ALLERGIES SAISONNIERES

A vos mouchoirs ! Comme chaque année, au printemps, des millions de français souffrent d’allergie aux pollens. Nez qui coule, yeux larmoyants, éternuements… Autant de manifestations qui peuvent fatiguer le patient et perturber ses activités quotidiennes. Les allergies constituent un enjeu de santé publique. 20 % des enfants à partir de 9 ans et 30 % des adultes seraient touchés. Ces dernières décennies, la prévalence des pathologies allergiques respiratoires comme les rhinites saisonnières et l’asthme, n’a cessé d’augmenter. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’allergie est la 4e maladie chronique mondiale et les allergies respiratoires sont au premier rang des maladies chroniques de l’enfant. Pour limiter les risques d’exposition, le ministère chargé de la santé et les agences régionales de santé, en collaboration avec de nombreux partenaires, entreprennent des actions de surveillance et d’informations pour que le public et les professionnels de santé soient informés des périodes à risques et des mesures à prendre. Il existe aujourd’hui de nombreux traitements qui permettent de réduire les allergies et leurs symptômes, la plupart disponibles en pharmacie, avec ou sans ordonnance.

1. DEFINITION
Les allergies saisonnières sont causées par une exposition à des substances aéroportées telles que les pollens, et ne sont observées qu’à certains moments de l’année, selon l’allergène. Cette réaction allergique au pollen est appelée « pollinose ». 
L’allergie correspond à un dérèglement du système immunitaire faisant intervenir des anticorps, la plupart du temps les immunoglobulines de type E (IgE). Le système immunitaire réagit de façon anormale et excessive vis-à-vis de substances normalement inoffensives pour l’organisme : les allergènes. Le contact avec l'allergène provoque le relargage d'histamines, de leucotriènes et de prostaglandines responsables de réactions physiques comme des rougeurs, sécrétions et divers symptômes.

2. CAUSES ET FACTEURS DE RISQUES
La réaction allergique peut intervenir à tout âge. Pour que celle-ci se déclenche, il faut néanmoins une prédisposition génétique et une exposition à un allergène. L’hérédité constitue le facteur de risque principal au développement d’un asthme ou d’une autre manifestation allergique. Le risque de devenir allergique est de 50 à 80 % si les deux parents sont allergiques, 30 à 50 % si l’un des parents est allergique et seulement 10 % si aucun parent n’est allergique. 
Pour être allergisant, un grain de pollen doit libérer des particules protéiques ou glycoprotéines, reconnues comme immunologiquement néfastes pour l’organisme. Il existe deux types de pollens allergisants :
- Pollens anémophiles : Petits et légers, ils parcourent des centaines de kilomètres, transportés par le vent.
- Pollens entomophiles : Transportés par les insectes, ils jouent un rôle secondaire dans le déclenchement des allergies.
Trois grandes saisons polliniques s’étalent sur plusieurs mois :
- Saison des pollens d’arbres : Elle débute en janvier dans le sud de la France et se prolonge dans les régions du nord en avril. Les arbres qui provoquent le plus de réactions allergiques sont les cyprès, platanes et bouleaux.
- Saison des pollens de graminées : Les graminées poussent partout, aussi bien en ville qu’à la campagne, dans les fossés, le gazon, les bords de routes… De mi-avril à mi-juillet, selon les régions, ils sont responsables de rhinite communément appelée « rhume des foins ».
- Saison des pollens herbacées : Elle s’étale de la fin de l’été jusqu’à octobre, déclenchée par 50 000 espèces de plantes vivaces, présentes en villes, en bordures de routes ou de chemins. La plus connue est l’ambroisie qui provoque des épisodes de rhinite et d’asthme.
La présence dans l’air de quantités importantes de pollens allergisants peut déclencher une « pollution verte », une forme de pollution biologique. Le cyprès et l’ambroisie, par exemple, provoquent des réactions allergiques qui ne dépendent plus seulement du terrain atopique mais de la concentration de grains de pollens dans l’atmosphère.
Il existe également des allergies croisées pollens/aliments. Lorsque les anticorps propres au pollen entrent en contact avec un aliment partageant des protéines similaires au niveau de la muqueuse orale, elles activent la libération de certains médiateurs inflammatoires responsables des symptômes d’allergie. Ainsi, une personne allergique au pollen de bouleau peut déclencher une allergie à la pomme ! Deux substances qui n’ont pourtant, a priori, rien en commun...

3. SYMPTOMES 
Les patients allergiques développent fréquemment une rhinite et/ou une conjonctivite allergique. De plus, près d’un allergique sur deux présente des épisodes de toux, d’essoufflement et de sifflement, caractéristiques de l’asthme. 80% des asthmes sont d’origine allergique.
En présence de pollen, les personnes ressentent des démangeaisons qui se manifestent de manière progressive ou soudaine, au niveau du nez, du palais, du rétropharynx et des yeux. On constate des sécrétions aqueuses claires avec parfois une obstruction nasale. Chez les enfants, l’obstruction nasale peut entraîner une infection de l’oreille. La muqueuse peut s’hypertrophier et prendre une couleur rouge bleutée.
Les sinus peuvent également s’obstruer, provoquant des céphalées et occasionnellement une sinusite. Les éternuements sont fréquents. Les yeux sont larmoyants, avec des sensations de picotements. Les yeux et les paupières rougissent et gonflent. 
A cela s’ajoute une fatigue, des difficultés à dormir et une irritabilité.

4. DIAGNOSTIC
Le diagnostic d’allergie saisonnière se fonde sur la nature des symptômes et les circonstances de leur survenue. Le médecin recherche également par interrogatoire des antécédents familiaux. 
Des tests d’allergies (prick-tests) par piqûre épidermique peuvent confirmer le diagnostic et aider à identifier l’allergène. Lors du test, un extrait de chaque allergène est appliqué et le médecin observe si une papule et une rougeur apparaissent.
Si les résultats du test cutané ne sont pas probants, un dosage des immunoglobulines (IgE) spécifiques d’un allergène est effectué sur un échantillon de sang prélevé. 
Des tests de provocation aux allergènes peuvent compléter la recherche diagnostique. Ils consistent à administrer l'allergène de façon à reproduire la réaction allergique. En raison du danger potentiel de réaction grave, ces tests ne sont toutefois pratiqués qu’en milieu hospitalier.
Le diagnostic d’un asthme allergique est, quant à lui, réalisé lors d’épreuves fonctionnelles respiratoires permettant de mesurer le souffle et l’obstruction bronchique.

5. TRAITEMENTS
Traitements fréquents :
- Les antihistaminiques, pour s’opposer aux effets de l’allergie, réduire les symptômes de la rhinite et de la conjonctivite allergique ;
- Les bronchodilatateurs de courte ou de longue durée d’action et les antileucotriènes pour le traitement de l’asthme ;
- Les corticoïdes, utilisés sous forme de pulvérisations nasales dans le cas de la rhinite allergique, sous forme inhalée pour l’asthme allergique, en crème en cas d’urticaires.
Traitements de fond :
La désensibilisation, également appelée « immunothérapie allergénique » est le seul traitement à agir directement sur le système immunitaire pour le rééquilibrer à l’aide de doses progressivement croissantes d’allergène, par voie sous-cutanée (injection) ou sublinguale (gouttes ou comprimés) dans le cadre d’allergies aux pollens de graminées. La désensibilisation est un traitement de la rhinite et/ou conjonctivite allergique modérée à sévère, et dans certains cas, de l’asthme léger à modéré. Pour les allergies saisonnières, le traitement est instauré 3 à 4 mois avant le début de la saison pollinique et poursuivi tout au long de l’année. La durée d'un traitement d’immunothérapie, si une efficacité est observée, est en moyenne de 3 ans.

6. CONSEILS A L’OFFICINE
La rhinite allergique multiplie par quatre le risque d’apparition de l’asthme et les signes d’allergies ne doivent donc pas être pris à la légère. Les patients qui se présentent à l’officine avec des symptômes d’allergies saisonnières doivent être informés des mesures à prendre pendant la saison pollinique, pour éviter l’aggravation des symptômes :
- Dormir les fenêtres fermées ;
- Rouler les vitres fermées et utiliser la ventilation, en veillant à changer régulièrement le filtre habitacle du véhicule ;
- Passer fréquemment l'aspirateur pour éliminer les autres agents allergisants : poussière, acariens, poils d'animaux ;
- Après une sortie en extérieur, se rincer les cheveux avant de dormir, afin d’éviter de déposer du pollen sur l’oreiller ;
- Eviter de se frotter les yeux ; le port de lentilles de contact peut accroître l’irritation des yeux ;
- Éviter les activités extérieures qui entraînent une surexposition aux pollens (tonte du gazon, entretien du jardin, activités sportives, etc.). En cas de nécessité, privilégier la fin de journée et le port de lunettes de protection et de masque ;
- Eviter de sécher le linge à l’extérieur ;
- Eviter la piscine car le chlore agresse les muqueuses nasales et oculaires ;
- Eviter de fumer car le tabac aggrave l’allergie ;
- Préférer le bord de mer pour les vacances car la concentration en pollens y est plus faible ;
- Pour les étudiants allergiques aux pollens, il est conseillé de consulter un médecin avant de passer les examens car les pics de pollens surviennent en général à cette période.
Les antihistaminiques de 2e génération (type H1) sont généralement peu sédatifs aux doses préconisées. Certaines présentations contenant de la cétirizine ou de la loratadine sont disponibles en pharmacie sans ordonnance. Leur utilisation en automédication est cependant réservée à l’adulte et à l’enfant de plus de douze ans. Ils ne doivent pas être utilisés plus de sept jours sans avis médical. Le pharmacien peut proposer une crème hydratante aux patients qui présentent des irritations sur le pourtour du nez en raison d’une utilisation intensive de mouchoirs en papier.
Il peut aussi diriger les patients allergiques sur le site du RNSA (Réseau National de Surveillance Aérobiologique). Ce site offre la possibilité de recevoir chaque semaine par e-mail, les prévisions du risque allergique pour le département de son choix et l’allergène concerné. Les alertes sont ainsi envoyées uniquement en cas de risque allergique pendant la saison pollinique (https://www.pollens.fr/bulletin-alerte/bulletin-alerte).

7. SITES WEB
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