Biomédicaments : des patients s’opposent aux pharmaciens

Dans son projet de financement de la Sécurité sociale, présenté le 20 octobre, le ministère de la Santé veut supprimer une loi de 2014 qui autorise les pharmaciens à remplacer les biomédicaments par les biosimilaires, 25 à 40 % moins chers. La perspective de l’annulation de ce texte entraîne une forte mobilisation des pharmaciens. De leur côté, quinze associations de patients tiendront une conférence de presse ce lundi même. Parmi elles : l'Association nationale de défense contre l'arthrite rhumatoïde (Andar), Europa Donna France (contre le cancer du sein), France Psoriasis, la Ligue française contre la sclérose en plaques, pour lesquelles « Cela doit rester le rôle du médecin ». Quant au ministère, il résume ainsi sa position « Ce n'est pas que l'on s'oppose à ce texte, mais on le supprime parce qu'il est flou et mal construit. On préfère d'abord concerter tous les acteurs, patients, pharmaciens sur ce sujet ». La crainte des associations de patients de voir les pharmaciens substituer les « copies » aux médicaments originaux repose sur la crainte que, sans connaissance du dossier médical des malades, cela mette en danger leur santé déjà fragile. De nombreuses réactions sont exprimées dans cet article du Parisien. « On propose un biosimilaire aux patients que l'on connaît bien, qui acceptent et dont la pathologie est contrôlée », réagit Thierry Thomas Schaeverbeke, chef du service de rhumatologue du CHU de Bordeaux. « Dans 10 à 20 % des cas, ils demandent à revenir à l'ancien traitement. On respecte alors leur choix », explique-t-il encore, inquiet que cette décision puisse revenir aux pharmaciens. « Actuellement, ils exercent une vraie pression », constate-il, précisant qu'il s’agit d’agir dans l’intérêt du patient et non de mener une croisade anti-pharmaciens. Dans certains cas, interchanger avec un médicament similaire peut même entraîner des infections. « Que feront les malades si un effet indésirable survient ? » s'inquiète Sonia Tropé, directrice de l'association Andar contre la polyarthrite rhumatoïde. Autre conséquence, le remplacement trop fréquent de traitement n'est pas recommandé. Or pour un biomédicament, il existe parfois cinq, huit jusqu'à dix produits similaires. « L'énorme risque, c'est de changer tous les trois mois de traitement en fonction de ce que le pharmacien, d'une officine a l'autre, a dans son frigidaire ! Même si les différences entre les produits sont minimes, elles existent. Il n'y a pas d'étude sur ces conséquences », renchérit Dominique Debiais, vice-présidente d'Europa Donna France, pour le cancer et ancienne pharmacienne. « On ne veut pas servir de cobaye », prévient-elle, pointant du doigt l'intérêt financier des blouses blanches. « Dès qu'ils substituent un traitement, ils touchent de l'argent de l'assurance maladie ».
L'ordre des pharmaciens n'a pas souhaité répondre aux questions du Parisien.  « Le médicament, c'est la spécialité du pharmacien ! » défend Gilles Bonnefond, président du syndicat USPO. « Pourquoi on nous refuse ce droit ? Quel est l'argument scientifique ? »
« On comprend que les patients ne veulent pas changer un traitement qui marche », réagit Daniel Roederer, directeur des opérations Biogaran, qui commercialise des biosimilaires. « Mais il faut faire confiance aux pharmaciens, ce sont eux des experts ! »

Source : Le Parisien 06/10/2019
Commentaire
JPM
09/10/2019
@alindust Mon post n'est pas une réponse au vôtre... Simplement une réflexion personnelle sur l'article paru dans Le Parisien. Réflexion que j'ai déjà exposée depuis nombre d'années dans les commentaires sur Celtipharm, DE LA MERCANTILISATION ÉHONTÉE DE NOTRE PROFESSION.
TB
08/10/2019
Effectivement le texte autorisant la substitution bio similaire est imparfait et n’a jamais reçu son décret en Conseil d’Etat. Il faut donc le supprimer. Cependant l’agitation des chiffons rouges et des bonnets de sorcières autour de la substitution par les pharmaciens est d’un autre temps, tellement révolu ! Une très bonne étude faite en Norvège, NOR-Switch, prouve qu’il n’y a aucune différence et qu’il n’y a aucun risque ! Mais avons-nous les moyens de payer 30 ou 40% de plus sans preuve ? Où sont les accidents de la substitution génériques ? Mais il y a 20 ans la peur des médecins annonçait des catastrophes par milliers... Faire peur est facile et assez lache. Innover est courageux. Sans innovation aucun médicament biologique n’existerait et leurs bienfaits pour les patients seraient encore du rêve. Regardons en avant !
alindust
08/10/2019
Ok mais mes 2 remarques restent, je le crois, pertinentes : - j'évoque biodisponibilité et vous parlez de biochimie...nuance ! - et repose la question : l'officinal "expert" devra alors assumer la coresponsabilité de son acte, le cas échéant délétère....bon courage !
JPM
08/10/2019
... « MAIS IL FAUT FAIRE CONFIANCE AUX PHARMACIENS, CE SONT EUX LES EXPERTS ! » .... Nous sommes sur ce point ni plus ni moins bien informés que les toubibs. Nous lisons la composition : principes actifs et adjuvants et cela nous parle de toute évidence sans problème. De là à faire passer le message au patient qui n'aura pas les notions biochimiques requises, voilà le problème. Dans ce cas le médecin ne sera pas plus avancé, voire moins. Certains d'entre nous ont véhiculé un désastreuse image de mercantiles peu scrupuleux vendant et cautionnant des placebos merdiques soutenus par des campagnes de pubs éhontées. ALORS DIFFICILE DE SE REFAIRE UNE VIRGINITÉ SCIENTIFIQUE CRÉDIBLE !...
alindust
07/10/2019
En matière de substitution de molécules organiques "simples" par leur équivalent générique, il a déjà été observé qu'il fallait rester parfois prudent pour certaines classes thérapeutiques (anticoagulants...) ; les biodisponibilités ne sont parfois que relatives, voire théoriques. Je reste en conséquence d'autant plus réservé concernant la substitution de biomédicaments par leur similaire, en particulier hormones et autres à marge thérapeutique faible. Je soutiens donc les arguments des détracteurs....l'argument "expertise" restant de fait très relatif ! (en quoi le délivreur peut-il se prévaloir d'expertise s'agissant en principe d'une même molécule ?...se qualifiant d'expert, souhaite-t-il alors vraiment partager la responsabilité du prescripteur dans les cas où le patient présentera des graves désordres métaboliques difficiles à réguler ?).
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