La tête et les jambes

Depuis plusieurs mois maintenant, un an même (mais on a dû s'y habituer !), nous avons sur mon secteur des problèmes de distribution de courriers parfois très pénalisants. Nous nous sommes plaints, les élus se sont plaints... C'est mieux mais loin de la régularité.
En prenant un café avec mon facteur (qui l’accepte de moins en moins car il doit passer 30 secondes - peut-être même 20, ça m'avait paru dingue ! - par boîte à lettres trajet inclus), j'ai compris que la direction (donc des gens assis à un bureau à Paris j'imagine, qui eux ont une machine à café à disposition) avait revu et réorganisé toutes les tournées et qu'elles avaient été augmentées et conçues n'importe comment. J'aime bien discuter avec mon facteur. Il a une licence de biochimie et on parle de plein de trucs. Et il est très modéré dans tout. Donc quand il me dit qu'il n'a pas le temps de faire correctement sa tournée, je le crois bien volontiers.
Et je me dis mais quel est ce fossé entre des gens qui regardent un plan et qui ne tiennent même pas compte d'une côte, d'une difficulté de stationnement, de multiples portes à ouvrir... et ceux qui marchent, roulent, pédalent sur le terrain.
Et puis récemment je me suis dit qu’on n’était pas mieux lotis.
En matière de créations, transferts et regroupements, Ordre et syndicat ont un avis consultatif. C'est à dire que même si je mets en police 18, en gras, et souligné qu'un transfert ne doit pas être accepté parce qu'il y a abandon de population, aucun service supplémentaire rendu dans le local d'accueil et mise en danger des confrères proches, l'ARS fera ce qu'elle voudra. Elle ne fait que consulter. Et bien souvent nous parlons d'une même voix avec nos confrères ordinaux (je n'ai pas souvenir que nos avis aient jamais divergé d'ailleurs), donc on pense que l'ARS va mieux nous entendre ! Non. Rien.
Récemment elle a refusé des demandes de regroupements (j'en ai deux en tête) sous prétexte d'abandon de patientèle. Résultat : la licence est rendue puisque de toute façon le pharmacien qui demandait le regroupement était dans l'impossibilité de continuer à exercer seul.
Donc double effet kiss cool : abandon de patientèle + confrère(s) en très grande difficulté.
On ne règlera pas le problème des fermetures d'officines en refusant les regroupements, chaque cas est particulier, mais la plupart des cas aboutit de toute façon à la fermeture pure et simple d'une des officines souhaitant le regroupement.
Je ne résiste pas au plaisir grincheux de vous raconter une demande de transfert déposée en avril 2018, transfert tout à fait inopportun, Ordre et syndicat avaient donné un avis défavorable avec une argumentation fournie, l'ARS nous avait suivis et refusé ce transfert.
Un an plus tard, la demande est à nouveau déposée et quelle ne fut pas notre surprise en découvrant que l'ARS avait validé ce transfert alors qu'aucun changement dans le dossier n'avait eu lieu entre temps ! Entre autre qu'un patient doit toujours autant marcher entre l'ancien et le nouveau local...

Décidément donc, il y a dans chaque secteur d'activité la tête à son bureau, et les jambes de ceux qui doivent appliquer des décisions difficiles à comprendre...

Delphine Chadoutaud, pharmacien titulaire à Orsay (91)
Commentaire
Marion GR
15/09/2019
Et pour plus d’info voir le reportage du 13h sur la 2 : enquête sur la détresse des facteurs !!! Toujours au top de l’actualité Delphine ;-))
Marion GR
12/09/2019
Et pour plus d’info voir le reportage du 13h sur la 2 : enquête sur la détresse des facteurs !!! Toujours au top de l’actualité Delphine ;-))
Jean-Philippe THIL
12/09/2019
Merci :)
maignan
12/09/2019
Dès la création des ARS, j'ai compris que les politiques avaient choisi de s'abriter derrière des fonctionnaires "protégés par leur statut" irresponsables et intouchables. C'est que ces histoires de Santé purement locales, ça peut devenir passionnel et vous faire perdre votre réelection, n'est ce pas. Donc, quand le village n'est pas content de perdre sa pharmacie, il est bien pratique le couplet "j'peux rien faire mon pov' monsieur le Maire, c'est l 'ARS". C'est sciemment que les politiques ont empéché que les élus soient présents dans ce domaine.
Marie-Odile MARCHAL
11/09/2019
Rien ne dit qu'Ordre et syndicat n'en ont pas tenu compte, mais eu une interprétation différente de l'ARS.
GG
11/09/2019
Il est très difficile de parler des transferts et des fusions de licences sans connaitre personnellement la situation. Néanmoins il y a un code de la santé publique à respecter, des lois et des interprétations des lois. La seule notion qui porte à discussion c'est la fameuse phrase "abandon de clientèle au départ et nouvelle clientèle à l'arrivée". Là on est dans le subjectif et le relationnel avec des protagonistes qui sont parfois "juges et partis" tout cela non pas dans un cadre de service de santé mais de "concurrence commerciale de santé"..... ce qui explique encore le nombre de conflits juridiques, néanmoins les regroupements sont un des paramètres de la survie professionnelle.
alindust
11/09/2019
Marre de la Poste ! Moi, je ne suis donc pas prêt à boire un café avec mon facteur.... quasiment invisible d'ailleurs ! La Poste, la SNCF.... nos soit disant "grands services publics" battent de l'aile depuis déjà belle lurette.
Bernusset Jacques
11/09/2019
J'aimerai assister à une discussion entre un facteur modéré et une Delphine modérée. Merci pour tout ce que vous faites, mon épouse fait de même au Syndicat du Vaucluse. Elle revient d’un repas avec le Préfet, elle lui a peut-être parlé des ARS. Mais non suis bête le repas était sous l’égide des FCE. Jacques Bernusset à Avignon.
Folco Jean-Patrice
11/09/2019
Si aucun changement dans le dossier n'est intervenu, ce n'est pas le cas de loi qui a changé en janvier 2018 avec des décrets d'application publié le 31 juillet 2018. La décision de l'ARS repose donc sur une appréciation différente des mêmes éléments depuis juillet 2018, ce qu'aurait du faire Ordre et syndicats.
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