Sérialisation : une révolution numérique coûteuse

« Hormis quelques consommateurs perspicaces, personne ne s'en est vraiment rendu compte […] D'autant que les prix n'ont pas bougé dans les officines » pouvons-nous lire dans les Echos. 
Depuis le 9 février, une directive européenne sur les médicaments contrefaits datant de 2011, dite FMD (« Falsified Medicines Directive »), impose aux laboratoires pharmaceutiques un numéro unique sur chaque boîte de médicaments ainsi qu’un dispositif pour garantir son inviolabilité. Ce processus dit de « sérialisation », a imposé des investissements importants aux industriels, et en particulier aux PME. « En deux ans, nous avons investi 2,5 millions d'euros pour numériser nos lignes, renforcer les capacités d'impression et former le personnel afin de répondre à cette contrainte », confie Xavier Monjanel, directeur général de Pharmatis (un des principaux fournisseurs des sachets de gel pour Smecta ou Maalox), à Estrées-Saint-Denis (Oise), qui réalise 40 millions d'euros de chiffre d’affaires. Président de l'Association des moyens laboratoires et industries de santé, Philippe Truelle, patron de CDM Lavoisier, à Blois (Loir-et-Cher), insiste lui aussi sur le fait que l'industrie vient de vivre un épisode coûteux. Alors que la traçabilité des produits de santé intervenait jusqu’à présent au niveau du lot, dorénavant, chaque ligne de conditionnement génère un code unique pour chaque boîte, l'imprime, le vérifie, le charge dans une base de données.
Déjà à l'œuvre en Corée du Sud ou en Arabie saoudite, la sérialisation devait être adoptée par les laboratoires américains fin 2017 mais n'est réellement intervenue qu'en novembre 2018. 
En France, c’est le groupement d'intérêt économique France MVO qui est chargé de l'interopérabilité informatique du système de vérification de chaque médicament et assure la mise en place de la base de données et son interconnexion avec la structure européenne. Pour faire fonctionner ce GIE, une adhésion annuelle est demandée aux laboratoires.
« Au départ, nous étions tous sur un pied d'égalité : 20.000 euros par entreprise », rappelle Philippe Truelle. L'Amlis et le Leem ont obtenu un traitement différencié selon le chiffre d'affaires. La fourchette s'étale de 1.500 euros pour un laboratoire de moins de 5 millions d'euros de chiffre d'affaires jusqu'à 87.000 euros pour les sociétés au-dessus de 50 millions. Investissements en matériel, formation, recrutement, coût de l'adhésion… Quelle répercussion possible sur le prix du médicament ? Aucune encore au niveau des patients car les prix sont contrôlés par les autorités mais entre marques et sous-traitants. Quant aux hôpitaux et surtout aux pharmacies, ils ne sont pas prêts. « C'est un choix étrange de confier à l'officine la vérification de l'authenticité de chaque boîte alors que la chaîne logistique en est exonérée », déplore Gilles Bonnefond, président USPO. « Nous espérons que les autorités accepteront que le contrôle se fasse à la réception des médicaments », ajoute-t-il, en calculant qu'alors les pharmacies n'auront besoin que d'un poste informatique pour vérifier chaque boîte, sans avoir besoin d'équiper chaque comptoir.

Source : Les Echos 04/03/2019
Commentaire
ledoc84
08/03/2019
Comme si on vendait des médicaments falsifiés à longueur de journée !!! Mais il est vrai qu'aux yeux de la sécu tous les pharmaciens sont des fraudeurs !! Encore une belle usine à gaz qui ne sert à rien sinon nous compliquer encore plus la délivrance au comptoir. J'aimerai bien connaître la statistique de produits "non authentiques" vendus en pharmacie en France en 2018 !!
Folco Jean-Patrice
06/03/2019
Le décommissionnement ne signifie pas vérifier l'authenticité de chaque boite mais retirer son code de la base de données, c'est pour cela qu'il ne peut se faire qu'à la dispensation puisqu'un produit décommissionné ne peut plus revenir dans le circuit. Proposer le décommissionnement à la réception revient donc à retirer les codes de la base de données avant la dispensation, ce qui interdit toute possibilité de retour au grossiste ou au labo qui dans ce cadre seront obligés d'effectuer une vérification de l'authenticité d'un médicament dont le code aura été supprimé.
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