Les ravages de la LME

Votée en 2008, la loi de modernisation de l'économie était surnommée dans les couloirs de l'Assemblée Nationale la "Loi Michel Edouard". Emballée dans un paquet cadeau laissant penser à une amélioration de l'éthique entre les grandes surfaces et leurs fournisseurs et donc vendue comme une protection des gentils producteurs de lait et autres abusés par des techniques commerciales nauséabondes, elle s'est révélée être surtout un cadeau pour la GMS qui a su trouver des RFA et autres remises arrières via des têtes de gondole et autres chantages écœurants. 
Deux impacts immédiats et à plus long terme sur la pharmacie:
- un délai de paiement raccourci à 60 jours, délai qui a bien entamé nos trésoreries et nos marges puisque nous avons dû apprendre à fonctionner en flux tendu avec de très gros labos, et donc revoir notre besoin en fond de roulement en même temps que faire des commandes légères mais moins remisées...
- une anarchie grandissante des installations de GMS puisque jusqu'alors une commission dans laquelle siégeaient notamment des élus de la Chambre de Commerce et d'Industrie donnait un avis favorable ou non à l'installation d'une grande surface. Depuis 2008 et jusqu'à 1000m2, l'installation est libre. Aucune autorisation à demander. Et nous assistons alors impuissants à une floraison de grandes enseignes dans nos cœurs de ville, floraison qui pompe toute la sève des petits commerçants tels que libraires, commerces de bouche...

Pourquoi Leclerc veut-il le médicament avec un tel acharnement? On sait tous les marges ridicules alors il n'est pas assez idiot pour aller se battre pour ça!
Et non... Si Leclerc se bat pour le médicament, c'est parce qu'alors la pharmacie, parfois le dernier bastion irréductible du cœur de village grâce auquel tiennent encore un temps la boulangerie, la boucherie, la petite épicerie... sera en difficulté. Et si elle disparait, les autres suivent. Et le village n'a plus un seul commerçant. Et Leclerc a gagné: il vend sa baguette industrielle, son bœuf anglais issu de vieilles vaches à lait, ses fraises d'Espagne vertes et surtout ses plats gras/sucrés/salés qui pérennisent l'industrie pharmaceutique.
Dernière ville en date touchée? Tournus. Les villes se vident de leur humanité, de leur vie sociale, de leur vie de quartier pour nous emmener vers une société de consommation sans âme et sans solidarité.

Visionnez ou re-visionnez "Supersize me" et continuez à vous battre. Nous ne sommes pas que des pharmaciens. Nous sommes les défenseurs d'une certaine philosophie de la vie. No pasaran."

Delphine Chadoutaud

 
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