La « gratuité », ennemi du nouveau modèle économique de la pharmacie

La profession de pharmacien s’accorde sur l’indispensable évolution de son modèle économique et négocie avec l’Assurance-maladie un modèle de service, de moins en moins dépendant de la marge commerciale des médicaments. Cependant, l’habitude de la gratuité en pharmacie bloque l’émergence d’un nouveau modèle économique d’avenir.
Depuis l’avènement du tiers payant généralisé (TPG) à la fin des années 1990, le financement des produits de santé, apporté quasi exclusivement à partir d’une assurance s’est imposé. Baisse des marges et hausse des volumes des médicaments ont été le socle du modèle économique de la pharmacie… jusqu’en 2011. Après un pic en 2011 de 19,5 milliards d’euros (prix fabricant hors taxes), les ventes de médicaments remboursables sont aujourd’hui proches de 18 milliards d’euros. Ce retournement des ventes s’est fait uniquement à partir d’actions sur les prescripteurs et les distributeurs. Ayant fait sauter le levier principal de maîtrise de dépenses par l’usager, il ne reste plus que ce qui est appelé dans le jargon institutionnel «la maîtrise médicalisée». Un système efficient de santé a pourtant besoin des deux leviers (offre et demande) pour bien maîtriser ses dépenses de santé.
L’impact le plus pervers sur le grand public de ce modèle unijambiste n’est pas financier, mais comportemental. Plus de 80 % des dépenses de médicaments de ville ne sont pas réglées directement par l’usager en pharmacie. Après 20 ans de TPG, le réflexe de tout à chacun est de ne rien régler au pharmacien, quitte à changer de produit.
L’instauration du TPG sur les médicaments remboursables de ville (dont le prix moyen est de 7 euros) est source de déresponsabilisation du citoyen dans sa consommation de médicaments courants et de dévalorisation du service du pharmacien, professionnel de santé. Le pharmacien libéral s’est totalement lié aux choix des financeurs (assurance-maladie et assureurs privés) et s’est coupé de sa relation économique avec ses patients et ses clients. Il lui est aujourd’hui très difficile de faire payer le moindre service. Le salut du pharmacien libéral viendra de sa capacité à mettre en place un modèle économique assis sur l’innovation technologique, conçu et impliquant directement l’usager (en prévention et suivi des maladies chroniques). C’est la seule voie pour valoriser le caractère disruptif des nouvelles technologies et se protéger de l’ubérisation de la pharmacie.


Source : Les Echos 30/03/2018
Commentaire
Villa François
05/04/2018
Il est peut être bon de rappeler qu'à l'origine, les pharmaciens ont dû rentrer sans aucun enthousiasme dans le système du tiers payant sous la menace très active de l'extension des pharmacies mutualistes qui faisaient une concurrençe déloyale par leur modèle économique privilégié!
maignan
05/04/2018
On découvre aujourd'hui ce que nous disions il y a 40 ans : le tiers payant, ça deresponsabilise, et la surconsommation,c'est à nous, pharmaciens (et aux grrros labos) qu'on la reprochera. La réponse était "vous êtes des reac', vous ne voulez pas le progrès social"."Si vous ne voulez pas le non-paiement, on vous mettra des pharmacies mutualistes partout ". Et le Ticket Moderateur (...de la consommation) n'a plus du tout été moderateur puisqu'on avait autorise une petite secu-bis, la mutualité..qui remboursait la depense qu'on voulait en "reste a charge moderateur". Tant que les gens ne s'apercevront pas que la Secu ,ce n'est pas la Protection Sociale, ce n'est qu'un outil parmi d'autres pour l'assurer,et pas le meilleur., on se trainera le "modele social francais" qui fait rigoler toute l'Europe du Nord. En attendant, on pourrait commencer en autorisant la Secu a vendre ,elle aussi, de la si rentable assurance maladie complementaire.Ce qui clarifierait enfin la situation du faux reste a charge si peu moderateur.
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