Laurent Filoche, un pharmacien engagé, chef d’entreprise avant tout

LaurentF-Celtinews.jpgLaurent Filoche, Président Pharmacorp, Vice-Président Agir Pharma et Président UGDPO

Laurent Filoche, pharmacien engagé, a plus d’une corde à son arc. Président du groupement régional Pharmacorp depuis sa création en 2012, Laurent Filoche est aussi Vice-Président d’Agir Pharma, l'association des groupements indépendants régionaux et Président de l’UGDPO (Union Des Groupements de Pharmaciens d'officines) syndicat représentatif qui défend le Pharmacien professionnel de santé, Chef d'entreprise et Commerçant. Après ses victoires judiciaires contre Leclerc ou Doctipharma (groupe Lagardère), l'UDGPO poursuit son combat pour permettre à la pharmacie française de lutter à armes égales contre d'autres réseaux de distribution pour qui le patient est avant tout un client.

Celtinews : Laurent Filoche, vous êtes à la tête du groupement Pharmacorp depuis son origine,  pourquoi la création de ce groupement et quelles en sont les spécificités ?

Laurent Filoche : Oui, le groupement Pharmacorp est né en 2012 mais nous étions déjà 40 pharmacies à travailler ensemble au sein de Pharma Pyrénées, anciennement Pharmariège (créé par le syndicat de l’Ariège). Ce sont les changements réglementaires qui nous ont conduits à nous constituer en SRA. 
Le but des groupements est avant tout de créer des partenariats commerciaux les plus performants et les plus solides possible. 
Contrairement au modèle des enseignes, l’ADN d’un groupement se fonde sur les ACHATS. 
Beaucoup de groupements nationaux ont perdu ça de vue et deviennent de moins en moins bons sur ce plan avec pour conséquence une perte de vitesse au profit direct des groupements régionaux comme Pharmacorp.
Dans le bassin toulousain, nous sommes aujourd’hui plus de 210 membres avec une part de marché forte sur un secteur géographique contenu et de bonnes conditions commerciales. 
A Toulouse même, des quartiers entiers sont Pharmacorp alors que les politiques d’enseigne impliquent des parts de marché moins importantes. 
La politique d’enseigne coûte aussi très cher, en personnel en particulier, alors qu’elle ne fait pas rentrer le patient dans la pharmacie, l’enseigne n’est pas connue des patients (sauf cas particuliers). Quand le nombre d’adhérents à une enseigne diminue, le coût d’adhésion augmente automatiquement accélérant encore les départs. Certains se trouvent pris au piège d’un véritable cercle vicieux. 
Maintenant pour revenir aux groupements, ceux-ci ont aussi besoin de partager leurs expériences et leurs services sur les entretiens pharmaceutiques ou les changements de rémunération par exemple. C’est la raison pour laquelle nous avons créé Agir en même temps que Pharmacorp dès 2012. 
Agir s’est imposé comme une évidence du tout début, proposant des complémentarités de compétences et d’expériences tout en respectant les particularismes régionaux. 
Avec Agir qui réunit aujourd’hui 7 groupements régionaux, nous menons en commun des actions d’achats avec des résultats supérieurs à ceux des discounters connus de la place.  

Celtinews : En vous référant cette fois à vos responsabilités au sein de l’UDGPO, et pour reprendre un thème d’actualité, comment voyez-vous évoluer le métier de pharmacien ?

Laurent Filoche : Je dirais sans surprise que notre métier est en pleine mutation et nous en parlons depuis 10 ans.
Notre mode de rémunération évolue. Le capital, le numerus clausus et le monopole sont en danger. Il faut se préparer à ce que l’un d’eux ou les trois sautent. 
L’UDGPO anticipe la situation dans un souci de maintien de l’équilibre économique avant tout. 
Pour participer aux réunions régulières qui se tiennent dans le cadre des négociations conventionnelles avec deux syndicats représentatifs, la rencontre de la « dernière chance » avec l’Assurance maladie, prévue entre les deux tours de l’élection présidentielle, a peu de chance d’aboutir et il nous faudra très certainement attendre le prochain gouvernement pour avancer. 
Maintenant, je pense qu’il faut se méfier d’une part trop importante laissée au paiement par honoraires dans un pays comme le nôtre où nous avons peu de chances que ces honoraires soient révisés à des rythmes décents ou en tout cas, il y a danger.  
Pour moi, l’augmentation des ventes hors remboursement et le développement de services à forte valeur ajoutée financés par le patient ou les mutuelles sont les seules vraies pistes d’avenir pour les officines. 
Les mutuelles qui se battent sur le long terme peuvent tout à fait travailler avec les pharmaciens, et les groupements être moteurs sur ce terrain. 
Je terminerai sur l’UDGPO et ses capacités à défendre l’intérêt des pharmaciens en évoquant l’affaire Shop-pharmacie, la plus grosse pharmacie en ligne, filiale française de Shop-Apotheke, qui s’est attaquée au marché français, et que seule l’UDGPO a poursuivi en justice. 
Le jugement de l’action menée auprès du tribunal de commerce de Nanterre sera prononcé le 23 avril et pourrait constituer un cas de jurisprudence européenne.

Celtinews : Selon vous, quelles sont les opportunités et les barrières à la transformation du métier de pharmacien ? 

Laurent Filoche : Les opportunités à l’évolution du métier de pharmacien reposent avant tout sur le vieillissement de la population et la demande de santé qui lui est associée. 
Dans ce contexte, le rôle du pharmacien peut évoluer vers un rôle de coach de santé pour les patients. 
Pharmacorp participe par exemple à un programme, en partenariat avec Roche Diagnostic, pour faire maigrir les patients diabétiques de type 2. 
De tels programmes innovants, justement rémunérés, pourraient aider la profession à évoluer vers un nouveau modèle de rémunération. 
Si les applications mobiles et l’intelligence artificielle sont amenées à se développer, le facteur humain reste très important. 
Bien sûr, cette évolution du métier de pharmacien nécessite une révision des études de pharmacie pour y intégrer du marketing, du commerce, du coaching qui ne nous ont jamais été enseignés, raison pour laquelle les groupements font énormément de formation auprès des équipes.  
Mais je suis persuadé qu’il y aura de moins en moins de barrières à l’évolution du métier de pharmacien, à commencer par l’achat d’officine qui autrefois était réservé à ceux qui disposaient d’apports personnels conséquents.  
La seule barrière qui pourrait subsister serait la non remise en cause du métier mais les jeunes pharmaciens en sont très conscients. 
Un vrai travail sur l’image du pharmacien et la mise en route de nouvelles pratiques doivent désormais prendre le pas. 

 
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