TRAITEMENT DE LA GASTRO-ENTERITE

Avec l’hiver, les gastro-entérites sont de retour ! Et cette année, les pharmaciens sont encore sollicités au comptoir pour leurs précieux conseils.
En France métropolitaine, selon le réseau Sentinelles, entre le 17 et le 23 décembre 2018, le taux d’incidence des cas de diarrhée aiguë vus en consultation de médecine générale a été estimé à 170 cas pour 100 000 habitants, juste en dessous du seuil épidémique qui se situe à 174 cas pour 100 000 habitants. A cette même période, les taux d’incidence les plus élevés au niveau régional (pour 100 000 habitants) ont été observés dans les Hauts-de-France (278 cas), en Provence-Alpes-Côte d’Azur (262 cas) et dans le Grand Est (229 cas). La semaine du 24 au 30 décembre, le taux d’incidence est redescendu à 132 cas pour 100 000 habitants et devrait rester stable sur les prochaines semaines.
S’il s’agit d’une pathologie bénigne, les symptômes de la gastro-entérite n’en restent pas moins très inconfortables et chez les sujets jeunes, âgés ou fragiles, des complications graves peuvent survenir. Afin de soulager les symptômes, quelques traitements peuvent être proposés au comptoir. Enfin, pour éviter la propagation du virus, la meilleure barrière est sans aucun doute le lavage des mains !

1. DEFINITION
Même si elle peut être d’origine bactérienne (Escherichia coli ou Salmonelle) ou parasitaire (protozoaire ou amibe), dans la majorité des cas, la gastro-entérite aiguë est d’origine virale, provoquée par un rotavirus ou un norovirus qui provoque une inflammation de la muqueuse du système digestif responsable de diarrhées, de douleurs abdominales et de vomissements. La contamination est soit directe, entre une personne saine et une personne infectée par voie fécale-orale, le plus souvent par des mains contaminées, soit indirecte via des surfaces ou des ustensiles contaminés par le virus. C’est durant la période hivernale que la contamination atteint un pic de recrudescence, notamment en raison de la résistance du virus au froid et de la grande contagiosité du virus, particulièrement en milieu confiné (travail, transports en commun, école, crèche).

2. SYMPTOMES ET COMPLICATIONS
La période d'incubation de la gastro-entérite est de 24 à 72 heures. Elle se manifeste habituellement par une diarrhée aigüe brutale et peut s’accompagner de :
- Nausées,
- Vomissements,
- Douleurs abdominales,
- Perte d’appétit,
- Fièvre modérée,
- Céphalées,
- Fatigue,
- Et plus rarement, de rectorragies.

De manière générale, chez le sujet bien portant, les symptômes disparaissent dans les trois à quatre jours qui suivent l’infection.
Au cours d’une diarrhée aiguë, la principale complication à surveiller est le risque de déshydratation. Ce risque est particulièrement fréquent chez les nourrissons et les enfants en bas âge, les personnes âgées ou encore celles qui souffrent d’une maladie chronique.
Une autre complication rare chez les nourrissons et les très jeunes enfants est la survenue d’une invagination intestinale aiguë pouvant causer une occlusion intestinale. Elle constitue une urgence médico-chirurgicale.
 
3. DIAGNOSTIC
Le diagnostic du médecin traitant repose sur la présence des symptômes habituels, diarrhées et vomissements, en interrogeant le patient sur la fréquence, la consistance et le volume des selles. Le médecin recherche également des signes de déshydratation ou des signes éventuels d'invasion de la muqueuse.
En cas de rectorragies, de glaires dans les selles, de diarrhées persistantes et sévères, d’une forte fièvre ou d’un séjour dans un pays tropical, le médecin peut prescrire une coproculture afin de déterminer la bactérie en cause (infection à salmonelles, à shigelles, à Campylobacter jejuni ou à certains Escherichia coli entéro-invasifs) et ainsi cibler le traitement antibiotique adapté. Un examen parasitologique des selles peut également être prescrit.
 
4. TRAITEMENTS
L’objectif du traitement consiste à soulager les symptômes et éviter toute déshydratation. Pour diminuer les symptômes et améliorer le confort du patient, des médicaments peuvent être prescrits :
 
- Les ralentisseurs du transit (lopéramide) : ils réduisent les contractions de l'intestin et diminuent la fréquence des selles. Mais il faut être prudent, car ils ralentissent également l'élimination du virus ou de la bactérie.
- Les anti-sécrétoires intestinaux (racécadrotril) : ils diminuent l’hypersécrétion d’eau et d’électrolytes dans l’intestin, sans modifier le temps de transit intestinal.
- Les absorbants et protecteurs intestinaux (diosmectite) : ces médicaments tapissent la barrière muqueuse intestinale ou absorbent les gaz. Les propriétés absorbantes de ces produits peuvent interférer avec les délais et/ou les taux d'absorption d'autres substances, c’est pourquoi il est recommandé d'administrer tout autre médicament à distance de la prise de diosmectite. L’intérêt de ce médicament a été démontré particulièrement dans les gastro-entérites infantiles, pour la diminution des douleurs et du nombre de selles, en complément de la réhydratation, mais pas chez la personne âgée.
- Les antispasmodiques intestinaux (phloroglucinol ou trimébutine) : ils sont préconisés en cas de douleurs ou de crampes abdominales.
- Les probiotiques (lactobacillus, saccharomyces) : ces germes ou bactéries aident à reconstituer la flore naturelle de l’intestin quand elle a été attaquée par un virus ou une bactérie.
Voici quelques recommandations concernant le traitement de la gastro-entérite, en fonction de la population :
 
Chez l'adulte jeune en bonne santé.
Selon la HAS, il faut envisager une approche diététique :
- Corriger la déshydratation due à la diarrhée par une boisson suffisante d’au moins deux litres par jour.
- Éviter certains aliments tels que les fruits et légumes verts, les plats épicés, les plats ou boissons glacés.
Dans ces conditions, la diarrhée cesse spontanément en 3 ou 4 jours. En cas de vomissements répétés, une réhydratation parentérale est envisageable.
 
Chez les populations fragiles.
 
CHEZ L'ENFANT :
La déshydratation est une complication majeure d'autant plus grave que l'enfant est jeune. Pour l’éviter, il faut administrer des solutés de réhydratation orale (SRO) dès que possible. Ces solutés, remboursables depuis juin 2003, permettent de maintenir ou de restaurer l'équilibre hydro-électrolytique. Le sachet de poudre doit être dilué dans de l'eau minérale et administré régulièrement à l'enfant au biberon ou au verre par petites quantités, aussi fréquemment que nécessaire, selon sa soif.
Si une déshydratation modérée s'est déjà installée, l'alimentation doit être interrompue durant 4 à 6 heures (l'allaitement au sein peut être poursuivi), puis reprise pour ne pas prolonger un déficit calorique.
En cas de déshydratation sévère, l'hospitalisation s'impose pour assurer une réhydratation par voie parentérale.
 
CHEZ LE SUJET AGE :
Il faut impérativement surveiller le risque de déshydratation. Si elle n’est pas traitée convenablement, la déshydratation peut conduire à des complications d'affections déjà existantes. Le recours aux solutions de réhydratation orale est possible.
Le nifuroxazide, dont l'efficacité thérapeutique est mal établie, n'est pas le traitement recommandé dans l'indication des diarrhées aiguës présumées d'origine infectieuse. La Haute Autorité de santé a attribué, aux médicaments ayant pour principe actif le nifuroxazide, un SMR (service médical rendu) insuffisant pour justifier leur prise en charge par la solidarité nationale.
 
5. VACCINATION CHEZ L’ENFANT
En France, l’infection à rotavirus est responsable chaque année d’environ 155 000 consultations pour diarrhée aiguë chez les enfants de moins de 3 ans et 14 000 hospitalisations. La vaccination des nourrissons contre le rotavirus n’est pas recommandée dans le calendrier vaccinal français mais elle peut être proposée par le médecin traitant chez les nourrissons après une évaluation médicale. Ce vaccin permet de réduire de plus de 85% le risque de gastro-entérites sévères à rotavirus au cours de la première année de vie.
Il est disponible en pharmacie sous prescription du médecin et doit être conservé au réfrigérateur entre + 2° C et + 8° C.
 
6. CONSEILS AU COMPTOIR
La gastro-entérite fait partie des nombreux maux de la saison hivernale. Outre les différents traitements à proposer pour soulager les symptômes, la prévention des complications dues à la déshydratation est de rigueur. Il est important de rappeler à la patientèle la nécessiter de se reposer et de boire suffisamment en cas de diarrhées et/ou de vomissements. Selon les recommandations de la HAS, l’apport hydrique doit être d’au moins deux litres par jour pour un adulte. Le pharmacien sera particulièrement vigilant sur ce point si le malade est un nourrisson, une personne âgée ou souffrant d’une maladie chronique.
 
Pour éviter toute transmission du germe de la gastro-entérite, il faut veiller à respecter une hygiène rigoureuse, notamment le lavage des mains. Selon le résultat d’une enquête Baromètre santé en 2016, publiée par l’InVS (Institut de veille sanitaire), 61% des personnes interrogées ont déclarés ne pas se laver systématiquement les mains après avoir pris les transports en commun, et 21% ne pas se laver systématiquement les mains après être allée aux toilettes. Le pharmacien doit donc communiquer sur l’importance de ces gestes élémentaires d’hygiène comme principale barrière aux virus digestifs tout au long de l’hiver. Voici quelques conseils à partager avec vos patients :
- Se laver souvent les mains (avant de préparer le repas, avant de manger, après être allé aux toilettes, après avoir changé la couche du bébé, après avoir pris les transports en commun…).
- Eviter de serrer les mains ou d’embrasser en cas d’infection.
- Ne pas échanger les brosses à dents.
- Éviter de se toucher la bouche ou le nez sans s’être lavé les mains au préalable.
- Nettoyer les toilettes avec un désinfectant, après chaque épisode diarrhéique.
- Nettoyer méticuleusement les surfaces qui sont fréquemment utilisées telles que les poignées de porte, le téléphone, les toilettes, le lavabo.
- Les essuie-mains doivent être changés régulièrement.
En cas d’épidémie de gastro-entérite, pour limiter la propagation du virus et se protéger d’une éventuelle contamination, l’équipe officinale peut régulièrement utiliser du gel hydroalcoolique pour se désinfecter les mains. Ces solutions peuvent aussi être proposées à la vente au comptoir.
 
7. SITES WEB
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