L’OTITE MOYENNE AIGUË

En période estivale le pharmacien est très sollicité pour les otalgies qui affolent les parents. La plupart des otites sont causées par des virus et se manifestent pendant un rhume. C’est l'une des infections communautaires les plus fréquentes et un important motif de consultation (8 à 13 % des consultations pédiatriques).
Chronique ou aiguë, d'origine virale ou bactérienne, l'otite est une inflammation de l'oreille qui touche généralement les jeunes enfants de 3 mois à 7 ans. Pathologie douloureuse et contagieuse, il est important de connaître l'otite sous toutes ses formes pour bien la prévenir et la traiter. Le pharmacien est souvent sollicité en amont de la consultation médicale, indispensable afin de préconiser un traitement adapté et en déterminer la cause. 

1. FACTEURS DE RISQUE & SYMPTÔMES
L’Otite Moyenne Aiguë (OMA) est l’un des motifs de consultation les plus fréquents en pédiatrie de ville et survient plus fréquemment en hiver.
Selon l’INSERM, la rhino-pharyngite est à l'origine d'un grand nombre de consultations médicales (presque 12 millions par an en France) suivie de l'otite moyenne aiguë (3 millions).   Le plus souvent c’est la douleur de l’oreille accompagnée de fièvre et de baisse de l’audition qui attire l’attention. La douleur est lancinante, pulsatile, intense et s’accompagne de maux de tête prononcés.
Chez le nourrisson, ce sont surtout des pleurs inexpliqués, une douleur abdominale associée à une diarrhée, de la température et une grosse rhinopharyngite qui motiveront la consultation chez le médecin.

De nombreuses OMA sont d’origines virales mais la surinfection bactérienne est retrouvée dans 60 à 70% des cas. 
La contamination des cavités de l’oreille moyenne se fait, via la trompe d’Eustache. 
Les principaux facteurs de risque endogènes sont : 
- L’hérédité (antécédents familiaux d’OMA ou OSM dans la petite enfance) 
- Les terrains particuliers : trisomie 21, malformations crânio-faciales, fentes et/ou anomalies vélaires ou vélo-palatines (même opérées), pathologies ciliaires (syndrome de Kartagener par exemple qui associe un fort ralentissement du battement des cils associé à un situs inversus), déficits immunitaires. 
Les principaux facteurs de risque exogènes sont : 
- Absence d’allaitement maternel 
- Tabagisme passif qui d’une part irrite la muqueuse, d’autre part paralyse les cils (effet nicotinique) et enfin modifie la flore normale du rhinopharynx 
- Les collectivités, telles que les crèches favorisent le brassage infectiologique 
- La pollution atmosphérique. 
Les trois germes principalement responsables des OMA de l’enfant de plus de 3 mois sont les germes les plus fréquemment rencontrés dans le rhinopharynx à savoir Streptococcus pneumoniae, Hemophilus influenzae et Moraxella (Branhamella) catarrhalis. Depuis la tendance à la généralisation des vaccinations anti-hémophilus B et anti-pneumococcique, on a pu assister à une variation de la répartition de ces bactéries dans les OMA.

2. DIAGNOSTIC
Le diagnostic d’OMA repose sur l’association de signes fonctionnels et généraux d’installation récente à des signes otoscopiques évocateurs.

On distingue plusieurs types d’otite : 
- L’otite externe (infection du conduit auditif externe) qui se caractérise par une douleur dans la partie extérieure de l'oreille, le pavillon et la peau environnante et l’otite moyenne par des douleurs situées plutôt à l’arrière du tympan
- L’otite moyenne aiguë (OMA) est définie par l’existence d’un épanchement infecté au sein des cavités de l’oreille moyenne. Les symptômes se manifestent par de vives douleurs, lancinantes et fréquemment accompagnées d'un bourdonnement d'oreille. Ces douleurs peuvent s’accompagner de fièvre, d’une diminution de l’audition et parfois de maux de tête. 
Dans près de 80 % des cas, l’otite se guérit d’elle-même en 48 à 72 h.

3. COMPLICATIONS 
Un examen des oreilles s’impose devant toute atteinte de l’état général d’un nourrisson et notamment devant tout syndrome fébrile ou dyspeptique et doit entraîner une otoscopie.

A l’heure actuelle les complications sont rares car les traitements antibiotiques appropriés sont de mieux en mieux maitrisés. 
Principales complications locales : mastoïdite aiguë nécessitant une intervention chirurgicale, paralysie faciale, labyrinthite (infection de l’oreille interne), abcès du cerveau, paralysie faciale, surdité pouvant être définitive.
Complications générales : méningite purulente et septicémie . Les germes en cause sont souvent, soit le pneumocoque, soit l’hémophilus B. Certaines complications peuvent être prévenues actuellement, outre les antibiotiques, par le vaccin Act-hib (anti-hémophilus B).
La baisse brutale de l’audition est une urgence extrême.
Un contrôle otoscopique devrait être systématiquement pratiqué avant la fin du traitement pour vérifier le retour du tympan à la normale.

4. TRAITEMENT
La plupart du temps le médecin prescrit une antibiothérapie d’emblée sans connaître la nature du germe responsable. Or le traitement antibiotique de première intention doit être régulièrement réévalué du fait des résistances bactériennes. Donc pas d’antibiothérapie à l’aveugle !

Selon les recommandations de bonne pratique de la SFORL actualisées en 2012, la prescription d’antibiotiques DOIT ETRE PROSCRITE (au regard des conséquences individuelles et collectives qu’elle entraîne) dans les situations suivantes : 
• Otite congestive de l’enfant 
• Otite séromuqueuse de l’enfant 

Situations dans lesquelles IL EST RECOMMANDE de prescrire un antibiotique : 
• Otite moyenne aiguë purulente : 
- de l’enfant de moins de 2 ans 
- de l’enfant de plus de 2 ans, après réévaluation à 48-72 heures en cas de symptômes peu bruyants ou d’emblée si fièvre élevée, otalgie intense ou difficulté de compréhension des consignes 
- de l’adulte. 
Ne sont envisagées dans cette recommandation que les OMA de l’enfant de plus de 3 mois immunocompétent, la prise en charge d’un enfant de moins de 3 mois ou immunodéprimé nécessitant un avis spécialisé. L’OMA est beaucoup plus rare chez l’adulte.
Le traitement antibiotique permet souvent de guérir les otites avant qu’elles n’arrivent au stade d’otite purulente, évitant la paracentèse, qui consiste simplement à percer le tympan pour permettre au pus de s’écouler. L’amoxicilline est recommandée en première intention à la dose de 80-90 mg/kg/j en 2 à 3 prises quotidiennes dans les infections respiratoires hautes.  En effet, elle est la molécule orale la plus active sur les pneumocoques de sensibilité diminuée à la pénicilline et agit sur plus de 80% des H. influenzae. Les AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens) associés à un antibiotique sont souvent prescrits en première intention du traitement de l’otite moyenne aiguë mais ne font pas l’objet d’un consensus.
Si un traitement autre que l’amoxicilline a été prescrit d’emblée, un avis ORL est recommandé pour juger de l’opportunité d’une paracentèse avec examen bactériologique. L’otite séro-muqueuse est la complication la plus fréquente à long terme de l’OMA.
Dans tous les cas il faut nettoyer la sphère nasale au sérum physiologique et aspirer au mouche bébé pour nettoyer la rhinopharyngite associée.
La réévaluation clinique se fait après 3 jours et la guérison repose sur 3 critères : l'apyrexie, la normalisation de l'audition 
et l'intégrité du tympan.

5. CONSEILS À L’OFFICINE
Toute otalgie unilatérale qui ne fait pas sa preuve est a priori symptomatique et doit faire l’objet d’une surveillance rigoureuse.

Certaines mesures permettent de prévenir les otites récidivantes :
- Des mesures d’hygiène comme le lavage des fosses nasales au sérum physiologique et l’emploi du mouche bébé en attendant l’apprentissage du mouchage efficace. Traiter la rhinite allergique. Eviter de fumer en présence des enfants
- Privilégier un mode de garde non collectif
- La vaccination anti-Haemopilus permet de diminuer l’incidence de l’OMA au cours des épidémies hivernales
- Une supplémentation en fer peut être envisagée si l’hémoglobine est inférieure à 12g et si la ferritie est inférieure à 40 mg/ml
- Les eaux polluées et les eaux de piscine trop chlorées augmentent les risques d’infection, il est possible d’utiliser des bouchons d’oreille spécifiques ou des bandeaux d’oreille bain et sports en néoprène. Bien se sécher après la baignade car l’humidité favorise les otites. Attention à la plongée sous marine
- Éviter l’utilisation des cotons tige pour nettoyer le conduit auditif.

6. SITES WEB 

 
Commentaire
Soyez le premier à commenter cet article
Ajouter un commentaire
No images were found.

Articles similaires