TROUBLES DU SOMMEIL

Nous passons en moyenne un tiers de notre vie à dormir ! Et pour cause, le sommeil permet à notre organisme de récupérer sur les plans physique et intellectuel mais aussi de préserver les nombreuses fonctions biologiques essentielles à notre santé. Cependant, une personne sur trois en France souffre d’un trouble du sommeil (chiffres de l’Inserm) et 45% des 25-45 ans estiment qu’ils dorment moins que ce dont ils ont besoin. Les français dorment en moyenne 1h30 de moins qu’il y a 50 ans et 13% considèrent que dormir est une perte de temps. Les troubles du sommeil ne sont pourtant pas anodins car les conséquences qu’ils entrainent peuvent être très graves : maladies cardio-vasculaires, obésité, diabète, cancers, accidents du travail ou de la route…
A l’occasion de la 19e Journée du Sommeil, le 22 mars 2019, avec la thématique « Impact des modes de vie sur notre sommeil », l’Institut National du Sommeil et de la Vigilance (INSV) et les spécialistes du sommeil attireront l'attention du public sur le lien entre notre mode de vie et la qualité de notre sommeil. Les troubles du sommeil ne sont pas une fatalité, il existe des solutions et des traitements pour y venir à bout. 

1. DEFINITION
Le sommeil est un processus complexe contrôlé par le cerveau, qui dépend de l'environnement interne et de l'environnement extérieur. Il a longtemps été considéré comme un arrêt de l'activité physique et mentale. Or, les expérimentations effectuées ces dernières années ont démontré que le dormeur conserve un certain contact avec son environnement. Le sommeil est l'état opposé à l'éveil, et se caractérise par une perte de conscience temporaire du monde extérieur, mais sans perte de la sensibilité sensorielle, comme c'est le cas dans le coma. 
Le cycle du sommeil est divisé en quatre stades différents :
• L’endormissement ;
• Le sommeil lent léger ;
• Le sommeil lent profond ;
• Le sommeil paradoxal qui termine le cycle.
Une bonne nuit de sommeil, c’est au moins 3 à 5 cycles d’environ 90 minutes. Au sein d’un cycle, la durée de chaque stade varie en fonction du moment de la nuit. En début de nuit, on trouvera une majorité de « stades lents » profond et en fin de nuit, une majorité de “stades paradoxaux”.

2. CLASSIFICATION
La classification internationale (ICSD, seconde édition, 2005) distingue principalement six grandes familles de troubles du sommeil :

Les insomnies :
- Insomnie aigue ;
- Insomnie psychophysiologique ;
- Mauvaise perception du sommeil ;
- Insomnie idiopathique ;
- Insomnie en relation avec un trouble mental ;
- Mauvaise hygiène de sommeil ;
- Insomnie comportementale de l’enfant ;
- Insomnie due à une drogue ou à une substance ;
- Insomnie en relation avec un trouble médical.

Les troubles respiratoires au cours du sommeil :
- Syndrome d’apnée centrale essentiel ;
- Syndrome d’apnée centrale de type Cheyne-Stokes ;
- Syndrome d’apnée centrale en relation avec une respiration périodique de l’altitude ;
- Syndrome d’apnée centrale dû à une drogue ou à une substance ;
- Syndromes d’apnées obstructives du sommeil ;
- Hypoventilation alvéolaire du sommeil non obstructive, idiopathique ou congénitale ;
- Syndromes d’hypoventilation / hypoxie du sommeil causée par une pathologie pulmonaire ou vasculaire, ou par  une obstruction respiratoire basse ou encore une pathologie neuromusculaire ou thoracique.

Les hypersomnies d’origine centrale non reliées à un trouble du rythme circadien, respiratoire ou autre cause de troubles du sommeil nocturne :
- Narcolepsie avec ou sans cataplexie ;
- Hypersomnies récurrentes : par exemple, le syndrome de Kleine-Levin ou une hypersomnie en relation avec les règles ;
- Hypersomnie idiopathique avec ou sans un sommeil de longue durée ;
- Syndrome d’insuffisance de sommeil comportemental ;
- Hypersomnie en relation avec un trouble médical ;
- Hypersomnie par une substance ou une drogue ;
- Hypersomnie non organique, non spécifique.

​Les troubles du rythme circadien :
- Syndrome de retard ou d’avance de phase ;
- Rythme veille-sommeil irrégulier : habitude de vie, travail posté, franchissement de fuseaux horaires (jet lag) … ;
- En relation avec un trouble médical ;
- Causées par une drogue ou substance.

Parasomnies :
- De l’éveil (sommeil lent) : éveils confusionnels, somnambulisme, terreurs nocturnes ;
- Trouble du comportement du sommeil paradoxal : paralysie du sommeil isolée récurrente, cauchemar ;
- Autres troubles dissociés du sommeil comme une énurésie nocturne.

Les mouvements anormaux en relation avec le sommeil :
- Syndrome des jambes sans repos ;
- Syndrome des mouvements périodiques du sommeil ;
- Crampes musculaires en relation avec le sommeil ;
- Bruxisme du sommeil ;
- Mouvements rythmiques du sommeil ;
- En relation avec une drogue, une substance ou une pathologie.

3. DIAGNOSTIC
Chacun à son propre rythme de sommeil et tous n’ont pas les mêmes besoins en termes d’heures de repos. Pour déceler un trouble du sommeil, dans la plupart des cas, ce sont la dégradation de la qualité des journées du patients, l’apparition de troubles de la concentration, de l’attention ou de la mémoire voire de la vigilance qui doivent alerter. Voici quelques symptômes qui doivent amener à consulter :
- Un ronflement fréquent et/ou bruyant ;
- Une respiration irrégulière, souvent constatée par le conjoint ;
- Une fatigue, dès le réveil, plus ou moins accompagnée de céphalées
- Des nuits agitées avec des réveils fréquents, des envies fréquentes d’uriner ;
- Des sueurs nocturnes anormales ;
- Une baisse d’énergie, une lassitude ;
- Des « coups de fatigue » dans la journée, devant la télévision, au travail, dans les transports en commun ou même en conduisant ;
- Des difficultés de concentrations, d’attention ou de mémorisation ;
- Une irritabilité, une anxiété ou encore une fragilité émotionnelle ;
- Un état dépressif sans raison apparente ;
- Une baisse de libido.

Après un interrogatoire détaillé et pour établir un diagnostic précis, une polygraphie ventilatoire nocturne peut être réalisée à domicile. A l’aide de capteurs appliqués sur le corps du patient, on enregistre et analyse la respiration, le ronflement, le taux d’oxygène, l’activité cardiaque, la position du corps pendant le sommeil, les mouvements du thorax et de l’abdomen ainsi que les mouvements des jambes.
Plus rarement, la polysomnographie nocturne peut être préconisée en complément. Elle consiste à déterminer les différents stades de sommeil en analysant l’activité cérébrale, l’activité oculaire et l’activité musculaire au moyen de capteurs placés sur le crâne du patient. Cet examen nécessite, en général, une nuit à l’hôpital. 

4. COMPLICATIONS
Le manque répété de sommeil peut avoir des conséquences néfastes sur l’organisme et la qualité de vie : prise de poids et obésité, diabète (selon l’Inserm, des nuits de moins de 6 heures augmentent le risque de diabète de type 2 de 28%), maladies cardiovasculaires, hypertension artérielle, troubles gastro-intestinaux, infections virales, dépression, céphalées, baisse de motivation, difficultés d’apprentissage, difficultés professionnelles, affaiblissement de l’immunité (un manque de sommeil augmente de 4% le risque d’attraper un rhume), ralentissement du temps de réaction motrice, baisse de perception sensorielle, limitation du champ visuel latéral… La somnolence au volant est également la première cause d’accident sur autoroute.
Selon, les résultats de l’enquête « Le Sommeil des 15-24 ans » (réalisée par l’INSV et la MGEN, publiée en 2018), 88% des jeunes savent qu’ils manquent de sommeil et 99% en ressentent les conséquences pendant la journée :
- 88% ressentent de la fatigue ; 
- 52% signalent un manque d’attention ;
- 40% se sentent irritables ou nerveux ;
- 36% présentent une somnolence ;
- 20% éprouvent un sentiment de tristesse.

5. TRAITEMENTS
Avant d’envisager un quelconque traitement, toute hypothèse de pathologie associée au trouble du sommeil doit être écartée. Après quoi, le premier traitement consistera à rétablir une bonne hygiène de vie et des conditions optimales d’endormissement et de sommeil. Parmi tous les troubles du sommeil, le plus couramment rencontré est l’insomnie. Pour traiter l’insomnie, on peut utiliser des traitements médicamenteux ou avoir recours à des traitements naturels.

Les traitements médicamenteux.
Les hypnotiques : communément appelés somnifères, ils sont destinés à lutter plus spécifiquement contre l’insomnie. Les plus souvent prescrits sont les benzodiazépines. La durée recommandée pour les benzodiazépines hypnotiques est de 28 jours maximum. Cependant, les temps d’exposition sont parfois très supérieurs aux recommandations de l’autorisation de mise sur le marché (AMM) avec une utilisation annuelle de 4 à 5 mois. Cette classe de médicaments est efficace mais doit être prescrite dans le respect de certaines règle car il existe un risque majeur d’accoutumance et de détournement par les consommateurs de drogues. C’est pourquoi, depuis le 10 avril 2017, le zolpidem (Stilnox® et génériques) est classé en partie comme stupéfiant, en vertu d’un arrêté pris sur proposition de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Le zolpidem doit être prescrit sur ordonnance sécurisée, en nombre d'unités de prise indiqué en toutes lettres, sans chevauchement de délivrance. Toutefois, il n’y a pas d’obligation pour le patient de présenter l’ordonnance au pharmacien dans les 3 jours suivant la date de prescription pour la délivrance de la totalité de son traitement et le pharmacien n’a pas l’obligation d’archiver une copie des ordonnances pendant 3 ans. Les benzodiazépines sont classées selon leur durée d’action : celles à courte durée d’action sont prescrites pour les insomnies de début de nuit ou contre les insomnies occasionnelles (durant deux ou trois jours, par exemple en cas de décalage horaire) ; celles à durée d’action moyenne sont préconisées en cas d’insomnies de milieu de nuit ou en cas d’insomnies à court terme (d’une durée d’une à trois semaines, souvent en lien avec une période de stress) ; et les benzodiazépines à durée d’action prolongée sont utilisées pour les insomnies de fin de nuit ou chroniques.
Par ailleurs, il faut savoir que les benzodiazépines accroissent de manière significative le risque d’accident de la route. Chez le sujet âgé, la consommation de benzodiazépines peut aussi favoriser les chutes et perturber la mémoire à court terme. 

Les anxiolytiques (ou sédatifs) : ils sont utilisés pour rétablir un sommeil de qualité dans le cadre d’un trouble psychique. Il peut s’agir d’une anxiété aigüe, d’un stress aigu et transitoire, d’un trouble de l’adaptation, d’un trouble anxieux ou du stress. 

Les traitements naturels.
La phytothérapie, l’homéopathie et l’aromathérapie, associées ou non à la mélatonine ou encore au magnésium, offrent diverses possibilités pour pallier aux multiples troubles du sommeil et les thérapies de relaxation se révèlent très utiles dans le traitement à long terme de l’insomnie. Parmi les plantes qui traitent les troubles du sommeil, on retrouve entre autres : la valériane, la passiflore, le houblon, la mélisse, l’aubépine, la menthe poivrée, la primevère officinale, la camomille ou encore la lavande. De par leur effet sédatif, l’utilisation de ces plantes peut entrainer une baisse de la vigilance au cours de la journée. Les patients doivent être informés que l’utilisation de la mélisse et de la valériane peuvent interagir avec de nombreux médicaments et augmenter les effets des autres plantes. Par exemple, la valériane ne doit pas être utilisée chez les personnes qui souffrent de troubles du foie. De plus, du fait de leur teneur en tanins, la mélisse et la valériane ne doivent pas être prises avec des médicaments ou des compléments alimentaires destinés à apporter du fer. Enfin, il vaut mieux éviter de consommer des boissons alcoolisées durant le traitement.
L’indication principale de la mélatonine est, aujourd’hui, le syndrome de décalage horaire. Grâce à son rôle dans la régulation des rythmes biologiques, elle permet à l’horloge interne de se régler plus rapidement, notamment lors des voyages vers l’Est. La mélatonine à un dosage de 2 mg est inscrite sur la liste II des substances vénéneuses, interdisant toute délivrance de cette molécule en dehors d’une prescription. On trouve bon nombre de compléments alimentaires présentant de la mélatonine, seule ou en association avec d’autres composés y compris des plantes officinales présentant un intérêt relatif selon les plantes et les dosages utilisés.

6. CONSEILS AU COMPTOIR 
Un français sur trois souffre de trouble du sommeil. C’est pourquoi, à l’officine, les plaintes d’insomnie se font de plus en plus nombreuses. Le questionnement du patient est donc primordial pour l’orienter au mieux sur son choix de traitement, éviter les effets indésirables dus aux médicaments et prodiguer des conseils sur l’hygiène de vie. A ce sujet, voici les « règles d’or du bon dormeur » publiés par l’Inpes (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé) :
- Apprendre à connaître ses besoins. 
- Noter les horaires de sommeil lors d’une période de vacances par exemple : plutôt du soir ou du matin, gros dormeur ou petit dormeur ? 
- Il est important de respecter son rythme et d’aménager pour soi-même un espace propice au sommeil.
- Maintenir des horaires de sommeil les plus réguliers possibles, en particulier pour le lever.
- Aménager son réveil pour être plus en forme : douche, petit déjeuner, lumière, etc.
- Etre attentif aux signes du sommeil : bâillement, paupières lourdes, étirements, yeux qui picotent, etc. Quand l’organisme indique qu’il est l’heure de se mettre au repos, il ne faut pas résister à la fatigue mais aller se coucher.
- Eviter les excitants le soir : café, thé, vitamine C, sodas à la caféine, cigarettes...
- Eviter les repas trop copieux le soir et l’abus d’alcool au dîner.
- Arrêter le sport ainsi que toute activité très stimulante une heure avant le coucher.
- Tisane, lait tiède, lecture, prières, techniques de relaxation, etc., à chacun ses rituels pour se préparer à dormir. En répétant ces mêmes gestes, on se conditionne au sommeil et cela permet de raccourcir la durée d’endormissement.
- Créer un environnement calme et apaisant où il fait bon dormir : pièce aérée chaque jour, si possible bien isolée, calme, température autour de 18-20 °C, bonne literie, etc.
- Eviter les stimulations auditives, visuelles (luminosité, veilleuses) ou intellectuelles fortes.
- Le lit devrait être l’endroit réservé au sommeil et à l’intimité.

Si les troubles du sommeil persistent après avoir suivi les conseils hygiéno-diététiques ou avoir eu recours à des traitements naturels délivrés au comptoir, le pharmacien devra orienter le patient vers une consultation médicale.

7. SITES WEB
Institut Sommeil et Vigilance : https://institut-sommeil-vigilance.org/ 
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