"Mon patient va bien !!!!"

C'est un jeune sympa qu'on connait bien, il travaille en face de la pharmacie. Il y a quelques temps il subit des soins dentaires importants et invasifs mais malgré l'antibiothérapie mise en place, une infection traine même après changement de l'antibiotique. Quand il revient le lendemain à la pharmacie pour nous demander ce qu'il peut prendre, il nous décrit des signes inquiétants (essoufflement notamment), un genou qui a doublé de volume et il perle de fièvre. On demande à son employeur de l'emmener sans attendre aux urgences qui nous semblent les plus appropriées car elles sont une référence en cardiologie et on craint une valvulopathie avec septicémie. On se dit qu'ils vont forcément examiner les valves.
Quand il y arrive, il explique que c'est le pharmacien qui l'envoie car il a des signes inquiétants.
« ouais ben le pharmacien il est pas médecin alors il sait rien. Vous êtes sous antibio, on verra rien alors rentrez chez vous et vous verrez demain comment vous êtes ».
Pas d'écho cardiaque.
Le lendemain au réveil, il vomissait et ne sentait plus son bras ; son père l'emmène aux urgences mais d'un autre hôpital (privé).
Il recommence son récit en débutant par « le pharmacien m'a envoyé aux urgences... » et il a la même réflexion en retour de « qu'est-ce qu'il y connait le pharmacien? ».
Sauf que ce praticien a quand même été un peu moins crétin et a vite compris qu'il y avait vraiment danger.
Mon patient est sorti aujourd'hui (après 6 jours d'hospitalisation), son infection a bien baissé mais on ne sait toujours pas qui est et où est la bactérie ; en revanche les valves ont souffert et il y a une fuite (réversible ou non on n'en sait rien) et il fait une NFS tous les 3 jours.
Et le médecin de l'hôpital #2 a appelé les urgences de l'hôpital #1 pour leur hurler dessus tant ils avaient été irresponsables.
Moralité : quand vous envoyez un patient aux urgences, précisez lui bien de ne surtout pas dire que c'est le pharmacien qui l'envoie! Nous sommes à ce point méprisés dans nos compétences que le patient pourrait être mis en danger juste par réaction.
Je suis très sérieuse, pour une fois je ne fais pas de second degré...

Delphine Chadoutaud, pharmacien titulaire à Orsay (91)
Commentaire
Lionel
17/05/2019
On va dire que c'est le bon sens qui prime ... Cela arrive pas souvent (2 fois en 20 ans) ... mais appeler le médecin régulateur du samu directement au sein de l'officine ou par le patient est pour moi la meilleur façon d'agir. Chacun son métier....
Mourgues frederic
24/04/2019
Petite guéguerre ancestrale entre pharmacien et médecin sous font de corporatisme...En temps que pharmacien, au premier abord cette histoire me fait mal. Mais a tête reposée, en temps que citoyen je me rend compte que finalement cette histoire ne met en évidence que l'incompétence de certains individus.(Ici médecin mais je ne me fais aucun doute sur le fait que d'autres histoires peuvent mettre en évidence l'incompétence de certain pharmacien, que d'autres histoires peuvent mettre en évidence l'incompétence de certains infirmiers..etc.. ..etc....) Finalement tout n' est qu'une question de personne. Personnellement je plaide pour l'apaisement des esprits et travaille pour une meilleure collaboration pharmacien/médecin/infirmier avec un seul objectif: l'intérêt des malades.
ledoc84
27/03/2019
Dieu a toujours raison : Qui sommes nous, pauvres inconscients d’apothicaires, pour oser demander en toute humilité, avec tous le respect du au rang de Dieu, en baissant les yeux devant tant de sagesse et de luminescence, effrontés que nous sommes, outrecuidants par tellement d'ignorance , vils manants de pseudo scientifiques, ... , qui sommes nous pour oser demander à sa toute puissance d'examiner un patient dont notre peu de savoir jugerait qu'il pourrait être vu en urgence par Dieu. Non, vraiment, qui sommes nous pour cela ! Et, là,ce n'est malheureusement toujours pas du second degré Delphine !
Enderle Christophe
26/03/2019
C'est tellement vrai cette situation ! C'est un peu mieux avec les jeunes médecins et encore il ne faut pas trop les brusquer...
ylm
26/03/2019
Nous avons tous vécus cela, c'est carabiné : c'est le syndrome du carabin ! Lorsque je travaillais à la pharmacie d'un CHRU, un médecin interniste m'avait sorti "toi, tu fais un travail de magasinier" ... Jeune dans la profession, je lui avait expliqué des interventions dans des services qui avaient fait appel à mes connaissances en pharmacologie. Actuellement, je crois que je ne répondrais même pas... Dans les métiers complexes, dans des pratiques complexes, l'humilité est une vertu cardinale.
Rabelle Alain
26/03/2019
Malheureusement je ne suis pas étonné par cette histoire...!!! Il y a encore beaucoup de travail pour redorer l'image des officinaux chez les médecins et...énormément pour améliorer la formation des médecins ..! Amicalement vôtre. Alain Rabelle
daudre francois
26/03/2019
De la même veine que l'appauvrissement de la qualité des soins si le droit de prescrition était donné aux pharmaciens "dixit un médecin sur RTL" ! Nous voyons toute la considération d'une profession envers une autre alors que nous devrions travailler la main dans la main dans l'intéret du patient.
lionel
26/03/2019
Ne vous inquiétez pas, c'est malheureusement partout pareil...Personnellement, je dis à mes patients lorsque je les oriente d'expliquer que leur voisin, cousin, copain etc...a eu les mêmes symptômes surtout ne pas dire que c'est moi qui les envoie, et, comme par hasard, la prise en charge est immédiate : ça marche à tous les coups.
FD
26/03/2019
C'est étonnant...quand on écoute les pharmaciens hospitaliers, il semble que la collaboration médecin/pharmacien n'en soit pas à un tel point de mépris ! Serait-ce réservé à l'image du pharmacien d'officine ...? Quoiqu'il en soit, c'est affligeant si cela traduit une attitude du médecin qui tend à se généraliser !
LOCHER François
26/03/2019
Dans les commentaires du milieu médical sur la "prescription encadrée' le monde médical y va allégrement sur l'incompétence des pharmaciens citant çà et là des problèmes rencontrés. Pas sûr qu'on avance avec une telle opposition marquée au sceau de la méfiance et du rejet.
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