Les premiers pas disparates du service sanitaire

Créé en juin 2018 pour une mise en œuvre à la rentrée suivante, le service sanitaire s’est d’emblée présenté comme un défi. L’idée d’enrôler 47 000 étudiants en santé dans des actions de prévention au sein d’établissements scolaires ou de maisons de retraite n’a pas été simple à mettre en place. « Confier la promotion de comportements favorables à la santé à des stagiaires suppose de les former solidement et de les accompagner sur le terrain » souligne Christine Ferron, de la Fédération nationale d’éducation et de promotion à la santé. « Cela ne peut se faire à moyens financiers constants ».
Les programmes de prévention sont allés de la prévention du tabagisme et des conduites addictives à l’éducation sexuelle ou à la promotion de l’activité physique. À Grenoble, 400 futurs pharmaciens, médecins, kinésithérapeutes et sages-femmes ont été formés à «Unplugged», un protocole de prévention des addictions validé scientifiquement. Ils ont reçu 20 heures d’enseignement théorique sur l’éducation à la santé, l’hygiène de vie, les addictions, la santé psychique ou la vaccination. Ils ont ensuite appris, par petits groupes, à porter un message de prévention et passé 8 heures en moyenne face aux élèves dans les classes. À Lille, un programme de prévention du suicide a permis de repérer plusieurs jeunes en difficultés psychiques. À Paris, une vingtaine d’étudiants en médecine et soins infirmiers ont travaillé avec la Ligue contre le cancer pour apprendre à vulgariser des connaissances scientifiques et pratiquer « l’écoute active » à appliquer dans des actions de sensibilisation. En début d’année, la plupart des étudiants avaient exprimé leur réticence, ou leur crainte face à cette nouvelle responsabilité. Si a posteriori, l’expérience leur semble très positive, les résultats de ces actions demandent à être évalués sérieusement, une intervention mal conduite pouvant générer des effets contre-productifs. Les premiers résultats d’une étude menée à Bordeaux pour évaluer la qualité des interventions dans le département relèvent des actions ponctuelles (parfois deux heures seulement), basées sur des connaissances et non du savoir-faire, à partir de données piochées sur Internet auprès de sources non fiables ainsi qu’un manque d’encadrement. À ce jour, le ministère de la Santé ne connait pas le nombre d’étudiants engagés dans le service sanitaire et le programme devra se professionnaliser pour répondre durablement aux nombreux besoins de prévention.

Source : Le Figaro Santé 09/06/2019
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