Gilles Bonnefond : Avenant conventionnel, enfin une vraie réforme pour la profession


Gilles Bonnefond, Président USPO et Nicolas Revel, Directeur Général UNCAM

Le 20 juillet dernier après 5 mois de négociations, Gilles Bonnefond, Président de l’USPO (Union des syndicats de pharmaciens d’officine) et Nicolas Revel, Directeur général de l’UNCAM (Union nationale des caisses d’assurance maladie) signaient l’avenant n°11 à la convention pharmaceutique. Avancées stratégiques, investissements, perspectives, Gilles Bonnefond accepte de revenir pour nous sur ce qu’il qualifie de « véritable réforme pour la profession ». 

Celtinews : Quels sont selon vous les points d'avancées incontournables de l’avenant conventionnel signé avec l’UNCAM il y a tout juste un mois ?

Gilles Bonnefond : Cet avenant conventionnel constitue enfin une vraie réforme pour la profession et ceci pour 3 raisons.
 
La première avancée marque une différence fondamentale avec la convention précédente. Elle concerne le mode de rémunération du pharmacien avec un transfert de la marge commerciale vers des honoraires de dispensation. Ces honoraires liés à l’acte de dispensation lui-même signent aussi la reconnaissance de la dispensation liée à l’âge du patient (30% des dispensations) et celle de la délivrance des médicaments nécessitant une surveillance particulière, soit 36% des dispensations et tous ces honoraires sont cumulables ! Non seulement cet avenant constitue une opportunité économique mais il reconnait la compétence et le rôle incontournable du pharmacien notamment dans la lutte contre la iatrogénie médicamenteuse.  

Deuxième avancée déterminante, l’Assurance maladie investit dans cette réforme.  215 millions d’euros sont débloqués sur 3 ans soit plus de 70 millions d’euros de marge supplémentaire par an dès 2018 pour réussir le transfert d’honoraires. Mais comme toute notre rémunération n’est pas dans les mains de la CNAM, un véritable contrat est passé entre l’Etat et les pharmaciens. Ce contrat comporte des garanties. Une clause globale nous assure que la marge du réseau ne peut pas tomber en dessous de 1% par rapport à son niveau de 2016. Cette clause globale est complétée d’une clause individuelle avec une indemnisation à l’euro près en cas de perte constatée liée uniquement au changement du mode de rémunération dès 350 euros de perte par an. 

Les nouvelles missions du pharmacien sont pour l’USPO le troisième volet phare de cette réforme. Les entretiens pharmaceutiques actuels sont simplifiés et revalorisés à 50 euros. Les bilans de médication seront réalisés pour les personnes âgées de 65 ans en ALD et de 75 ans polymédiquées (5 principes actifs) pendant au moins 6 mois. La rémunération est de 60 euros pour l’entretien initial, 30 euros pour un entretien à N+1 avec un nouveau traitement et 20 euros sans nouveau traitement pour le suivi de l’observance. Le pharmacien procédera à l’analyse pharmacologique du patient telle qu’elle peut aujourd’hui être assurée par ses confrères hospitaliers au cours d’un séjour.  

A ces 3 avancées fondamentales, s’ajoute un certain nombre d’aides. L’astreinte de 150 euros par nuit est revalorisée à 175 euros en 2018 et 190 euros en 2019. Nos contraintes de travail sont reconnues ! De la même façon, la télé mise à jour des cartes Vitale donnera lieu à une aide assortie de 4 choix possibles en fonction du nombre de bornes et postes de travail utilisés, sans compter les aides d’équipement en logiciel d’aide à la dispensation ou les indemnités liées à l’ouverture du dossier médical partagé par le pharmacien. Ces aides correspondent à un montant total de 65 millions d’euros sur trois ans.

Au final, l’enveloppe globale de la réforme (honoraires de dispensation, nouvelles missions, aides) s’élève à 280 millions d’euros sur 3 ans alors que l’économie de l’officine connait depuis 2015 des moments plus que critiques. Pour cette raison et toutes celles précédemment évoquées, cette réforme marque un tournant décisif.  

Celtinews : Quels sont les facteurs clés de succès de la nouvelle convention ?

Gilles Bonnefond : Le ministre de la Santé et le gouvernement soutiennent la réforme avec Nicolas Revel et l’USPO. Nous pouvons parler d’engagement politique et de vision commune du métier de pharmacien autour de la dispensation, du bon usage du médicament et de la lutte contre le mésusage et de la surveillance des patients les plus fragiles.

L’investissement à travers un contrat est aussi un véritable acte de reconnaissance de la position particulière du pharmacien vis-à-vis des autres professionnels de santé. 

Pour autant, tout n’est pas figé, des facteurs sont encore à négocier dès le mois d’octobre qui viendront enrichir le dispositif. Des décrets sur les services sont notamment à venir et nous n’attendrons pas 2020 pour renégocier. Un calendrier sur 3 ans intègre déjà la rémunération et les bilans de médication, mais aussi la prévention, la livraison à domicile, l’utilisation des tests, le suivi des patients en chimiothérapie… La négociation continue et nous ne lâcherons rien, la profession a assez perdu de temps.

Les jeunes pharmaciens nous suivent sur ces nouvelles missions et la concrétisation de l’évolution du métier. 

Maintenant, je ne peux que regretter la position tactique adoptée par la FSPF. Bien sûr, j’aurais moi aussi préféré que le montant investi par l’Assurance maladie soit encore plus élevé mais rien dans cet avenant ne pouvait constituer une clause de non signature. Rappelons encore que sur le bilan de médication, plus de 39 millions d’euros investis sur 3 ans, une clause de sauvegarde prévoit sa réallocation à un autre dispositif (nouvelles missions) en cas de non utilisation dès 2019. 

Pour sa part, l’USPO incitera les pharmaciens à se former aux bilans de médication afin qu’ils gagnent en confiance comme ils l’ont fait sur les AVK. L’USPO va entamer un tour de France pour rencontrer tous les pharmaciens. Le métier de pharmacien évolue et nous devons retrouver de la confiance, de la lisibilité et de l’attractive pour notre exercice et nos officines.

Pour terminer sur les facteurs de succès, démarrer en 2018 était pour nous essentiel par rapport à la perte de marge et à la pression sur les baisses de prix subies par les pharmaciens. Notre objectif était clairement de nous soustraire le plus rapidement possible aux pires difficultés prévisibles si rien ne changeait. Pas question de nous trouver dans une situation où les infirmiers, les kinés et les dentistes négocient alors que les pharmaciens reculent dans leurs négociations. 
Le premier dossier de la ministre à son arrivée devait être celui des pharmaciens ! Elle a tenu ce calendrier avec le directeur de la CNAM et l’ensemble des services et ministères.

Celtinews : Vous nous avez parlé de nouveaux chantiers pour la rentrée, lequel vous semble prioritaire ?  

Gilles Bonnefond : Les projets sont nombreux mais aujourd’hui, je souhaiterais insister sur celui de la « juste dispensation ». 

Nous devons en effet réfléchir dès la rentrée sur la manière d’impliquer le pharmacien sur des médicaments qui doivent être pris très régulièrement comme les antihypertenseurs afin d’en améliorer l’observance mais aussi sur les traitements aléatoires pour éviter que le patient ne constitue des stocks inutiles.

La question de la stratégie de rémunération associée au bon usage du médicament sera clairement posée.

A ce sujet, je me souviens parfaitement d’une discussion avec Agnès Buzyn avant même qu’elle ne soit ministre. Pour elle, cette revalorisation de notre métier ne pouvait devenir réalité et constituer une vraie réforme qu’à condition d’être associée à une évolution de la rémunération.  Nous y sommes ! 

Celtinews, le 30/08/2017
Commentaire
Hauer Jerome
23/09/2017
1ère Très courte question : quels 280 millions supplémentaires ? en deux secondes, ils seront bouffés par la baisse des prix.... du coup, on aura gagné du boulot supplémentaire pour pas un sou.... comme dab !! 2ème encore plus courte : je me demande bien comment on va réclamer notre 1%......parce qu'on l'a déjà......
Folco Jean-Patrice
07/09/2017
Il est bien entendu que l'avenant conventionnel n'est pas une réforme pour la profession puisque l'acte de dispensation est clairement défini dans la convention depuis 2012. L'avenant signé par Gilles Bonnefond n'est en aucun cas différent de celui signé par Philippe Gaertner 3 ans plus tôt puisque dans les 2 cas les honoraires sont financés avec un transfert de marge quasiment du même montant. La différence fondamentale entre les 2 avenants est que les honoraires à la boite sont obtenus par une répartition égale sur tous les conditionnements du transfert de la marge commerciale alors que cette répartition est fortement inégalitaire dans le cas du transfert de marge pour les honoraires à l'ordonnance puisque plus d'1 milliard sur les 1,3 Mds d'€ d'honoraires à l'ordonnance proviendront d'un peu plus de 30% du total des dispensations toutes effectuées à des plus de 65 ans. Le taux de marque moyen du réseau pour les médicaments remboursables se retrouvant à environ 6% en 2020 (alors qu'il est à un peu moins de 20% actuellement) les officines qui ne pourront pas vieillir leur clientèle seront alors fortement pénalisées car dans l'incapacité totale de compenser la perte de marge due à la jeunesse de leur clientèle par une augmentation des volumes avec un si faible taux de marque. Comme le dit Gilles Bonnefond cet avenant constitue une opportunité économique ......mais sans nous dire pour qui !
Bernard MONTREUIL
04/09/2017
N'est-il pas surprenant de voir celui qui ne voulait pas des honoraires à la boite trouver des avantages à d'autres honoraires alimentés seulement par un transfert de marge à perte car non garanti. N'est-il pas surprenant de voir celui qui dénonçait l'absence de contrat avec l'état en accepter un à minima qui consacre la baisse de nos ressources? N'est-il pas surprenant de voir celui qui ne signe pas quand la FSPF signe ( en trouvant tous les défauts à la précédente convention) se mettre à signer quand elle ne signe pas (en trouvant tous les avantages à la nouvelle dont elle n'est qu'une évolution à minima)? Et si ce n'était que ça l' ADN de Gilles Bonnefond, "être contre la FSPF" et seulement ça ? Quelle fierté pour lui de "collaborer" avec M. Nicolas Revel, bien content d'avoir trouvé quelqu'un qui le sorte de l'embarras d'avoir a affronter un règlement arbitral et de revenir négocier face à une profession unie qui sait ce dont elle a besoin et n'a pas peur de le demander. Le front uni qu'il réclamait, c'est lui qui le fait voler en éclat par opportunisme personnel e, sacrifiant l'intérêt de la profession pour faire de l' anti FSPF! Et, n'est-il pas insupportable pour les 3/4 des pharmaciens de se voir engagés par une signature qui n'en représente qu'un quart ? Est-cela la démocratie? Non, c’est un déni de démocratie! Je rappelle aussi que le débat démocratique au sein de la FSPF à propos de cette convention a été vif et soutenu certains pour (il est vrai) d'autres contre. Un vote a dégagé , après l'analyse, la décision de combattre et résister pour gagner et pas d'accepter un armistice sans ambition et sans vision de l'avenir de la profession. Travailler plus, oui, être moins payés et accentuer cette tendance , non. Gilles Bonnefond accepte l’inacceptable et essaye de nous faire passer la pilule. A chacun d'apprécier la situation. La FSPF poursuivra le combat entamé et fera, s'il le faut, de la résistance. ( saluons quand même les avancées sur la pratique des entretiens et le nouveau bilan de médication, mais voyons bien leur totale insuffisance à équilibrer les comptes. Comment accepter que les interventions pharmaceutiques ne soient pas payées comme au Canada)
Lance philippe
02/09/2017
Gilles Bonnefond évite de dire que la rémunération des nouvelles missions correspondent à un travail supplementaire prenant, que la dispensation pharmaceutique est de plus en plus mal rémunérée après passage des LFSS. Sans oublier que personne n'a osé dire ce que représente un bilan de médication et les consequences. Et, réflexion habituelle et tordue du sieur Bonnefond, une pique idiote et injustifiée contre la FSPF.
DenisMacé
01/09/2017
Après avoir enflammé les réseaux sociaux avec des convictions prises pour vérités, Monsieur Bonnefond voudrait enflammer la rentrée avec les mêmes contre vérité : à savoir les nouvelles missions; bien mais chronophages et non financés ( 65 millions qui n'existent pas, mais se réduisent à 39 million, suite à une erreur de saisie de la CNAM dans une colonne des tableaux à la base des discussions). à savoir la clause de réévaluation : si écart de 1 % par rapport à 2016 : bien, mais applicable en 2020 au plus tôt et non 2018. à savoir les 290 millions : bien mais ils ne sont en fait que 210 millions sir 5 ans alors qu'en avril, la base de négociation commune aux syndicats représentatif était de 300 million pour ne rien perdre avant les baisses de prix qui ne manqueront pas de marquer les LFSS sur ces 5 ans. Bon c'est la rentrée et, donc le retours des polémiques stériles, sauf que là l'amorce vient encore du même pour se sentir exister.
R V
01/09/2017
A G. et Antoine : Ne vous inquiétez pas, ça va allez ! Nos syndicats et nos Instances roulent pour les DOCTEURS à qui leur ministre vient d'accorder 2€ de mieux tous les quart d'heure... ben oui, les pauvres, ils ont des "charges" ( vacances 6 à 8 fois voire plus, par an ), moi et vous, on n'en a pas ! Soit 4000 euro en moyenne, de revenu supplémentaire par an ; ça c'est du boulot ! Grace à nos syndicats. Oui je dis NOS syndicats. On leur donne encore plus de fric en nous faisant crever. Nous ne sommes que des commerçants ( on est tous au RSI ) , paillasson des professionnels de santé que sont Docteurs , Infirmières, Kiné , Dentistes ( qui eux , ne sont pas au RSI ). Ne vous inquiétez pas , ça va aller ! C'est toujours ce qu'on dit quand il n'y a plus d'espoir. Les seuls responsables sont ceux qui votent ( et non ceux qui nous gouvernent ). Apparemment il y en a qui votent bien et ont tout ce qu'ils veulent.... Et puis il y a les autres.
G B
31/08/2017
Quand une entreprise va mal il lui faut de l'argent frais . Dans notre cas , rien de tout cela , juste une garantie que la marge du réseau ne tombera pas de plus de 1 pour cent par rapport à son niveau de 2016 . Ce qui veut dire , en clair , que nous allons encore perdre avec les mesures drastiques prises sur le médicament dans le nouveau plan de la sécurité sociale . Pour essayer de compenser ces pertes , il faudra développer les nouvelles missions du pharmacien , chronophages ,mal rémunérées ,nécessitant des formations continues , difficiles à mettre en place pour les petites officines . M Bonnefond reve d'une profession axée sur la juste et bonne dispensation du médicament mais est incapable de réajuster une rémunération devenue incontrolable et insuffisante pour répondre aux nouvelles exigences qui nous sont imposées . Décidément nos syndicats sont les fossoyeurs d'une profession libérale vouée à disparaître .
ANTOINE HURARD
30/08/2017
plus prosaïquement que fait on avec nos stock de Prontalgine ? vous avez eu de propositions d indemnités ou d echanges ? de boehringer , de sanofi ? d ipsen ? Nous rien wallou ! on envoie la facture à la HAS ?
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