La e-santé au secours des addictions

Dans un rapport dévoilé le 14 mai, la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) propose un plan d’amélioration de la prise en charge des patients s'appuyant notamment sur des applis, réseaux sociaux d'entraide et téléconsultations.
Le développement de ces nouveaux outils de santé devrait contribuer à réduire « le fossé majeur entre le nombre de personnes atteintes d'addictions et le nombre de patients traités », a confié à l'AFP le Pr Michel Reynaud, co-auteur du rapport.
En France, on compte 13 millions de fumeurs quotidiens de tabac, 700.000 de cannabis, un million d'alcoolodépendants et trois millions de buveurs problématiques. 20% au mieux des patients souffrant d'addictions sont traités avec un recours aux soins trop tardif. Le dispositif de soins est insuffisant pour ces pathologies souvent perçues comme honteuses. 
Les auteurs du rapport proposent un « plan » en quatre niveaux de déploiement. Ce plan va de l'échange entre usagers et patients, vers le repérage, l'orientation et la prise en charge brève des usagers à risque avec du « télé-conseil » voire du « télé-soin » par des psychologues, des infirmières, des éducateurs ou des patients « patients-experts », tous formés, jusqu’à la prise en charge médicalisée (téléconsultation, applis, objets connectés...).
En Ecosse, les données territoriales permettent déjà de savoir combien de patients reçus aux urgences pour des troubles de l'alcool ont reçu l'aide adéquate et adapter les moyens. Le développement de la e-santé (applis, objets connectés, plateformes téléphoniques, etc.) doit garantir la sécurité et la protection des données des patients. Selon une étude parue en avril 2019 dans la revue Jama, sur 36 applis pour l'arrêt du tabac et la dépression les plus utilisées, 29 transmettaient des données personnelles à Google et Facebook pour la publicité et le marketing, sans en informer dans environ la moitié des cas les utilisateurs.
Aux Etats-Unis, deux applis ont été validées. Ajoutée au traitement usuel, A-Chess a permis une réduction de 57% des rechutes chez des alcoolodépendants. L'appli reSET, prescrite et remboursable, qui comprend des groupes de support mais aussi des textes et vidéos, a donné des résultats comparables. 
Pour les addictions sévères, les auteurs du rapport plaident aussi pour la création d'une affection de longue durée (ALD). Cette prise en charge à 100% concernerait, en France, environ 500.000 personnes souffrants d'alcoolodépendances graves alors qu'actuellement l'ALD n'est reconnue qu'au stade des complications comme la cirrhose. Le rapport préconise encore de financer des associations de patients pour accéder à la formation de « patients-experts », et d'accorder une "tarification incitative" pour développer les téléconsultations.
 
Source : Sciences et Avenir 14/05/2019
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