Sida : pourquoi les autotests vendus en pharmacie sont-ils délaissés ?

L'outil de dépistage, vendu sans ordonnance en pharmacie, peu cher, facile à utiliser, a prouvé sa fiabilité mais reste très peu acheté.
A Amsterdam, où s’est ouvert lundi la 22e conférence mondiale sur le sida, un grand nombre de sessions chercheront à comprendre pourquoi le nombre des nouvelles contaminations reste toujours aussi élevé, et notamment en France, avec près de 6 000 nouveaux cas par an.
Avec l’arrivée de la Prep (prophylaxie pré-exposition) traitement préventif via la prise d’un médicament antisida (Truvada), mais aussi des Trod (tests rapides d’orientation stratégique, effectués par un non-médecin mais encadrés par le milieu associatif) et enfin les autotests, la courbe aurait dû s’infléchir.
Commercialisé pour la première fois en septembre 2015 dans les pharmacies, l’autotest se vend seulement autour de 100 000 exemplaires par an. Son prix a oscillé entre 20 et 30 euros, avec l’arrivée récente d’un nouveau kit, produit par la société Biosynex, vendu à 10 euros.
Un récent sondage Ifop pour Sidaction montre qu’une personne sur deux ignore l’existence des autotests VIH. L’étude « V3T » menée par l’Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales (ANRS) indique que l’autotest s’adresse en priorité aux personnes ne souhaitant pas se rendre dans des centres de dépistage ou chez le médecin, de peur d’être stigmatisées ou du fait de l’éloignement.
« Et voilà donc que pourtant cela coince, analyse Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Tenon. D’abord à cause du prix ; ils étaient trop chers. » Maintenant, on en trouve à 10 euros, ce qui devient jouable. Mais surtout, rappelle l’infectiologue, « il reste l’interdiction du libre accès en pharmacie, contrairement aux tests de grossesse. La personne doit le demander au pharmacien, et non le prendre directement sur un présentoir. Ce n’est pas facile, cela peut même être dissuasif. Enfin, les pharmaciens ne sont pas très proactifs. »  Dans les faits, même les associations se montrent peu actives. Elles achètent des centaines de tests, mais ne les distribuent pas. Au final, ils ne bénéficient pas à ceux qui en ont le plus besoin.
Pour rappel, la Haute Autorité de santé recommande un dépistage du VIH une fois dans sa vie pour les personnes hétérosexuelles et jusqu’à quatre fois par an (tous les trois mois) pour les populations à risque (hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, population subsaharienne, usagers de drogue) et aujourd’hui, cinq complémentaires santé prennent désormais ce test en charge à 100%.
 
Source : Libération 23/07/2018
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