ENVIRONNEMENT ET MALADIES RESPIRATOIRES

Chaque jour, nous inhalons entre 15 000 et 30 000 litres d’air ! 
Pour notre santé et plus particulièrement celle des personnes déjà malades, le cycle respiratoire nécessite un air de qualité.
Le lien de causalité entre pollution atmosphérique et mortalités, cancers, maladies respiratoires et problèmes neurologiques est connu depuis quelques décennies. Déjà en 1988, un groupe de travail du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) avait classé les particules fines comme carcinogènes probables. Depuis, de nombreuses études épidémiologiques, médicales, publiées dans les plus grandes revues scientifiques mondiales attestent ce lien de causalité (étude CAFE en 2000, étude de l’Agence européenne de l’environnement en 2012, Rapport scientifique EQIS…).
Selon l’OMS, 1,3 million de personnes meurent chaque année en raison de la pollution de l’air urbain. Les habitants des villes où l’air est fortement pollué souffrent davantage de cardiopathies, de problèmes respiratoires et de cancer du poumon.
En France, avec 48 000 morts par an, d’après l’InVS Santé Publique France, la pollution de l’air est la troisième cause de mortalité. La pollution aux particules fines en lien avec l’activité humaine provoque une perte d’espérance de vie à 30 ans pouvant dépasser 2 ans. Toujours selon l’Institut, 34 000 décès seraient évitables en France si l’ensemble des communes réussissaient à atteindre les niveaux de particules fines observés dans les 5 % des communes les moins polluées de la même classe d’urbanisation.

1. DEFINITION
Le Conseil de l’Europe définit la pollution atmosphérique comme suit : « Il y a pollution de l'air lorsque la présence d'une substance étrangère ou une variation importante de la proportion de ses constituants est susceptible de provoquer un effet nuisible, compte tenu des connaissances scientifiques du moment, ou de créer une gêne ».
Voici la liste des principaux polluants de l’air : 
PM10 PM 2.5 : Les particules en suspension (Particules de diamètre inférieur à 10 μm et à 2,5 μm) : Elles proviennent de la combustion de combustibles fossiles (chauffage au bois, voiture, centrale thermique).
NO2 : Le dioxyde de souffre : Il tire sa source de la combustion des fossiles contenant du soufre (voiture, production d’électricité, chauffage domestique…).
NO2 : Le dioxyde d’azote : C’est le polluant majeur de l’atmosphère. Il se forme à partir du monoxyde d’azote qui se dégage de la combustion des combustibles fossiles.
O3 : L’ozone : Il se forme sous l’effet de réactions photochimiques entre les oxydes d’azote et les composés organiques volatiles.
CO : Le monoxyde de carbone : C’est un oxyde de carbone qui se dégage d’une combustion incomplète. Son émanation est accentuée par une mauvaise ventilation. 
COV : Les composés organiques volatiles : Il s’agit de gaz et de vapeurs qui contiennent du carbone (benzène, acétone,  propane…). Ils interviennent dans le processus de formation de l’ozone. 
- HAP : Les hydrocarbures aromatiques polycycliques : Ils sont principalement générés par des processus de combustion incomplète de la matière organique à haute température.
POP : Les polluants organiques persistants : On les retrouve dans les pesticides et lors des combustions à l’air libre de déchets et de la biomasse. Ils sont dits « persistants » car ils résistent aux dégradations biologiques naturelles.

​2. EFFETS SUR LA SANTE
Les principaux polluants ont des effets nocifs sur la santé en contribuant au développement de maladies chroniques telles que des maladies cardiovasculaires, respiratoires ou encore neurologiques et des cancers. Leur impact sur la santé est difficile à appréhender car plusieurs mécanismes entrent en jeu, comme l’interaction entre plusieurs polluants dans l’air qui forme ainsi des polluants secondaires, la sensibilité des individus, et la multifactorialité des maladies pouvant être liées à la pollution de l’air.

Voici quelques effets des polluants sur la santé relevés par le programme de surveillance air et santé mené par l'InVS et publié en 2014 :
Les particules fines :
Ces polluants affectent les organes par différents mécanismes d’actions.
- Les poumons : Inflammation, stress oxydatif, aggravation de la BPCO, augmentation des symptômes respiratoires et dégradation de la fonction pulmonaire.
- Le cerveau : Augmentation de l’ischémie cérébrale, troubles cognitifs et maladies neurodégénératives.
- Le cœur : Altération de la fonction cardiaque, stress oxydatif, tachycardie, troubles de la repolarisation du tissu cardiaque et augmentation de l’ischémie myocardique.
- Le système vasculaire : Athérosclérose, instabilité et accélération de l’évolution des plaques d’athérome, dégradation endothéliale, vasoconstriction et hypertension.
- Le sang : Troubles rhéologiques, augmentation de la coagulabilité, thrombose périphérique et diminution de la saturation en oxygène.
- La reproduction : trouble de la fertilité et augmentation du risque de fausses couches.
- Le développement de l’enfant : Naissance avant terme, faible poids à la naissance.

Le dioxyde de soufre :
L'exposition aiguë au dioxyde de soufre est responsable de troubles respiratoires sévères avec œdème pulmonaire et bronchoconstriction. Une hyperréactivité bronchique non spécifique peut persister longtemps après une exposition aiguë. Les expositions chroniques sont caractérisées par des bronchites et pharyngites chroniques. L'exposition à ce gaz peut également exacerber des affections respiratoires préexistantes.

Le dioxyde d’azote :
Lors d'expositions répétées à de faibles concentrations, on peut observer un emphysème pulmonaire et une sensibilité accrue aux infections respiratoires.

L’ozone :
L’ozone provoque des lésions irritantes des muqueuses respiratoires (bronchopathies, emphysème, fibrose) ainsi que des muqueuses oculaires.

Le monoxyde de carbone :
L'exposition à de fortes concentrations de monoxyde de carbone est rapidement mortelle. Pour des concentrations plus faibles, les effets sont d'abord insidieux évoquant une intoxication alimentaire ou une ébriété pour évoluer vers des troubles neurologiques graves (coma, convulsion). Les expositions répétées peuvent induire des effets neurologiques banals et des effets cardiaques (ischémie myocardique). Le monoxyde de carbone provoque une importante foetotoxicité.

Les composés organiques volatiles :
Ces composés provoquent des irritations cutanées des yeux, des troubles respiratoires, cardiaques et digestifs. Ils entrainent également des troubles du système nerveux et des maux de tête. On leur reconnait des actions cancérogène et mutagène.

Les effets d’une exposition aux polluants atmosphériques à court terme :
On parle d’effets à court terme lors de « manifestations » cliniques, fonctionnelles ou biologiques aigües, survenant après quelques jours ou semaines d’exposition aux polluants. Les effets à court terme se traduisent par :
- Une augmentation de la mortalité́ pour motifs cardiovasculaires.
- Le déclenchement de :
- Symptômes respiratoires et hospitalisations pour maladies respiratoires
- Hospitalisations pour évènements cardiovasculaires aigus : infarctus, troubles du rythme.

Les effets d’une exposition aux polluants atmosphériques à long terme :
Il s’agit de la contribution de la pollution au développement de pathologies chroniques. Les polluants peuvent entrainer une :
- Augmentation et aggravation des maladies cardiovasculaires et respiratoires
- Augmentation des cancers 
- Diminution significative de l'espérance de vie.

3.  DIAGNOSTIC
Souvent, les tests ne permettent pas de distinguer une maladie associée à la pollution de l’air de celle d’autres maladies pulmonaires. Le diagnostic peut devenir plus évident lorsque de nombreux professionnels d’un même corps de métier et soumis à des expositions similaires développent le même trouble pulmonaire.
Le médecin établit son diagnostic d’après plusieurs critères : 
- La présence de symptômes : asthme, essoufflement, céphalées, irritations des muqueuses…
- Un test de la fonction pulmonaire : il s’agit d’un examen de l’appareil respiratoire, des mesures du souffle en période de travail et de repos, des tests allergologiques, des tests mettant en évidence une hyperexcitabilité des bronches. En milieu hospitalier, une exposition aux substances présumées responsables des signes d’asthme, peut parfois être proposée pour établir le diagnostic de manière formelle.
- L’exposition du patient à des concentrations élevées de polluants connus dans l’air, dans son milieu professionnel et à son domicile. Chez les sujets présentant de l’asthme ou une maladie pulmonaire obstructive chronique, le médecin déterminera par interrogatoire si les symptômes s’aggravent lorsqu’ils sont exposés à la pollution atmosphérique.

4. TRAITEMENT
Le traitement vise à soulager les symptômes mais il faudra avant tout éloigner le sujet de la source de pollution. 
Certains médicaments intervenant dans le traitement de l’asthme peuvent être prescrits. C’est le cas des bronchodilatateurs.
Si les symptômes sont sévères, le patient peut avoir besoin d’un supplément d’oxygène ou d’un respirateur mécanique.

5. CONSEILS AU COMPTOIR
En termes de prévention, des masques dits « anti-pollution » sont disponibles en pharmacie. L’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a publié en mai 2018 son rapport concernant l’utilisation et les bénéfices de ces dispositifs. Au final, les experts ont jugé que les études réalisées étaient insuffisantes pour conclure sur un bénéfice potentiel du port de masque, en conditions réelles d’utilisation par la population générale. Considérant l’insuffisance des données évaluant le bénéfice potentiel du port de masques, en l’état actuel des connaissances, le port de tels dispositifs n’est pas recommandé. Selon les experts, la principale mesure de prévention consiste à réduire ou limiter les expositions aux polluants.
Ainsi, lors d’épisodes de fortes pollutions, le pharmacien veillera à rappeler quelques recommandations essentielles, particulièrement à l’attention des populations vulnérables et sensibles :
- Éviter les activités physiques et sportives intenses, en plein air ou à l’intérieur.
- Consulter son médecin en cas de gêne respiratoire ou cardiaque inhabituelle. 
- Prendre conseil auprès de son médecin pour adapter son traitement contre l’asthme, l’allergie ou l’essoufflement si besoin.
- Privilégier des sorties plus courtes.
- Éviter de sortir en début de matinée, en fin de journée et aux abords des grands axes routiers.
- Reporter les activités qui demandent plus d’effort.
Le pharmacien conseillera également à l’ensemble de la patientèle de réduire ou de reporter les activités physiques et sportives intenses en plein air ou en intérieur, jusqu’à la fin de l’épisode de forte pollution si des symptômes ou une gêne inhabituelle apparaissent (fatigue inhabituelle, mal de gorge, nez bouché, toux, essoufflement, sifflements, palpitations).

Afin d’anticiper les épisodes de forte pollution et d’adopter les gestes préventifs appropriés, le pharmacien peut aussi orienter sa patientèle vers la plate-forme nationale de prévision de la qualité de l’air PREV’AIR, composante du dispositif français de surveillance et de gestion de la qualité de l’air (http://www2.prevair.org/). Ce système mis en place en 2003 diffuse quotidiennement des prévisions et des cartographies de la qualité de l'air à différentes échelles spatiales via son site internet.

6. SITES WEB
Association Nationale pour la Prévention et l'Amélioration de la Qualité de l'Air : http://www.respire-asso.org/effets-sur-la-sante/ 
 
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