"Jean a fermé

Qui ne connaît pas Jean?
Jean: le fondateur du groupe "pigeons pharmaciens" sur Facebook.
Jean sans qui la manifestation de septembre 2014 n'aurait peut être pas eu lieu et pas été un tel succès.
Jean sans qui aujourd'hui nos piliers ne seraient peut-être plus qu'un souvenir.
Jean n'a pas d'ennemis. Tout le monde aime Jean. Jean est un pur qui croyait qu'en se battant on pourrait vivre de notre travail sans avoir besoin de se corrompre ou de se pervertir en shop manager, distributeur internet ou discounter sans scrupule.
Les faillites étaient exceptionnelles il y a encore quelques années. On n'était pas à l'abri d'un mauvais réaménagement de centre-ville ou d'un événement d'urbanisation (voire d'un arrangement entre le préfet et un mauvais confrère...) mais d'une manière générale, et comme le rappelait Alain Resnais par la bouche de Sabine Azéma "chez nous on n'a jamais eu le goût du risque; mes parents étaient pharmaciens alors vous voyez!".
Aujourd'hui tout est différent.
Même si au départ le prévisionnel a l'air solide, même si a priori aucune para Leclerc ne peut s'installer au coin de la rue, même si on est hyper prudent et que l'on sait ne pas confondre CA et bénéfice, même si l'on prend 1000 précautions, cela ne dépend presque plus de nous.
Et le plus triste c'est que ce sont les plus éthiques, les plus engagés socialement et humainement (quartiers difficiles sans pouvoir d'achat, zone désertée de prescripteurs...) donc les plus indispensables qui sont les plus vulnérables. La double peine donc: pour nous et pour les patients abandonnés.
Je suis convaincue que la douleur de Jean est immense mais que celle de ses patients est grande aussi.
Ma peine, Jean, est grande aussi et par ses lignes elle traduit la peine et l'inquiétude d'une profession entière.

Nous sommes tous Jean."

Delphine Chadoutaud
 
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