Alain Pestre, pourquoi la CAVP refuse le projet de décret sur les retraites complémentaires

 
IMA-EDV-170413-PestrE-NL_VH.jpgInterview d'Alain Pestre, Directeur financier de la CAVP
L’Organisation autonome d’assurance vieillesse des professions libérales se compose d’une Caisse nationale, la CNAVPL, et de dix sections professionnelles (CARCDSF, CARMF, CARPIMKO, CARPV, CAVAMAC, CAVEC, CAVOM, CAVP, CIPAV, CRN). La CNAVPL assure la gestion du régime de base des professionnels libéraux et celle des réserves de ce régime. Les sections professionnelles, quant à elles, assurent l'encaissement des cotisations et le versement des prestations du régime de base et pilotent elles-mêmes les régimes complémentaires et invalidité décès.
Réunis en Conseil le 23 mars 2017, les administrateurs de la CAVP (Caisse d’assurance vieillesse des pharmaciens) ont unanimement voté contre le nouveau projet de décret relatif à l’organisation financière des régimes d’assurance vieillesse gérant des régimes de retraite complémentaires. Pour en savoir plus sur ce décret et ses implications, Celtinews a interviewé Alain Pestre, Directeur financier de la CAVP. 

Celtinews : Pouvez-vous s’il vous plaît nous en dire plus sur ce projet de décret, ce qu’il signifie pour l’avenir des retraites et la position prise par la CAVP ? 

Alain Pestre : Ce qu’il faut savoir, c’est que le décret relatif aux placements financiers des Caisses de retraite date de 2002 !  
En 2008 déjà, nous avions demandé à la Direction de la Sécurité sociale de le réviser. Et là, nous recevons 19 pages d’un projet totalement illisible, même pour des techniciens. Nous apprenons que 5 arrêtés doivent être publiés, mais sans que ces arrêtés nous soient communiqués ! 
Jusqu’à présent, ce qui a fait la force de la CAVP, c’est sa politique basée sur la diversité des placements, principe de base pour abaisser le niveau de risque. Or, dans le projet de décret, rien de tel ne s’y retrouve. 
Bien au contraire, le projet nous contraint à investir principalement sur la zone euro, c’est-à-dire sur celle qui ne connaît aucune croissance, contrairement aux Etats-Unis ou même aux pays émergeants. Pour information, 80 % de la croissance se fait aujourd’hui hors zone euro ! 
Non seulement la couverture du risque devient impossible par les contraintes imposées, mais le projet comprend de nombreuses mesures qui engendrent des coûts de l’ordre de plusieurs dizaines de millions d’euros pour les Caisses.
En résumé, je dirais donc que ce projet de décret est illisible, préjudiciable et coûteux, voilà pourquoi nous le refusons en bloc. 
Les Présidents de Caisse de retraite et les associations doivent maintenant faire le siège auprès des pouvoirs publics et mobiliser les libéraux eux-mêmes. Par nos actions politiques, y compris celles auprès des candidats à l’élection présidentielle, nous souhaitons obtenir une réécriture en concertation du projet et, dans l’idéal, l’accès aux mêmes produits et aux mêmes moyens de gestion que les autres institutionnels comme les assureurs ou les acteurs internationaux. Les institutionnels doivent financer l’économie française, pourquoi les professions libérales s’en verraient-elles priver ?  
Les Caisses de retraite des libéraux n’ont jamais perçu un centime de la part de l’Etat et, en ce qui concerne la CAVP, nous avons de quoi payer les retraites sur les vingt prochaines années. Nous avions juste demandé une révision technique du décret. Il n’y a aucune raison de mettre en péril les retraites des générations futures.

Celtinews, le 13 avril 2017
 
Commentaire
Soyez le premier à commenter cet article
Ajouter un commentaire

Articles similaires