Monique Durand, le système de retraite des pharmaciens à un moment déterminant de son histoire

Monique Durand, Présidente de la CAVP et de la CNAVPL

Prise dans le contexte de la réforme systémique des retraites que s’apprête à engager le Gouvernement, la Caisse d’assurance vieillesse des pharmaciens (CAVP) se situe à un moment déterminant de son histoire.
Le Conseil d’administration de la CAVP, présidé depuis 2015 par Monique Durand, pharmacien titulaire à Champigneulles (54) et présidente de la CNAVPL (Caisse nationale d’assurance vieillesse des professions libérales) depuis 2017, aura à défendre les intérêts des pharmaciens libéraux et promouvoir leur modèle de retraite à la fois robuste et éprouvé. Est-il fondé de vouloir remettre en cause l’autonomie de gestion de la CAVP ?  
Les réserves accumulées au prix d’un effort de surcotisation réalisé par ses seuls affiliés doivent-elles être échangées contre des promesses de justice et d’équité d’un régime universel piloté par l’État ? 
Telles sont les questions que se pose la CAVP. Sa présidente Monique Durand s’en explique avec nous. 

Celtinews : Monique Durand, pouvez-vous tout d’abord nous rappeler le contexte et les enjeux de la situation en cours sur la retraite des Libéraux et plus particulièrement des pharmaciens ? 

Monique Durand : L’heure est tout à fait cruciale. L’histoire des retraites est en train de s’écrire.
Le Gouvernement, et le Président de la République l’a encore rappelé lors de son intervention sur les chaînes TV le 15 avril dernier, souhaite mettre en place non pas une nouvelle réforme des retraites, mais un nouveau régime des retraites. Tout est remis à plat.
Ce nouveau régime, universel, sera basé sur un principe simple : chaque euro cotisé donnera les mêmes droits à tous, y compris aux Libéraux ; y compris donc aux pharmaciens. 

Les deux questions suivantes se posent : 
Quelle sera l’assiette retenue pour les Libéraux ? Totalité des revenus ? 1P ? 2P ? 3P (P = plafond de la Sécurité sociale).
Quel sera le taux de cotisation ?
A ce jour, nous n’avons pas de réponse à ces questions essentielles.
Or, il nous semble irréaliste que les indépendants aient le même taux de cotisation que des salariés du privé ou du public pour lesquels les employeurs contribuent aux cotisations retraite de leurs salariés (dans le privé, cette contribution représente 60% de la cotisation).                                                

Ainsi, pour un cadre d’officine, le taux d’effort consacré à sa retraite représente 27% de son revenu brut, partagé entre employeur et salarié. Pour un pharmacien titulaire, ce taux d’effort est d’en moyenne 17%. 
Par conséquent, si le taux du titulaire devait être aligné sur celui du cadre d’officine, il augmenterait de 10% !
Au moment où nos marges se réduisent, que pouvons-nous espérer recevoir en face pour éviter de mettre en situation insoutenable les confrères déjà en difficulté économique ? 

N’ayant pas la main sur l’économie, la CAVP a alerté les syndicats. La prise de conscience politique et syndicale est absolument essentielle. 
Le souhait des professions libérales est clair : retenir une assiette à 1P et avoir un taux différent de celui de la population générale afin de ne pas assécher nos régimes complémentaires.  
Actuellement, en tant que technicien des retraites, la CAVP travaille sur des simulations demandées par l’Etat pour objectiver les difficultés que ce nouveau régime pourrait générer auprès de nos affiliés. 

Celtinews : Quelles sont exactement vos craintes par rapport à la politique menée par la CAVP jusqu’à présent ?

Monique Durand : La CAVP a de façon historique accumulé des réserves pour le régime complémentaire par répartition, anticipant les difficultés démographiques à venir où nous n’aurons plus qu’un cotisant pour un retraité dès 2021. 
Mais, ces réserves ne se sont pas accumulées sans peine. Elles ont été constituées grâce à des cotisations plus élevées supportées par les seuls affiliés sans avoir jamais bénéficié d’aucune aide. Et la crainte de la CAVP est clairement celle de subir le pillage de la totalité de ces réserves.
Nous sommes évidemment très attentifs à la défense des intérêts des pharmaciens et par la même à la sauvegarde du modèle que nous avons construit : pourquoi remettre en cause un système robuste et éprouvé ?

Celtinews : Quelles pistes suivre et quelles actions entreprendre pour éviter une telle situation ?

Monique Durand : La CAVP se veut à la fois attentive et source de propositions.  
De façon concrète, nous souhaitons rester sur une assiette à 1P maximum pour les Libéraux, avec un taux de cotisation à définir à l’issue du travail technique mené actuellement comme j’ai pu vous le préciser.  
Nous demandons le maintien de notre régime complémentaire dual, avec un volet géré par répartition et un volet géré par capitalisation, un modèle qui a du sens et a déjà fait ses preuves. 
Nous souhaitons également que ce changement de régime soit l’occasion de redonner de la souplesse à la capitalisation. Que celle-ci ne se fasse pas uniquement en fonction des revenus, mais puisse bénéficier d’une option de surcotisation permettant d’accéder à une classe plus élevée pour ceux qui le souhaitent. 
Dans notre profession, l’outil de travail coûte cher et il y des périodes où nos efforts pour la retraite sont plus ou moins limités.  Il serait souhaitable qu’en fin de remboursement de son officine, par exemple, le pharmacien puisse abonder davantage pour augmenter sa capitalisation. 

Le système de retraite des pharmaciens fonctionne bien.

Notre Caisse bénéficie d’une crédibilité technique incontestée en matière de gestion financière sur de multiples classes d’actifs, tant en matière d’investissements en direct que de sélection de fonds et s’appuie sur une organisation associant plusieurs dizaines de partenaires financiers français ou internationaux. Elle contribue au financement de l’économie réelle avec notamment plus de 500 M € investis dans les PME/ETI. 
Dans ce cadre, nous souhaitons aller plus loin puisque nous envisageons, grâce à un fonds, d’aider nos jeunes confrères lors de leur installation : je tiens beaucoup à cette solidarité intergénérationnelle. 
Nous avons commencé à y travailler. L’objectif est de couvrir la dette junior à un taux compétitif, tout en assurant neutralité et indépendance afin que les candidats à l’installation puissent exercer sans pression d’un tiers.

Enfin, pour compléter mes propos, j’encourage tous les pharmaciens à se rendre sur le site de la CAVP qui représente une mine d’informations sur les débats actuels et l’avenir de nos retraites : https://www.cavp.fr/​

Celtinews, le 02/05/2018
Commentaire
maignan
04/05/2018
Ouh la la, la cata de l'honoraire a commencé comme ça : Annonce de quelque chose d'historique, et surtout pas de consultation des gens concernés avant de signer. Nous sommes en route pour la cata numero 2.
JPM
03/05/2018
Le pharmacien libéral cotise à 17%, le salarié à 27% (salarié + employeur). Il faut intégrer le fait de cette cotisation est fiscalement déductible, en contre-partie de quoi la retraite servie est soumise à l'impôt. Un autre facteur est que la retraite servie par la CAVP n'est qu'une partie des revenus de l'officinal retraité. Une autre partie, souvent plus importante est le revenu du capital issu de la vente de l'officine. Ceci à condition d'avoir une situation raisonnable, à savoir ne pas arriver à 65 ans gavé d'emprunts. Cela est déconnecté de la marge puisqu'une officine se vend, se vendait, selon le CATTC. Il y a donc un seuil critique de CA en dessous duquel l'officine ne se vend pas. Le titulaire est donc dans l'impasse: bosser comme un dingue sans employés pour arriver à l'âge de la retraite et vivoter ensuite avec un SMIC. Cette situation changera évidemment si le conjoint a lui-même une retraite. Si tel n'est pas le cas, le jour du décès du titulaire retraité ce conjoint sera en difficulté avec une réversion encore plus faible. A MÉDITER DONC AVANT DE VIVRE COMME LA CIGALE...
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