Tests génétiques ou le business de l’ADN

Depuis le 6 mars dernier, la startup californienne 23andMe lancée en 2007 propose d’estimer le risque de cancer du sein, d’Alzheimer ou de maladie de Parkinson, une escroquerie dénoncée par de nombreux généticiens. 
23andMe dispose du premier et unique test génétique disponible sans prescription médicale, autorisé par l’Agence américaine du médicament (FDA), vendu à moins de 200 dollars, soit 165 euros.
Quelle véritable utilité de ces tests sans conseil médical? «L’intérêt pour les personnes en bonne santé est nul, sauf en cas d’antécédents familiaux», répond le Pr Arnold Munnich, pédiatre généticien à l’Hôpital Necker-Enfants malades. Un très grand nombre de généticiens, en France mais aussi Outre-Atlantique, rappellent que les tests de 23andMe ne mettent pas en évidence un lien de cause à effet entre une mutation dans un gène et une maladie. Ils ne font que présenter des anomalies associées au cancer, à la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) ou la maladie de Parkinson. L’interprétation de ces résultats est d’autant plus compliquée que plusieurs gènes de prédisposition existent pour ces pathologies et que chacun d’eux interagit. Être porteur ne permet pas de prédire avec certitude l’apparition d’un trouble. À l’inverse, être indemne ne protège pas.
Des fantasmes et des illusions qui ont permis l’émergence d’un marché dépassant les 4,6 milliards de dollars en 2017. Une économie en pleine expansion soutenue par les pouvoirs publics américains eux-mêmes. En 2015, Genentech, la biotech la plus importante du monde a déboursé 60 millions de dollars pour avoir accès à l’ADN de 12 000 clients de 23andMe atteints de Parkinson ou non et ayant donné leur consentement. La même année, la startup américaine a vendu les données génétiques de ses clients à Pfizer dans le cadre de recherche sur les maladies de l’intestin. À ces données sensibles s’ajoutent des informations sur le mode de vie des participants, les maladies dont ils souffrent. Des informations qui retiennent aussi l’attention des assurances et complémentaires santé.

Source : Le Figaro  02/05/2018 
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