Fabrice Veron, la pharmacie clinique au plus près des patients






Fabrice Veron, Pharmacie du Rouret 




Fabrice Veron est pharmacien titulaire depuis 2007 dans la commune du Rouret (06), située à côté de Grasse et qui compte aujourd’hui un peu plus de 4 000 habitants .
Sa patientèle, plus jeune que celle des confrères des Alpes maritimes, est  composée notamment d’actifs travaillant à Sofia Antipolis mais aspirant à vivre à la campagne. Exigeante sur les services, cette population se montre en revanche très à l’écoute des conseils. Au Rouret, les liens entre professionnels de santé sont étroits depuis longtemps. 
La  Maison de santé (MSP) des Collines vient d’être labelisée par l’ARS PACA fin 2017  afin de l’aider à créer une SISA (société interprofessionnelle de soins ambulatoires) et à recruter une coordinatrice de soins. Elle regroupe trois villages voisins, dont deux maisons de santé « immobilières » qui verront le jour en 2019. Celle du Rouret s’intègre harmonieusement dans le projet du maire de « cœur de village » et de rassemblement des professionnels de santé (médecins, infirmières, kinés, orthophonistes…) qui occuperont l’ensemble du rez-de-chaussée du bâtiment ;  la pharmacie  venant s’installer tout à côté de la maison de santé. 
A ce tissu professionnel fort dans lequel s’inscrit Fabrice Veron, nous ajouterons sa responsabilité de co-président EPCO (Européenne de pharmacie clinique officinale) depuis 2014. Le premier congrès EPCO, SPOT 1, s’est tenu en décembre 2017, avec comme fil conducteur « la sécurisation du parcours de soins du patient en pratique coordonnée » avec premier champ d’activité :  l’oncologie mais  aussi la rhumatologie, la pneumologie, la dermatologie et un certain nombre de sujets transverses comme par exemple les outils connectés et les MSP. Ce congrès a réuni 100 pharmaciens à la cité universitaire de Paris. Sa deuxième édition sera notamment consacrée à la prise en charge de la femme et se tiendra les 9 et 10 décembre 2018. 
C’est sur sa volonté de développer le versant cœur de métier du pharmacien que nous avons souhaité interviewer Fabrice Veron. 

Celtinews : Quelle est votre vision du métier de pharmacien clinicien ? Quelles compétences particulières et quelle organisation interne et externe sont requises ? 

Fabrice Veron : 
Le métier de pharmacien clinicien doit d’abord s’appuyer sur une vision stratégique de la pharmacie avec la volonté farouche de répondre aux attentes exprimées ou non de la patientèle (basée sur l'approche « Océan bleu » de W. Chan Kim et Renée Mauborgne que je vous recommande de lire) et ainsi définir clairement un véritable positionnement d’entreprise à moyen terme. Etant d'abord une activité de service, le cœur du réacteur repose sur les valeurs, les qualités et les compétences de l'équipe.
Dans cette dynamique, le pharmacien agit en « coach marketing » de l’officine pour accompagner chaque collaborateur en termes de savoir, de savoir-être et faire-savoir ;  y compris les apprentis et les étudiants bien entendu.
Le pharmacien clinicien agit pour une prise en charge coordonnée et sécurisée du patient. Nous parlons ici d’une coordination de soins intra et extra-murs. La cancérologie apparaît comme un cas modèle de la pharmacie clinique. Le patient est dans un parcours chaotique, reçoit beaucoup d’informations, d’ordonnances, et se pose de nombreuses questions lourdes de sens.
S'il le souhaite, nous l'accompagnons dans sa réflexion. Le patient vient nous voir avec tous les éléments, mais aussi avec son projet de vie. Nous prenons le temps (environ 40 min), dans un espace de confidentialité, à des horaires calmes, d’en discuter avec lui et de l’orienter. Ces entretiens donnent lieu à une rémunération qui va de zéro à soixante euros en fonction du temps, des moyens, des attentes des patients. Ils peuvent aussi concerner des thèmes spécifiques comme des recherches d’approches alternatives. 
Bien sûr, le pharmacien et l’équipe officinale ne disposent pas de toutes les compétences et nos relations avec les associations locales, les psychologues, les homéopathes, les sophrologues, les acupuncteurs… sont précieuses.
A titre personnel, j’ai suivi différentes formations et expériences qui enrichissent mon parcours (éducation thérapeutique à l'hôpital de Cannes en néphrologie, animation d’ateliers patients ; diplôme interuniversitaire en soins de support en oncologie à l’Université Descartes, rédaction d'articles, participation à des congrès en Cancérologie à Chicago, en soins de support homéopathiques à Strasbourg) et me fait fort de transmettre le fruit de ces formations à l’équipe. Les étudiants en particulier montrent une grande appétence pour cette approche du métier. 

Celtinews : Pouvez-vous nous donner quelques cas pratiques illustrant le bénéfice de cette approche ? Quelles sont vos « sucess stories » ? 

Fabrice Veron : 
En rapport avec l’actualité de notre métier, je suis personnellement impatient de démarrer les bilans de médication. Je n’en ai pas encore eu l’occasion mais j’ai coanimé une réunion avec 20 pharmaciens sur le sujet en prévision d’une formation pour faire exprimer les réticences, réfléchir aux meilleures conditions … Les jeunes pharmaciens sont très motivés. 
Le bilan de médication est une vraie démarche collaborative sur trois ans, une démarche à moyen terme, avec 
l’utilisation d’outils, la mise en œuvre de compétences spécifiques en pharmacologie, une prise en compte du patient dans toutes ses dimensions, qui peut changer le regard du médecin comme du patient pour améliorer le parcours de soins. Ces bilans intègrent la nécessité de consulter les données diagnostiques et biologiques du patient (prévue dans l'arrêté de 2016). En synthèse, ils nous positionnent comme les spécialistes du médicament en relation avec le médecin, une occasion unique de valoriser, qualifier, quantifier et ainsi prouver les effets bénéfiques de notre métier.

Mais vous vouliez des exemples concrets, je vous en donnerais deux. 
J’ai pu accompagner une patiente de 70 ans souffrant d’un cancer des os, traitée pour une douleur aujourd’hui stable. Cette patiente présentait des complications au niveau du foie, transpirait beaucoup. Son généraliste et l'oncologue se reposaient sur l'avis de l'algologue mais qui ne lui proposait qu'un rdv dans 6 mois. Je me suis rendu à son domicile, j’ai pu évoquer les patchs anti-douleur de fentanyl à appliquer tous les 2 à 3 jours afin d'améliorer sa qualité de vie et diminuer le passage hépatique. Les échanges avec mes collègues, ma révision des cours, m’ont permis de déterminer les doses correspondantes, le médecin généraliste et l’oncologue ont adhéré à ces préconisations. Aujourd’hui, la patiente va mieux, elle transpire moins, son foie va mieux, elle a perdu du poids et est moins à fleur de peau.
Mon autre exemple concerne une jeune femme de 29 ans chez laquelle un cancer du col de l'utérus  au papillomavirus a été diagnostiqué et traité par radiothérapie. Lâchée dans la nature après 12 mois intenses en centre anti-cancéreux, les soignants n'avaient apporté aucune réponse claire à ses problématiques de vie de couple, de grossesse. Après des conseils pour l'apaiser en douceur, mon rôle a simplement été de lui indiquer  un gynécologue empathique et pertinent qui sache lui indiquer un parcours de soins cohérent. C’était peu mais beaucoup pour cette jeune femme.

De nombreux patients, y compris ceux suivis en ALD comme les patients diabétiques méritent une attention soutenue et une démarche d’accompagnement professionnelle. Il y a vraiment beaucoup à faire !

Celtinews : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur l’EPCO, autrement dit l’Européenne de pharmacie clinique officinale ? 

Fabrice Veron : 
Les congrès SPOT 1 en 2017, et SPOT 2 en 2018 expriment le versant soins de notre métier afin de remettre de l'humain et du conseil au centre de notre pratique quotidienne :  la coordination des soins peut se faire facilement ; le conseil doit venir de l’officine dans une démarche de qualité, proche du patient et adaptée à ses attentes.
Ces congrès qui mettent en avant le versant scientifique de notre métier sous un angle pratico-pratique n’ont pas d’équivalent dans l’univers de la pharmacie. 
Ils font également porter l’éclairage sur la substance humaine unique de la relation pharmacien-patient.  
Le pharmacien revendique sa pleine place dans le parcours de soins. Il en a la légitimité. 
Pour tous ceux qui sont intéressés, rendez-vous pour la deuxième édition de SPOT PHARMA qui aura lieu les 9 et 10 décembre à la Cité Universitaire de Paris. Une conférence de presse va très bientôt vous indiquer précisément : le préprogramme et l'ouverture des inscriptions. 


Celtinews, le 07/06/2018
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