Pour ou contre les tests prescrits par les pharmaciens

Un amendement au Plan Santé du gouvernement prévoit la possibilité pour les pharmaciens de prescrire des tests permettant de déceler des maladies bénignes (angines, cystites). Si les médecins semblent être contre, tous les pharmaciens ne sont pas complètement pour.
Pour les pharmaciens, le grand avantage est de pouvoir répondre à un problème quand il n’y a pas de médecin généraliste disponible témoigne le professionnel de la pharmacie centrale de Breteuil (Eure). Pour lui, cela redore aussi l’image de la profession et permet aux pharmaciens d’avoir de nouvelles responsabilités. Néanmoins, le pharmacien se pose en profession complémentaire aux médecins, non en opposant. Les deux professions doivent travailler ensemble et la loi ne peut pas se faire sans que les professionnels de santé soient consultés ce qui semble être le cas pour l’instant.
A La Neuve-Lyre (Eure), David Clouard, pharmacien, est pour cette réforme mais reste néanmoins prudent « on ne sait pas ce qu’ils veulent faire, ni comment cela sera mis en place. C’est encore flou, ce n’est pas carré. Je comprends la crainte des médecins », car le traitement sera délivré sans passer par le médecin traitant. Pour David Clouard, il y a un manque de consultation évident sur le dossier « ils consultent les syndicats, mais ce n’est pas tout le monde ». Il faudrait peut-être, suite à la délivrance du médicament « appeler le médecin par téléphone », en complément, « est-ce que la seule parole du patient suffit ? ». Le fait de se baser sur les simples dires du patient « c’est trop flou ». 
Côté médecins, le contre semble unanime. Patrick Verdavoine, médecin à Rugles (Eure) : 
« Ce n’est pas la mesure qui est gênante, c’est l’absence de prescription et de formation des pharmaciens, ils sont formés à la pharmacie, pas à la médecine ». Des erreurs pourraient être plus fréquentes en cas de non-diagnostic médical. Pour lui, la réduction de l’acte de diagnostic à un acte de prescription est aberrante et cette mesure relève d’une méconnaissance totale du métier de médecin par les gouvernants. « Je préfère qu’ils mettent l’accent sur les infirmières [plutôt que sur les pharmaciens] », qui ont plus de connaissances en actes médicaux purs comme le contrôle de l’hypertension par exemple. « Quand j’entends mes patients répéter ce que leur pharmacien leur a dit sur leur pathologie, je suis effondré » complète le médecin Ruglois. « On n’a pas le même métier, on a fait dix ans de médecine et eux cinq ans de pharmacie. Je ne vais pas aller découper de la viande même si j’ai étudié un peu la chirurgie ». Le Dr Denis Guitton, exerçant lui aussi à Rugles partage le même avis. « Concernant le test, je ne suis pas forcément favorable ». Le test dira si oui ou non il y a une angine virale, donc où les antibiotiques sont inutiles, « mais s’il y a une autre forme qui justifie un antibiotique, ça passe à l’as [sans acte médical, ndlr] ». Regarder une gorge fait partie de l’acte médical global. Le patient a -t-il les mains moites, des sueurs… ? « Ça peut être dangereux de dissocier une prise en charge du patient et l’acte technique. Avec ce test, on banalise un peu une pathologie » qui peut avoir des conséquences graves s’il y a des complications. « Quid de la responsabilité médicale ? » questionne encore Denis Guitton. Ces tests sont des outils techniques d’aide au diagnostic, tout comme l’assistant du radiologue fera la radio ensuite interprétée par le radiologue, conclut-il. « Malgré les erreurs de diagnostics les médecins restent les mieux à même pour exercer la médecine ».
Ce projet de réforme ira-t-il jusqu’au bout ? Affaire à suivre…

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Source : actu.fr 21/03/2019 
Commentaire
alindust
23/04/2019
Entièrement d'accord avec Patrick Verdavoine, médecin à Rugles ! Prescrire un test diagnostique ne peut être réalisé que sur la base d'une suspicion de pathologie, donc après entretien médical approfondi...désolé mais le pharmacien d'officine de base n'en possède même pas les rudiments ! Sinon, le test devient systématique, et dans ce cas, autant organiser de larges campagnes en dispensaire ou à l'hôpital ! Le jour où nos dirigeants comprendront que les cours de botanique (et autres disciplines pour jeu des 1000 euros) pourraient être remplacés par de la pathologie/sémiologie, alors peut-être ?....nous en sommes bien loin !
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