Au procès du Mediator, la « tornade » Gilles Bardelay

Le fondateur de la revue médicale indépendante « Prescrire », médecin généraliste à la retraite de 72 ans, avait beaucoup à dire lors de son témoignage au procès du Mediator le 9 octobre. Il soulignait l’inutilité du médicament depuis 1977 et de nombreux écrits ont été publiés dans la revue médicale Prescrire, fondée en 1981. « C’est en lisant un article de ce mensuel sans publicité, financé uniquement par ses 30 000 abonnés, qu’Irène Frachon a commencé à faire un lien, en 2007, entre Mediator et maladies mortelles » relate l’article du Monde sur le sujet.
En 1975, six ans avant Prescrire, et un an avant la mise sur le marché du Mediator, Gilles Bardelay avait lancé la revue Pratiques, dont l’objet était déjà de passer en revue les nouveaux médicaments arrivant en pharmacie. Le Mediator avait déjà eu sa place, en février 1977, dans la rubrique intitulée « Sur la sellette ». A l’appui, les lignes de la revue projetée sur grand écran : « Les antidiabétiques oraux [c’est ainsi que le Mediator était présenté] sont prescrits en grande quantité depuis vingt ans, ils font régulièrement baisser la glycémie, mais il semble de plus en plus probable qu’en fin de compte, ils augmentent la mortalité des diabétiques par maladie cardiovasculaire. Alors, pour Mediator, on n’est pas pressé… On attendra encore quelques années... Mais dans quelques années, quand on commencera à savoir un petit bout de la vérité, ça en fera déjà, des millions de boîtes de Mediator vendues ! ». La « méthode Servier » est ensuite remise en cause. Le Mediator, catalogué anorexigène par l’OMS, sera ainsi présenté au moment de sa mise sur le marché comme un antidiabétique par Servier, ce qui lui permettra de rester sur le marché lorsque les anorexigènes en seront retirés dans les années 1990. Mais « Un laboratoire n’est jamais fautif tout seul », explique l’ancien généraliste, qui dénonce également « la cécité des autorités de contrôle du médicament ». Les médecins ne sont pas épargnés non plus : « Toute personne qui voulait vraiment savoir ce qu’était le Mediator le pouvait dès 1977. Les médecins qui n’ont pas assez de recul sur eux-mêmes méritent des coups de pied au cul ».
Lorsqu’à l’interrogatoire des avocats de Servier Me Christian Saint-Palais envoie « Être indépendant, ça ne veut pas dire être neutre. Peut-on rester indépendant en étant institutionnel ? », rappelant que Prescrire a été financé par l’Etat dans ses premières années. « Personne n’est neutre », rétorque Gilles Bardelay. « On choisit son camp. On choisit l’intérêt du malade ou l’intérêt exclusif du laboratoire. Je n’ai jamais été neutre. Je suis du côté de la qualité des soins ». A la question de Me François de Castro : « Saviez-vous qu’une enquête de pharmacovigilance a été lancée par les laboratoires Servier en 1995, et étendue jusqu’à la fin de la commercialisation du médicament en 2009 ? » Réponse : « Mais combien de gens sont morts pendant ce temps ? Le système de M. Servier, c’était de rester jusqu’au bout, jusqu’au bout, jusqu’au bout sur le marché. Vous me dites : “Il y a eu des études.” Je vous dis : “Des gens sont morts” ». Après plus de quatre heures à la barre et au « Merci d’être venu des Ardennes », de la présidente, Gilles Bardelay répond « Bon courage ! ». La tornade est passée, commente le Monde.

Source : Le Monde 29/10/2019
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