Polémique autour de la vente de médicaments en grande surface

Alors que le Sénat a entamé lundi 3 juin l’examen du projet de loi santé, Challenges revient sur un amendement (n°671) initialement déposé le 28 mai par Christine Lavarde, sénatrice LR des Hauts-de-Seine qui défend la vente de médicaments sans prescription en grande surface, projet porté depuis des années par Michel-Edouard Leclerc. 
Elle propose une expérimentation de trois ans avant une éventuelle généralisation de cette mesure. Le gouvernement souhaite développer la vente en ligne de médicament alors pourquoi ne pas autoriser la vente au détail de ces médicaments dans les grandes surfaces, d’autant plus que « l’achat en ligne pose un problème écologique, tandis que multiplier les points de vente physiques réduirait l’impact carbone de ces médicaments » défend la sénatrice. Soutenue par une quinzaine de sénateurs qui ont cosigné son amendement, Christine Lavarde rappelle par ailleurs que, comme la cour des comptes en 2017, l’Autorité de la concurrence elle-même s’est prononcée en faveur d’un desserrement du monopole pharmaceutique pour faire baisser les prix de certains produits de santé et améliorer leur accès. Le dernier Observatoire publié par Familles rurales montre également que les prix des médicaments en « libre accès » ont bondi en 10 ans. Le « panier » des médicaments les plus utilisés par les familles a ainsi grimpé de 9% avec certaines hausses record (exemples Nurofen +25% en 8 ans, Strepsils +19%, Maalox +12%). 
Les syndicats de la profession ne croient absolument pas aux chances de ce nouvel amendement mais défendent leurs positions. « Les méthodes de ces études sont contestables », s’agace Gilles Bonnefond, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO). « Les associations de consommateurs ne prennent dans leurs relevés de prix que des produits de marque qui sont les plus chers, car les fabricants dépensent beaucoup en marketing et publicité ! ».  En avril, la Fédération des pharmaciens d’officine (FSPF) avait démonté les conclusions de l’observatoire de Familles rurales : « La FSPF tient à rappeler qu’entre 2010 et 2018, l’inflation a progressé de 10,5 %. Au cours de cette période, le taux de la TVA appliqué à ces médicaments est passé de 5,5 à 7 %, puis à 10 %. En 10 ans, la TVA a donc augmenté de plus de 80 % ». Dans les faits et suivant les sources de la profession s’appuyant sur un panel de 14.000 pharmacies, les prix de vente du panel de médicaments choisis par l’association n’avaient augmenté « que de 6% ». 
Pour Gilles Bonnefond « Les associations pointent toutes les écarts de prix, qui pourraient passer du simple au double, voire au triple, selon les pharmacies. Cela ne montre-t-il pas que la concurrence fonctionne ? ». Le président de l’USPO juge par ailleurs « fallacieux et opportuniste » le raisonnement sur l'écologie de Christine Lavarde. « Pourquoi ne pas tout simplement supprimer Internet alors, au nom de l’empreinte carbone ? Et pourquoi envoyer les clients chez Leclerc plutôt que dans les pharmacies ? » lance-t-il. « Surtout qu’il y a encore en France au moins autant de pharmacies que de supermarchés ! ».
Si selon les syndicats, l’arrivée de la grande distribution sur leurs plates-bandes menace le réseau officinal, pour Christine Lavarde « Cette mesure n’aurait pas d’impact sur le maillage des officines. La profession de pharmacien sera préservée car nous prévoyons que chaque parapharmacie dans les centres commerciaux soit encadrée par un docteur en pharmacie, pour le conseil. Il y aura toujours besoin de pharmaciens ! ». Les officines craindraient donc surtout pour leur rentabilité, ce que réfute la FSPF qui a lancé une pétition pour alerter contre les dangers de la vente de médicaments en grande surface qui « conduirait à une dégradation du niveau de santé publique ».

Source : Challenges 04/06/2019
Commentaire
DOULEUR
07/06/2019
Sauf erreur de ma part, en son temps, DI-ANTALVIC fut retiré du marché Européen parce qu'il était en OTC dans certain pays, son usage non contrôlé et les abus ont conduit à des alertes sanitaires ... Si on ne contrôle pas l'usage, où irons nous ? Le MEDICAMENT n'est pas un produit comme les autres !
G. GUIL
06/06/2019
MAIS QUI A PEUR DES GMS ? LES PHARMACIES DE LEURS GALERIES OU LES PHARMACIES RURALES ET D'AILLEURS? LES MEMES DEMANDENT L'ASSOUPLISSEMENT DE LA VENTE PAR INTERNET, POURQUOI? POUR ACHEVER LA PHARMACIE DE PROXIMITE EN L'AYANT DEJA MISE A MAL PAR LEURS PRATIQUES DISCOUNT. PARADOXALEMENT, JE SUIS CONVAINCU QUE LA VENTE DE L'OTC EN GMS SAUVERA LA PHARMACIE DE PROXIMITE.
ledoc84
06/06/2019
C'est quand les municipales ?? Sinon, on est d'accord, mais il faut qu'il y ait la présence d'un pharmacien à toutes les heures d'ouverture et payé uniquement par la rentabilité du coin pharmacie et parapharmacie !
Benoît Le Pan
05/06/2019
Qui finance Mme Lavarde et les autres sénateurs ? SVP publiez les prix européens des médicaments conseil.
Phil57
05/06/2019
Au moins je sais pour qui je ne voterai pas au prochaine élection, LR c'est encore un parti politique ?
patin jean marc
05/06/2019
Je ne dit pas que j'ai une mémoire d'éléphant mais ma modeste mémoire de pharmacien me suffira lors des prochaines élections.... Christine lavarde et son parti lr (mal parti...) ne feront pas l'objet d'une grande attention de ma part...
maignan
05/06/2019
Puisqu'il y aurait, nous dit Mme Lagarde, un (ou 2) docteur en pharmacie pendant toutes les heures d'ouverture, il faudrait qu'il (ou plutot ils ,avec 50 h d'ouverture) se payent uniquement avec ce qui est vendu en para, puisque le c a des ordo. sera légalement inexistant. Et je crois qu'alors les prix bas… ne seront pas si bas que ça, avec des frais fixes salariaux comme ça ... Et si la pharmacie de la galerie marchande déclanche la gueguerre des prix cassé...
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