Opioïdes : délivrés en officine à plus de 12 M de Français chaque année

L'Observatoire français des Médicaments antalgiques (OFMA) et l'unité Inserm Neuro-Dol ont publié récemment les chiffres de délivrance aux Français des médicaments antidouleurs opioïdes et l'évolution des intoxications et décès associés.
La consommation de ces médicaments, à l'origine d'une grave crise de santé publique aux États-Unis (12 millions d'Américains seraient dépendants à ces composés, qui seraient responsables de plus de 45 000 décès annuels par overdose accidentelle), où l'addiction et les overdoses ont explosé, est en forte progression dans notre pays. Chaque année, ces médicaments sont délivrés en pharmacie de ville à 12 millions de Français. Comment éviter de subir les mêmes conséquences sanitaires qui selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) touchent toutes les classes socio-économiques ?
À l'origine de ce phénomène, des prescriptions excessives et inadaptées de fentanyl et d'oxycodone, accompagnées d'une promotion pharmaceutique mal maitrisée par les autorités sanitaires américaines. Les conséquences sont multiples : baisse de l'espérance de vie, fort impact économique, nombre de décès plus élevé que celui causé par les armes à feu ou les accidents de la route, et le développement d'une génération d'orphelins. Les sujets âgés, plus fréquemment concernés par les douleurs chroniques, seraient de plus en plus touchés par la crise des opioïdes.
L'accès à ces médicaments est devenu difficile aux États-Unis, poussant les personnes dépendantes à se procurer des opioïdes dans la rue, notamment des dérivés illicites du fentanyl à l'origine de la majorité des cas d'overdoses mortelles par arrêt respiratoire.
La crise n'a pas encore atteint la France, mais la situation est à surveiller.
Selon les chiffres révélés par l'étude de l'OFMA, un million de Français ont reçu une délivrance d'un antalgique opioïde dit fort en 2017, soit deux fois plus qu'en 2004. L'oxycodone (Oxycontin, Oxynorm) et le fentanyl (Durogesic, Actiq, Abstral, Instanyl...) sont particulièrement concernés par cette hausse de prescription et plus modestement, la morphine. Neuf patients sur dix traités par antidouleurs opioïdes ne souffrent pas d'une pathologie cancéreuse. Depuis 2 000, il a également été observé une hausse significative non seulement des hospitalisations pour overdose accidentelle (+167 %, au moins 7 intoxications par jour), mais aussi une augmentation des décès imputables à ces molécules (+146 %, soit au moins 4 décès par semaine). L'ANSM assure déjà la surveillance de ces médicaments via son réseau d'addictovigilance qui présente annuellement des rapports sur chaque substance. La juste prescription des antalgiques est accompagnée de recommandations comme celles publiées en 2016 par la Société française d'Étude et de Traitement de la Douleur et devront à l'avenir concerner les opioïdes dits « faibles », majoritairement prescrits. Une information orientée vers les patients doit être mise en œuvre régulièrement, en partenariat avec les associations de patients. Pour réduire la mortalité par overdose et sensibiliser les patients au risque, une mise à disposition de l'antidote des opioïdes, la naloxone, aux patients douloureux chroniques traités par ces médicaments devra être envisagée dès que ces derniers seront disponibles en pharmacie.

Source : La Tribune 06/02/2019 
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