Yorick Berger : le pharmacien acteur de la prise en charge des urgences médicales

Yorick Berger, docteur en pharmacie, est titulaire dans le 13ème arrondissement de Paris depuis 2011. Depuis 3 à 4 ans, il travaille d’arrache-pied sur les urgences médicales afin que les pharmaciens de Paris (l’initiative est née dans le cadre de la chambre syndicale des pharmaciens de Paris - FSPF 75) contribuent à leur prise en charge. Le système des urgences est totalement saturé à Paris, comme dans beaucoup de grandes villes de France où la demande peine à être satisfaite. Dans cette optique, l’expérience menée par Yorick Berger est plus que pertinente et pourrait bien ouvrir les portes d’un nouveau champ d’activité du pharmacien, acteur de santé publique. Nous avons souhaité en savoir plus à la fois sur la motivation du projet, son organisation et ses évolutions. Un grand merci à Yorick Berger pour le temps qu’il nous a accordé et son dynamisme. 

Celtinews : Nous imaginons bien le rôle joué par le pharmacien dans la prise en charge des urgences médicales mais pouvez-vous s’il vous plait revenir avec nous sur la genèse du projet ? 

Yorick Berger :
Oui, bien sûr. 
Comme en témoigne la récente affaire du SAMU de Strasbourg, les centres du SAMU doivent faire face à de nombreux appels, sont débordés, et malheureusement cette situation a pu contribuer à une faute de prise en charge révélatrice d’un système qui s’engrippe. 
Les pompiers sont tout aussi saturés et les demandes avec dépendance ne vont faire qu’augmenter au cours des années qui viennent. 
Si le rôle possible du pharmacien est tout à fait admis, le mode de rémunération des urgentistes, lié à la T2A, constituait jusqu’à présent un frein manifeste à son expression pleine et entière.  
Aujourd’hui, les choses ont changé et les services d’urgence sont les premiers demandeurs de soutien, en particulier pour les fausses « vraies urgences ». L’urgence est quelque chose de très relatif… Dans un attentat, quelqu’un qui s’est tordu la cheville ne constitue définitivement pas une urgence. Xavier Emmanuelli, créateur du SAMU social prend d’ailleurs une position franche en faveur des pharmaciens.  
Dans les faits, tout se discute au sein du Comité départemental de l'aide médicale urgente, permanence des soins et des transports sanitaires (CODAMUPS – TS) dont la mission est de veiller à la qualité de la distribution de l'aide médicale urgente et à son ajustement aux besoins de la population. 
Nous devons, au cours des réunions départementales qui réunissent la ville et tous les systèmes d’urgence, démontrer notre capacité à orienter et intercepter les urgences non graves. Le SAMU, lui, peut choisir d’orienter les appels vers la pharmacie, en fonction de leur nature.  

Celtinews : Pouvez-vous maintenant nous en dire plus sur le rôle du pharmacien, les qualifications nécessaires et sa reconnaissance ? 

Yorick Berger :
Pour participer à l’expérimentation débutée sur Paris il y a un an, les pharmaciens doivent tout d’abord suivre une formation « Urgences premiers secours » délivrée par le SAMU lui-même, en 2 heures, afin de répondre aux situations les plus urgentes en termes de mécanismes et rassurer la personne.  

A côté des urgences pures, un label peut être délivré aux pharmaciens s’ils satisfont 3 requis : 
- Faire la formation « Urgence premier secours »
- Suivre une formation en e-learning pour orienter les demandes des urgences, reproduire la qualité d’accueil et éviter quand c’est possible les urgences en rassurant les patients ou en évitant tout risque. Le 15 est rassuré car ils ont un professionnel de santé comme interlocuteur et peuvent faire une prescription 
- Signer une charte d’engagement, label de toute pharmacie qui veut être reconnue en tant que telle pour dépasser le seul cadre de la FSPF. Cette charte implique la présence d’un pharmacien formé à toute heure d’ouverture de la pharmacie même si la formation de toute l’équipe est encouragée.
 
A ce jour, une dizaine de pharmacies ont été formées. Ceux ayant déjà été confrontés à un arrêt cardiaque ou une hémorragie dans la pharmacie sont les premiers volontaires.  

Outre la signature de partenariats, la seconde étape visée par cette initiative est de mettre en place des protocoles d’expérimentation pour Paris et deux autres régions et faire remonter des informations sur l’impact de nos interventions. Alors que l’harmonisation s’impose, toutes les pharmacies n’ont pas le même niveau d’accueil et nous devons y remédier.  

A terme, nous demanderons à ce que nos actes soient cotés et rémunérés. Le ministère de la Santé a d’ailleurs bien compris que les pharmaciens constituent une bonne plateforme pour déléguer ce type de service et rendre du « temps médical » aux médecins.

Celtinews : Pour vous, quels sont les avantages et les inconvénients de cette nouvelle mission du pharmacien en cours d’expérimentation ? 

Yorick Berger :
Concrètement, la formation délivrée constitue une vraie valeur ajoutée.
Le e-learning est rédigé par un groupe d’experts, pharmaciens et urgentistes, qui ont une double connaissance du fonctionnement de l’officine et des urgences. Les acquis en termes de compétences sont donc précieux.
La formation aux urgences n’est pas prise pour acquise une fois pour toute.  Tous les 6 mois on revalide les acquis par internet et une nouvelle formation est délivrée tous les 2 ans.
Le label « Urgences pharmacie » surtout au service du patient vient appuyer ces compétences, marquant un vrai coup de pub pour la pharmacie et véhiculant des valeurs extrêmement positives.  A travers le label PUPS les pharmaciens vont pouvoir prendre en charge le patient en le rassurant et en le soulageant. 
L’accueil des urgences en pharmacie, conseil gratuit spontané aujourd’hui, sera demain un acte reconnu et rémunéré. De la même façon, des campagnes institutionnelles permettront une communication directe vers les patients et le grand public grâce au sponsoring des assureurs par exemple…

Mais il nous faut d’abord faire nos preuves et nous fédérer.  
Nous devons attirer au-delà des pharmaciens motivés par cet aspect du métier.
Il nous faut expérimenter, voir quelles sont les sollicitations reçues et les services mis en œuvre. 
Les gardes par exemple ne sont pas un point d’accueil des urgences et restent à part aujourd’hui. 
Nous pouvons imaginer l’intégration de la formation aux premiers secours dans le cursus des études de pharmacie mais tous ne sont pas d’accord. Certains pharmaciens qui suivent la filière Officine passent aujourd’hui leur brevet de secourisme mais celui-ci répond-il toujours aux besoins en officine ?

La rémunération du pharmacien ne saurait continuer à dépendre de la seule délivrance des médicaments, le virage est déjà pris, et la coordination avec les autres professionnels de santé se trouve au cœur de l’évolution de notre métier. Dans ce contexte et face aux nombreux besoins de santé publique liés aux urgences médicales, le pharmacien doit s’affirmer comme un interlocuteur de choix et faire ses preuves. C’est là tout le cœur de notre projet ! 

Celtinews, le 13/09/2018
 
Commentaire
daumont nathalie
14/09/2018
La formation en e learning est assurée par quel organisme ? avez vous des relais en région ? (suis sur lyon et ai déjà ma formation urgence 1er secours) merci
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