L’accès aux antidotes des opioïdes reste trop compliqué

Selon le Pr Nicolas Authier de l’Observatoire français des médicaments antalgiques (Ofma). « Entre 2000 et 2015, les décès par overdoses d’opioïdes médicaments (hors héroïne et méthadone) sont passés de 75 à 200 » et « c’est probablement une sous-estimation ». Quand une douleur s’exacerbe, le patient peut multiplier les prises et provoquer un surdosage sans pour autant qu’il y ait addiction, prévient-il. 
Des kits d’antidote prêts à l’emploi pour stopper l’overdose en attendant l’arrivée des secours sont actuellement commercialisés en France : une forme injectable en intramusculaire, le Prenoxad depuis mai 2019, et un spray nasal, le Nalscue (35€ environ) depuis 2018. Ce dernier, non remboursé faute d’accord avec les pouvoirs publics, se trouve seulement dans les hôpitaux et des centres d’accueil et de soins spécialisés dans les addictions (CSAPA et CAARUD). Les pharmacies peuvent en revanche délivrer le Prenoxad (23€), remboursé à 65% sur prescription, avec ou sans ordonnance. 
France Patients Experts Addictions réclame notamment, outre une large accessibilité de l’antidote, un remboursement à 100% sur ordonnance et la diffusion en pharmacie de sprays à des prix accessibles et des distributions gratuites là où c’est nécessaire. 
« D’après un testing réalisé avec une association d’usagers de drogues, l’antidote n’était présent que dans une pharmacie sur quarante et les deux tiers des pharmacies ne connaissaient pas ce produit » relève le professeur Michel Reynaud, président du Fonds actions addictions qui juge « la procédure trop compliquée ». Les pharmaciens doivent commander le produit injectable directement au laboratoire, car il n’est pas référencé par les grossistes. 
Pour ce spécialiste, une mobilisation et une formation des professionnels (médecins, pharmaciens...) mais aussi des consommateurs, y compris ceux qui prennent des opioïdes contre le mal au dos et d’autres douleurs chroniques, et leurs proches, est nécessaire pour éviter les décès au-delà d’un plan de lutte contre les overdoses. 
Albert Caporossi, patient-expert et vice-président de la FPEA, défend l’idée de doter les services de secours (police, gendarmerie, pompiers) du spray et souhaite qu’« un accord intervienne vite sur le prix des trois nouveaux sprays », qui remplaceront le Nalscue dont l’arrêt de la commercialisation en France a été annoncé pour 2020.
12 millions de Français recouraient chaque année à une ordonnance remboursée d’un opioïde, le tramadol se trouvant au premier plan en termes d’overdose et de décès par overdose. 

Source : AFP 02/09/2019
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