les cellules cancéreuses par irradiation locale. Elle est surtout préconisée chez les patients âgés.
La chimiothérapie : le médicament dénommé 5-fluoro-uracile est appliqué sous forme de crème sur la lésion.
La photothérapie dynamique consiste à exposer la lésion à un certain type de rayons lumineux pendant un temps défini, après avoir appliqué localement un produit photosensibilisant qui augmente l’action des rayons sur les cellules cancéreuses.
L’immunothérapie : le produit, appliqué localement, stimule au niveau de la lésion, le système immunitaire pour faciliter la destruction des cellules cancéreuses.
La thérapie ciblée (Vismodegib) : administrée par voie orale, cette molécule bloque un mécanisme essentiel pour le fonctionnement et la propagation de la cellule cancéreuse, entraînant sa mort. Ce médicament doit être prescrit avec prudence chez les femmes enceintes car le risque de malformations fœtales est élevé.

Traitement des mélanomes.
La chirurgie constitue la première option de traitement. Lors de l’opération, la tumeur est extraite. Parfois, un ou plusieurs ganglions situés dans la zone de drainage lymphatique de la tumeur sont également enlevés afin de vérifier, grâce à l'examen anatomopathologique, si le ou les ganglions contiennent des cellules cancéreuses. On appelle cela « l'exérèse du ganglion sentinelle ». 
En complément de la chirurgie, l'équipe médicale pluridisciplinaire peut proposer, comme dans le cas des carcinomes, une thérapie ciblée, une immunothérapie (traitement par interféron) et une chimiothérapie. La radiothérapie est utilisée en cas de métastases. 

6. PREVENTION ET CONSEILS AU COMPTOIR 
Le cancer de la peau constitue aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique responsable de près de 1 800 décès chaque année alors que le dépistage précoce peut sauver des vies. 
Le pharmacien étant souvent l’interlocuteur de première intention des patients, son rôle en termes de prévention est déterminant. D’ailleurs, certaines pharmacies proposent désormais un dépistage du cancer de la peau au sein de leur officine. Pour délivrer un conseil de qualité, l’INCa (Institut National du cancer) a mis en place des modules de formation destinés aux professionnels de santé (http://formation.e-cancer.fr/modules/accueil/index.php?m_id=1​). 

A l’approche de l’été, le pharmacien doit avertir ses patients des risques encourus lors d’activités en plein air et proposer une protection efficace et adaptée. L'exposition au soleil et aux UV artificiels étant le principal facteur favorisant la survenue d'un mélanome, voici quelques rappels importants face aux idées reçues :
- Il n’existe pas de préparation efficace au soleil : les autobronzants ne servent à rien. S’ils ne contiennent pas de filtre solaire, ils ne font que colorer la peau sans la protéger.
- Les écrans solaires ne sont jamais totaux. Ils laissent toujours passer une certaine quantité d’UV. Ils protègent seulement contre les coups de soleil ! Pour une protection à la fois contre les UVB et UVA, il faut un indice au moins égal à 25.
- Utiliser un écran solaire ne doit pas inciter à s’exposer plus longtemps. 
- Protection : les vêtements secs (T-shirt, chapeau à larges bords, etc.) constituent la meilleure protection contre le soleil. A la plage, le parasol, ne bloque pas les rayons réfléchis par le sable (au moins 40 %).
- Nuages, vent et baignades ont un effet trompeur : en procurant une sensation de fraîcheur, ils donnent l’impression de ne pas être trop exposé. En réalité, les nuages ne filtrent qu’une partie des UV.
- Sable, neige et plans d’eau augmentent le danger, quelle que soit la température extérieure. Ces milieux réfléchissent le soleil.
- Activités de plein air : non seulement lors de bains de soleil, mais également en pratiquant un sport de plein air ou tout simplement en marchant au soleil, nous sommes soumis aux UV.

En novembre 2018, l’Institut national de Cancer a édité un dépliant intitulé «Détection du mélanome : Apprendre à surveiller sa peau ». Il rappelle les signes qui doivent alerter selon la règle ABCDE, c’est-à-dire repérer le grain de beauté différent des autres, être vigilant à tout changement (apparition de taches, de grain de beauté, changement d’aspect, de couleur…). En cas de lésion suspecte le pharmacien doit impérativement adresser le patient sans délai à un dermatologue.
De plus, l’exposition au soleil doit toujours être préparée :
- Éviter le soleil entre 12 h et 16 h.
- Rechercher l’ombre le plus possible.
- Protéger particulièrement les enfants et leur apprendre à se protéger.
- Se couvrir avec des vêtements, un chapeau et des lunettes de soleil.
- À défaut de vêtements, appliquer une crème solaire haute protection en grande quantité (2mg/cm2) et renouveler souvent l’opération.

Enfin, pour connaître son phototype et adapter son exposition au soleil, le pharmacien peut diriger sa patientèle vers le « test du risque au soleil » (http://soleilmodedemploi.e-cancer.fr/).

7. SITES WEB
Syndicat national des Dermatologues vénéréologues : https://dermatos.fr/le-dermato-soigne/les-differents-types-de-cancer-de-la-peau/
Commentaire
Soyez le premier à commenter cet article
Ajouter un commentaire
No images were found.

Articles similaires