LES ACOUPHENES

Qu’ils soient temporaires, intermittents ou permanents, les acouphènes peuvent rapidement nuire à la qualité de vie. Bien que n’ayant aucune gravité dans 95% des cas, ils peuvent provoquer des états d’anxiété menant à la dépression. Par leurs bruits incessants et incontrôlables, les acouphènes, entrainent chez certaines personnes des difficultés pour s’endormir et se concentrer, des troubles anxieux ou des insomnies. En France, selon une estimation de l’association France Acouphènes, plus de 2 millions de personnes souffrent d’acouphènes. Dans la majorité des cas, ils surviennent puis disparaissent sans causer de gêne et peuvent diminuer grâce à quelques mesures simples.
Beaucoup d’acouphènes sont causés par des sources sonores trop vives ou trop répétées. Pour éviter d’y être confronté, la prévention est indiquée, particulièrement auprès des jeunes, souvent soumis à un environnement extérieur bruyant (port d’un casque audio, discothèques) et les travailleurs exposés à des machines-outils assourdissantes. A l’occasion de la 22ème Journée mondiale de l’Audition qui aura lieu le 14 mars 2019, le site www.journee-audition.org met à disposition de nombreux outils de sensibilisation comme des dépliants ou des brochures adaptés à chaque type de population. Par exemple, les dépliants intitulés « Acouphènes, comment mieux vivre ? » ou encore « Nos oreilles, on y tient ! » destinés aux jeunes, peuvent être commandés en ligne pour être diffusés en officine. 

1. DEFINITION
Les acouphènes sont des sensations auditives qui revêtent plusieurs sortes de bruits : sifflement, grésillement, bourdonnement, pulsation, choc répété, tintement d’objets métalliques ou encore cliquetis. Ces sensations ne sont pas causées par l’environnement extérieur de l’organisme et sont dans la quasi-totalité des cas inaudibles par l’entourage. Les bruits entendus peuvent survenir soit progressivement soit brutalement. Ils sont perçus par une seule oreille ou par les deux et parfois « dans la tête au sommet du crâne ».

Il existe deux types d’acouphènes :
- Les acouphènes « objectifs » : ils sont rares (5% des cas) et correspondent au bruit d'un organe situé à l'intérieur du corps (Ex. : bruit du sang circulant dans un vaisseau du cou ou de la tête). Une personne extérieure peut l'entendre. 
- Les acouphènes « subjectifs » : ils représentent 95 % des cas. Ils sont associés à des troubles de l’audition. Ils prennent la forme de bourdonnements d’oreille ou de sifflements, uniquement perçus par le patient.

Deux mécanismes sont à l’origine de ces sensations auditives :
- Des modifications du flux sanguin : Suite à un rétrécissement des vaisseaux ou des artères, les vaisseaux sanguins en périphérie des oreilles augmentent leur flux ou produisent un flux saccadé. Ce mécanisme peut aussi être la conséquence d’un entrainement sportif intense.
- Une conscience accrue du flux sanguin : En raison d’une perforation du tympan ou d’une otite séreuse, les bruits extérieurs sont masqués au profit des bruits de l’organisme. Une augmentation de la sensibilité auditive peut rendre le cerveau plus conscient du bruit généré par le flux sanguin.

2. CAUSES
Bien que de nombreux cas d’acouphènes soient idiopathiques, les causes sont le plus souvent liées à la presbyacousie (vieillissement de l’oreille) ou suite à des traumatismes acoustiques répétés (écoute de musique avec des écouteurs à très fort volume, concert, discothèque, pétard, feu d’artifice...). Les acouphènes sont également associés à des troubles de l’audition, qui font suite à :
- Un bouchon de cérumen ou un corps étranger dans l’oreille souvent accompagnés d’une baisse de l’acuité auditive ;
- Une otite moyenne : une inflammation de l’oreille se développe dans une petite cavité osseuse derrière le tympan, causant souvent des douleurs ;
- L’otospongiose : il s’agit d’une maladie héréditaire entraînant une hyperproduction d’os au niveau de la platine de l’étrier accompagnée d’une hyper vascularisation ;
- La maladie de Ménière : c’est une affection de l’oreille due à une augmentation de la pression dans le labyrinthe d'origine inconnue. Elle entraîne des bourdonnements, une baisse d’audition et des vertiges ;
- Une atteinte du nerf auditif ou de l’oreille interne (prise de médicaments otoxiques par exemple) ;
- Un accident de plongée ;
- Une béance de la trompe d’Eustache ;
- Une athérosclérose ; 
- Une hypertension intracrânienne bénigne ;
- Un souffle cardiaque ;
- Une inflammation de l’oreille moyenne liée à une infection aiguë ou chronique ;
- Des myoclonies (spasmes des muscles de l’oreille moyenne ou de la gorge) ;
- La maladie de Paget (déformations osseuses associées à des troubles vasculaires) ; 
- Une hyperthyroïdie accompagnée d’un débit sanguin accru ;
- Une anomalie d’une artère de la tête ou du cou ;
- La présence de plaque de cholestérol ;
- L’hypertension artérielle.
Dans de rares cas, les acouphènes sont dus à une anomalie anatomique (dissection, anévrisme, communications anormales entre artères et veines créant des turbulences, trajet anormal d’une artère), des thromboses ou à une tumeur vasculaire qui se développe à proximité de l’oreille.
Certains acouphènes proviennent du système nerveux somato-sensoriel. Ils sont liés à un traumatisme de la région cranio-cervicale. Leur apparition est liée à un ou plusieurs des facteurs suivants :
- Traumatisme crânien et/ou cervical ;
- Manipulations dentaires, cervicales ou des mâchoires ;
- Douleurs chroniques de la tête, du cou ou de la ceinture scapulaire ;
- Augmentation simultanée de l’acouphène et des douleurs associées ;
- Posture inadéquate au repos, à la marche, au travail ou pendant le sommeil ;
- Bruxisme diurne et/ou nocturne.

3. DIAGNOSTIC
Dans un premier temps, c’est le médecin généraliste qui déterminera l’origine de l’acouphène : objectif ou subjectif. Contrairement aux acouphènes subjectifs, les acouphènes objectifs sont perceptibles avec un examen au stéthoscope binoculaire de la région de l’oreille ou du cou. Après identification de l’origine, le médecin adresse le patient vers un ORL. Ce dernier questionne le patient sur son parcours médical, réexamine avec attention si les acouphènes sont perceptibles et analyse les tympans ainsi que les vaisseaux sanguins du cou et du crâne. 
Plusieurs méthodes et outils permettent de déterminer les causes mécaniques des acouphènes : 
- Le test du réflexe stapédien qui permet de détecter les contractions anormales des muscles de l’oreille moyenne ;
- L’IRM pour faire ressortir les irrégularités des vaisseaux sanguins ;
- L’échographie doppler pour voir et mesurer la vitesse du flux sanguin ;
- L’angiographie qui permet de cibler au rayon X un vaisseau précis au moyen d’un produit contrastant ;
- L’angiographie par résonnance pour scanner l’intérieur des artères et des veines ;
- La CT artériographie qui, au moyen de rayons X contrôlés par ordinateur, réalise des images de l’organisme.

4. TRAITEMENTS
La plupart des acouphènes sont curables, à condition d’en déterminer la cause. Dans le traitement des acouphènes liés à des tumeurs à proximité de l’oreille ou à des lésions vasculaires, un acte chirurgical s’avère généralement nécessaire pour désobstruer les vaisseaux ou obstruer le vaisseau responsable du souffle. Lorsque les acouphènes sont la conséquence de l’hypertension, de l’athérosclérose, de l’hyperthyroïdie ou tout autre symptôme impactant la tension ou le débit du flux sanguin, les traitements médicamenteux peuvent réduire, voire supprimer les sensations auditives.
La problématique porte sur les acouphènes idiopathiques. Dans ce cas une approche cognitive-comportementale, au moyen d’une thérapie auditive d’habituation est préconisée. Cette stratégie consiste, non pas à supprimer la perception du bruit, mais plutôt à gérer son impact négatif sur le patient. Avec cette méthode, le patient apprend à vivre en sollicitant son propre mécanisme d’habituation pour que le bruit perturbateur devienne un bruit dont le cerveau ne tient plus compte.

5. CONSEILS AU COMPTOIR 
En premier lieu, lorsqu’un patient signale un bruit persistant à l’oreille faisant penser à un acouphène, le pharmacien se doit d’être rassurant, en expliquant que ces sensations sont sans gravité pour la santé et que généralement, elles surviennent puis disparaissent sans causer de gêne. Si le patient est atteint d’acouphènes durables et gênants, voici quelques conseils utiles que le pharmacien prodiguera afin de réduire l’inconfort :
- Éviter le silence en écoutant un bruit de fond à faible intensité, appelé « le bruit blanc » (ex. : musique douce, radio). En effet, cela facilite le processus d’habituation ;
- Limiter la consommation d’alcool : il dilate les vaisseaux sanguins et augmente le flux de sang dans l’oreille interne, amplifiant parfois les acouphènes ;
- Arrêter de fumer : la nicotine contenue dans le tabac est un irritant qui peut aussi accentuer les troubles ;
- Arrêter la consommation d’excitant comme le thé, le café, ou les sodas contenant de la caféine pendant un mois pour déterminer si cela peut améliorer son état ;
- Éviter de s’exposer à des sons forts (tronçonneuse, perceuse, marteau-piqueur, coup de fusil, moto, concerts de rock) qui pourraient aggraver les acouphènes. Utiliser des bouchons d’oreille ou un casque pour se protéger ;
- Surélever la tête pour dormir et ainsi améliorer la circulation du sang ;
- Pratiquer une activité sportive ;
- Apprendre à se relaxer pour éliminer et/ou mieux gérer le stress.

Enfin, le pharmacien orientera le patient vers son médecin généraliste si :
- Malgré la mise en application des conseils précités, les symptômes persistent et deviennent gênants au quotidien ;
- Les acouphènes sont apparus après un traumatisme crânien ;
- Les acouphènes sont pulsatiles ;
- Les acouphènes sont associés à d’autres symptômes :
Vertiges ou troubles de l’équilibre ;
Perte de l’acuité auditive ;
Hyperacousie (hypersensibilité gênante aux sons et aux bruits) ;
Nausées et/ou vomissements ;
Otalgies (douleurs de l’oreille) ;
Fièvre et frissons.

Bien que les acouphènes soient sans gravité pour la santé des patients, ils n’en restent pas moins très handicapants lorsqu’ils sont vécus au quotidien sur une longue période. Ils peuvent affecter le sommeil et ainsi, entrainer des troubles de l’humeur, de l’anxiété, de la fatigue… Il est important de ne pas minimiser les conséquences néfastes des acouphènes sur la qualité de vie et orienter les personnes concernées vers les bons interlocuteurs. Pour ce faire, le pharmacien informera les patients très affectés par les acouphènes de l’existence d’associations de patients, de groupes de parole ou d’ateliers thérapeutiques dans la région pour l’aider à surmonter sa gêne (France Acouphènes, Afrépa, Aera Acouphènes…).

6. SITES WEB
Commentaire
Soyez le premier à commenter cet article
Ajouter un commentaire
No images were found.

Articles similaires