Moins rembourser les patients refusant les génériques, une bonne idée ?

A partir de 2020, un patient refusant un médicament générique sans justification médicale sera moins remboursé, une mesure jugée « contre-productive » aussi bien par les associations de malades que par les syndicats de médecins et de pharmaciens.
Le recours à ces médicaments, en moyenne 30% moins chers que les marques princeps, représente « un geste citoyen », selon la ministre de la Santé, permettant à la Sécu de financer d'autres traitements innovants. Mais il « est encore relativement limité » en France, « de l'ordre de 36% en volume en 2016 », alors qu'il dépasse les 80% en Allemagne et au Royaume-Uni, selon l'article 43 du texte examiné depuis mardi par les députés.
Et ce en dépit des multiples campagnes nationales d'information, du dispositif tiers payant contre génériques, ou des incitations financières pour les pharmaciens et les médecins.
Alors que les professionnels de santé sont rétribués pour promouvoir les génériques, les malades sont eux « sanctionnés » s'indigne l'organisme France Assos Santé, dénonçant « une insupportable logique du deux poids, deux mesures ».
Cette « nouvelle punition » ne fera « qu'alimenter les doutes sur » ces médicaments et se révélera « inégalitaire » et « contre-productive », prévient l'organisation, par ailleurs favorable aux génériques.
Parallèlement, une deuxième mesure vise à limiter le recours de plus en plus fréquent à la mention « non substituable » sur les ordonnances, qui empêche le pharmacien d'imposer un générique à la place du princeps. Les médecins devront justifier cette mention, retrouvée sur plus de 8% des ordonnances, par des « critères médicaux objectifs », définis avec l'agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Fait rare, les principaux syndicats de médecins libéraux mais aussi de pharmaciens se sont unis pour dénoncer une « dérive bureaucratique », prédisant « des situations conflictuelles et chronophages ».
Sur les « trois exceptions » qui justifient actuellement la mention non substituable, « deux sont marginales », explique le président de la CSMF Jean-Paul Ortiz, citant les rares médicaments « à marge thérapeutique étroite » pour lesquels l'écart entre la dose efficace et la dose néfaste est faible, et les allergies « avérées » à certains composants.
 « Ecrire risque de confusion ou illettrisme sur l'ordonnance » parait insensé au Dr Ortiz, compte tenu des réactions que cela pourrait susciter chez les patients. Et comment réagir face à un malade « qui nous soutient mordicus qu'un médicament ne lui convient pas ? », s'interroge le Dr Battistoni. Côté pharmaciens, le président de l'USPO Gilles Bonnefond dénonce un « système stupide » qui créera « un reste à charge pour les patients » et ne sera pas appliqué par les médecins qui pourront toujours prétexter une allergie impossible à vérifier. En outre, quand ils existent, les génériques sont substitués dans 90% des cas par les pharmaciens, rappelle de son côté Philippe Besset, vice-président de la FSPF. Mais délivrer des marques permet parfois de « s'assurer que le patient prendra bien son traitement », insiste-t-il. Quelque 80 millions d'euros d'économies sont espérés après l'entrée en vigueur de ce dispositif.

Source : AFP 25/10/2018
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