Interview d'Anthony MASCLE, Président de l’ANEPF

L’ANEPF représente l’ensemble des étudiants en pharmacie de France. C’est à travers ce réseau uni et actif qu’un Livre Blanc rendu public il y a tout juste une semaine a été écrit. Pendant plusieurs mois, les étudiants ont pu proposer et débattre sur la vision qu’ils avaient de la profession qu’ils exerceront bientôt. Ce document représente ce que les étudiants attendent pour l’avenir de leur métier. Cette publication a été pour nous l’occasion de poser 3 questions à Anthony Mascle, Président de l’ANEPF.  


Celtinews : Les syndicats, les groupements, l'ANEPF militent déjà pour une rémunération du pharmacien à l'acte. Quelle urgence voyez-vous à la situation et quelles mesures, économiques ou autres seraient selon vous nécessaires à la survie des pharmacies à terme? 


IMA-EDV-170131-Mascle-int_VH.jpgNotre positionnement sur la rémunération à l’acte est principalement basée sur un concept éthique : une rémunération basée sur des volumes de dispensations incite à vendre plus pour mieux gagner sa vie, alors que l’on sait que l’intérêt de santé publique tend plutôt à limiter les dispensations par l’optimisation des prescriptions, la lutte contre l’antibiorésistance… A l’heure actuelle, la rémunération du pharmacien n’est pas incitative à bien faire son métier.
Le contexte économique est un argument supplémentaire, il est dommage que l’on soit obligé d’attendre la crise pour réinventer le modèle de rémunération de nos officines, mais il est certain que c’est une opportunité qu’il faut saisir..
Au-delà de cette réforme de la rémunération à l’acte, permettre au pharmacien de se différencier par la facturation de services nous semble indispensable. Captifs des volumes imposés par le prescripteur, et des prix fixés par l’assurance maladie, le pharmacien a besoin de davantage de leviers sur lesquels il pourrait agir pour permettre d’assurer une gestion efficace de son officine. Un nombre important de pharmaciens se tournent vers le principal levier alternatif existant actuellement : la parapharmacie et l’OTC, avec un enjeu majeur sur les discounters qui forcément compensent les marges basses par des volumes de vente supérieurs, ce qui mécaniquement ne peut que réduire le temps humain investi avec le patient. Or c’est ce temps qui fait toute la plus-value du pharmacien et justifie son monopole.
De fait, plus que par une politique de prix bas, c’est bien par la diversité des services proposés que nous voulons insuffler une nouvelle forme de concurrence dans le réseau. Cette dernière entraînera une émulation autour des patients dans leurs intérêts. 

Celtinews : Les réseaux sociaux sont porteurs de changements incontournables des modes de communication. Quelles sont pour l'ANEPF les applications pratiques dont les pharmaciens pourraient le plus tirer parti et quelles sont les conditions du succès?


IMA-EDV-170131-Mascle-int_VH.jpg
Les réseaux sociaux sont un mode de communication intéressant aujourd’hui car prisés par les jeunes. Il faut néanmoins faire attention aux dérives ! L’ANEPF revendique un usage réservé à la prévention et aux messages de santé publique. La plus-value du média doit reposer sur la fidélisation et la sensation de proximité de l’usager qui trouverait un intérêt dans ces messages d’informations, et non pas sur de l’incitation à la vente du dernier produit en promotion. D’autres types de publications non mentionnées dans notre livre blanc pourraient également être pertinents, comme les communications sur les pharmacies de garde et autres informations logistiques destinées aux patients de l'officine.


Celtinews : Dans le livre blanc, vous décrivez 3 types d'espaces réservés au sein de l'officine. Selon vous comment le digital impacte -t-il ces espaces et quelles opportunités en découlent? 


IMA-EDV-170131-Mascle-int_VH.jpg
Paradoxalement, même chez les “digital natives” persiste le mythe de la santé sanctuarisée. C’est pourquoi notre livre blanc reste assez timide sur ces sujets.
Je vais donc m’exprimer à titre personnel en m’adressant à l’ensemble de la profession et des étudiants. A l’heure du développement numérique, les compétences intellectuelles du pharmacien deviennent de plus en plus automatisables par les logiciels informatiques. Le pharmacien doit donc anticiper et se recentrer sur sa plus-value humaine. Quand les logiciels détecteront de manière fiable l’ensemble des interactions médicamenteuses et contre-indications (et ils y arriveront), la plus-value du pharmacien sera sur sa capacité à adapter le traitement en conditions de vie réelles du patient, quelque chose qui sera encore difficile à intégrer à un algorithme. Les actions automatisables doivent s’appuyer sur les outils digitaux pour libérer davantage de temps au pharmacien pour se concentrer sur sa plus-value sociale irremplaçable, c’est ainsi qu’il survivra à la révolution numérique.

Celtinews, le 31 janvier 2017





 
Commentaire
ADH
04/02/2017
@LAMBERT CORINE La raison pour laquelle la pharmacie officinale n'est pas dans l'esprit des étudiants et parce qu'elle n'est que TRES peu présentée dans les études. Concentrons d'abord sur l'amélioration des soins prodigués au patient par l'analyse pharmaceutique (et il y a de quoi faire).
LAMBERT CORINE
31/01/2017
Comment se fait-il que la pharmacie vétérinaire d'officine ne se situe pas dans les préoccupations de l'ANEPF, alors qu'il s'agit pourtant de dispenser du médicament qui est le cœur de notre métier?
claude b
31/01/2017
une grande maturité dans les réponses nos jeunes pharmaciens sont prometteurs
Ajouter un commentaire