DEPISTAGE DU CANCER COLORECTAL

Avec près de 45 000 nouveaux cas et 18 000 décès chaque année, le cancer colorectal se situe actuellement en France au 3e rang des tumeurs les plus fréquentes chez l’homme et au 2e rang chez la femme. Il constitue le 2e cancer le plus meurtrier après le cancer du poumon chez l’homme et le cancer du sein chez la femme. 
Lorsque le cancer est diagnostiqué rapidement, il est mieux soigné et les chances de survie sont beaucoup plus importantes. Grâce au dépistage précoce et à l’amélioration des traitements, le taux de mortalité pourrait encore décroître. A ce jour, l'âge moyen du diagnostic est de 71 ans pour l’homme et 75 ans pour la femme. Le taux de participation au programme de dépistage organisé pour la période 2016-2017 était de 33,5 % soit 12 points de pourcentage en dessous du seuil minimal acceptable recommandé par la Commission européenne. L’augmentation de la participation à ce dépistage ainsi que la baisse de l’incidence et de la mortalité par cancer colorectal constituent donc des enjeux majeurs de santé publique, et une priorité pour l’Institut National du Cancer. L’Institut travaille sur les évolutions du programme et notamment sur la diversification des modalités de mise à disposition du test auprès de la population cible. Depuis la mi-février 2019, de nouveaux kits de dépistage du cancer colorectal sont disponibles. Ces kits peuvent être distribués par les médecins généralistes mais aussi par les gynécologues, les hépato-gastro-entérologues et les médecins des centres d’examen de santé du régime général de la Sécurité sociale.

1. LE CANCER COLORECTAL
Le cancer colorectal (CCR) est un carcinome et dans la plupart des cas un adénocarcinome, qui prend naissance dans les cellules du côlon ou du rectum. La majorité des cancers colorectaux se localisent dans le côlon (60% des cas). Cependant, du fait de leurs similitudes, les cancers du côlon et du rectum sont souvent regroupés sous le terme de « cancer colorectal ». 
Le cancer colorectal est souvent le résultat d’une tumeur bégnine au départ appelée polype de type adénomateux ou festonné. Ce processus de transformation d'un polype en cancer dure de 5 à 10 ans.
Dans un premier temps, le cancer se développe localement, puis les cellules cancéreuses migrent dans l’organisme via la circulation sanguine et le système lymphatique pour finalement constituer des métastases. Les plus fréquentes se localisent au niveau du foie et des poumons.

2. LES FACTEURS DE RISQUES
Les facteurs de risque du cancer colorectal sont nombreux et le risque s’accroît quand ils sont cumulés :

- L'âge : 90 % des cas sont diagnostiqués à partir de 50 ans.
- Les antécédents personnels d'adénome ou de cancer colorectal. 
- Les antécédents familiaux d'adénome ou de cancer colorectal : le risque est accru si un parent du premier degré (père, mère, frère, sœur ou enfant) a eu un adénome de taille conséquente avant 65 ans ou un cancer colorectal quel que soit l’âge.
- L'existence d'une maladie inflammatoire chronique de l'intestin (Mici) telle que la maladie de Crohn ou la rectocolite hémorragique, surtout dans les cas où la maladie est étendue à tout le côlon et évolue depuis plus de 10 ans. 
- Les pathologies liées à une mutation génétique comme les polyposes adénomateuses familiales (appelées aussi PAF, elles se manifestent par la formation de plusieurs centaines de polypes dans le côlon, dès l’adolescence ; la survenue d’un cancer est quasi systématique si aucun traitement préventif n’est apporté), le syndrome de Lynch, ou d’autres formes de polyposes. 
- Le mode de vie : selon l’lNCa (Institut National du Cancer) une consommation même faible d'alcool augmente la morbidité et la mortalité par cancer. A ce facteur de risque s’ajoutent un IMC élevé, une alimentation riche en viande rouge et en charcuterie et pauvre en fibres, la consommation de tabac et la sédentarité.

3. LE DEPISTAGE
Diagnostiqué tardivement, le taux de survie du cancer colorectal n’est que de 13 % alors que détecté à un stade précoce, ce cancer peut être guéri dans 90% des cas, avec des traitements moins lourds pour les patients. Le test de dépistage du cancer colorectal est pris en charge à 100 % par l'Assurance Maladie pour les personnes âgées de 50 à 74 ans. Depuis février 2019, de nouveaux kits de dépistage du cancer colorectal sont disponibles. Selon l’arrêté du 19 mars 2018 relatif aux programmes de dépistage organisé des cancers colorectaux, ces kits peuvent être distribués non seulement par les médecins généralistes mais aussi par les gynécologues, les hépato-gastro-entérologues et les médecins des centres d’examen de santé du régime général de la Sécurité sociale. 
En France, la stratégie de dépistage se détermine selon trois niveaux de risque pour lesquels des recommandations adaptées de dépistage et de suivi sont préconisées.

Le dépistage pour un niveau de risque moyen. 
Il concerne les personnes âgées de 50 à 74 ans, sans facteurs de risque ni symptômes. Il entre dans le cadre du programme national de dépistage organisé et doit être effectué tous les 2 ans à partir de 50 ans. Les personnes de la tranche d'âge cible du dépistage sont personnellement invitées par la structure en charge de la gestion du dépistage à retirer le kit chez leur médecin lors d'une consultation. Le dépistage est ensuite réalisé par le patient lui-même à son domicile. Il repose sur la mise en œuvre d'un examen de biologie utilisant une méthode immunologique quantitative de recherche de sang dans les selles sur prélèvement unique. Le kit de dépistage comprend 3 volets :

   1- Une notice comprenant toutes les indications pour bien réaliser le test ;
   2- La fiche d’identification du patient à dater et à remplir ainsi que le papier de recueil des selles ;
   3- Un tube de prélèvement, un sachet de protection du tube et une enveloppe T (prépayée) de retour du test.

Les modalités du test de dépistages sont très simples. Un dispositif de recueil des selles est à disposer sur la lunette des toilettes. Il faut ensuite gratter à plusieurs reprises les selles à leur surface à l’aide de la tige qui est à l’intérieur du tube, de telle sorte que la partie striée du bâtonnet soit entièrement recouverte. Ensuite, le bâtonnet est introduit dans le tube, qui doit être refermé et secoué énergiquement. Le tube et la fiche d’identification doivent être expédiés dans les 24 heures dans l’enveloppe T.
Les résultats sont envoyés au patient par courrier ou par internet (en s’inscrivant sur le site www.resultat-depistage.fr) ainsi qu’à son médecin traitant, dans les 15 jours. 
Si le test est positif, une coloscopie est effectuée. Elle permet de diagnostiquer un cancer colorectal à un stade peu évolué, voire d’éviter un cancer en mettant en évidence des polypes ou adénomes, avant qu’ils ne dégénèrent en lésions cancéreuses.

Le dépistage pour un niveau de risque élevé.
Il est pratiqué chez les personnes ayant un antécédent personnel de maladie inflammatoire chronique intestinale ou des personnes ayant un antécédent personnel ou familial d’adénome. Dans ce cas, le patient consulte un gastro-entérologue qui effectue une coloscopie. Le spécialiste peut également procéder à une chromoendoscopie, un examen complémentaire à la coloscopie qui consiste à marquer certaines zones du tube digestif par différents colorants, à l’aide d’un spray cathéter passé au travers du canal opérateur de l’endoscope. La coloscopie de contrôle est réalisée tous les 1 à 5 ans selon les résultats et le niveau de risque.

Le dépistage pour un niveau de risque très élevé.
Il concerne les patients ayant une prédisposition héréditaire (polyposes adénomateuses familiales ou syndrome de Lynch). Cette forme héréditaire ou familiale de cancer colorectal est très rare. Elle représente moins de 5 % des cas. Le dépistage individuel inclut une consultation oncogénétique (recherche de la mutation génétique), une consultation gastro-entérologique, et la réalisation d’une chromoendoscopie. Si la mutation est avérée, la chromoendoscopie de contrôle doit être réalisée tous les 1 à 2 ans en fonction de l’acceptation du patient, de la qualité de l’examen précédent, du contexte familial et des comorbidités.

4. CONSEILS AU COMPTOIR ET PREVENTION
Le dépistage précoce sauve des vies ! Plus que jamais le pharmacien est au cœur du système de soin car l’officine est un outil d’information central vis à vis du grand public. Aujourd’hui, en France, la majorité des cancers colorectaux qui sont pris en charge rapidement ont un pronostic de guérison positif, d’où l’importance d’insister sur un dépistage régulier.
La prévention primaire quant à elle, repose essentiellement sur le contrôle des facteurs de risques :
- Arrêt du tabagisme et réduction de la consommation d’alcool ;
- La modification des habitudes de vie : augmentation de l’activité physique, introduction suffisante de fibres dans l’alimentation et réduction de la consommation de viandes rouge et de charcuteries ;
- Normalisation du poids.

Le pharmacien doit sensibiliser le patient qui présente des changements digestifs et lui conseiller de consulter. En dehors des dépistages organisés et des dépistages de contrôle réguliers chez les populations qui présentent des facteurs de risques élevés, il est important d’être attentif à toute symptomatologie pouvant faire suspecter un cancer colorectal :
- Signes cliniques et biologiques : masse abdominale palpable, anémie ferriprive.
- Signes fonctionnels : rectorragies, melæna, modification du transit intestinal, syndrome rectal (faux besoins, ténesmes, épreintes).
- Signes fonctionnels non spécifiques : amaigrissement récent inexpliqué, douleurs abdominales inexpliquées.

A l’officine, les patients peuvent être en recherche d’informations. Il est judicieux de les diriger vers les sources capables de garantir une information médicale et sociale de référence, validée, complète et à jour :
- Auprès du médecin traitant.
- Sur le site https://www.e-cancer.fr/​ dans la rubrique « Comprendre, prévenir, dépister ».
- En appelant Cancer Info au 0 805 123 124 (Disponible du lundi au vendredi de 9 h à 19 h et le samedi de 9 h à 14 h. L’appel et le service sont gratuits).
- Auprès de la structure en charge des dépistages du département.

Enfin, pour garantir la réussite du dépistage, il est essentiel d'indiquer la date à laquelle le test a été réalisé, faute de quoi il ne pourra pas être interprété. Voici quelques recommandations à rappeler aux utilisateurs :
- Le kit est à usage personnel.
- Avant son utilisation, il doit être conservé à une température comprise entre 2 et 30 degrés au maximum.
- Il doit être réalisé au maximum dans les 24 heures qui précèdent l’envoi.
- Il est recommandé de le poster du dimanche au vendredi et jamais la veille d’un jour férié.

Demain, quelle place du pharmacien d’officine dans un changement de modèle d’organisation du dépistage du cancer colorectal ? Certaines expériences sont d’ores et déjà menées avec des résultats qui pourraient bien faire pencher la balance vers un rôle plus actif du pharmacien d’officine pour mieux répondre à cet enjeu majeur de santé publique. A suivre…

5. SITES WEB
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