LE BONHEUR EST DANS NOS PHARMACIES

« J’ai passé un super réveillon avec de bons amis. Vraiment c’était sympa de conclure 2017 et d’entamer 2018 avec de vrais amis et avec beaucoup de rires.
Et puis je me suis réveillée le 1er janvier et j’ai vu comme 2018 ne promettait rien de bon : on attaque nos pompiers et nos policiers, les tempêtes succèdent aux tempêtes laissant augurer une instabilité climatique irréversible car nous n’avons pas su protéger notre planète, la Corée du Nord devient de plus en plus agressive...
Eh merde... où sont l’harmonie, la bienveillance, au minimum le sens civique?
Le bonheur commence-t-il là où BFM s’arrête?
Je commençais à douter que 2018 apporterait quelque chose de bon à notre humanité...
Quand je suis tombée sur un mail rapportant un article de Christophe André, célèbre psychiatre, sur son blog et paru dans Psychologie magazine.

« La scène se déroule dans une pharmacie, à Paris, un jour de très beau temps, doux et ensoleillé.

Au comptoir voisin du mien se trouve une dame âgée, l’air affligé. Le préparateur en pharmacie lui parle longuement, à voix douce, gentiment. Je n’entends pas ce qu’ils se disent, mais il semble essayer de la rassurer, de la convaincre. La préparatrice joviale et souriante qui me sert, revenant de son arrière-boutique avec mes médicaments, les voit parler tous les deux et lance à la dame, qu’elle semble bien connaître « : « Alors, vous avez vu ce beau soleil, comme ça fait du bien ?! »

Mais la dame, relevant la tête un instant puis la rebaissant, l’air renfrogné, s’exclame : « Je m’en fous du soleil ! » Pas très sympa… Mais la préparatrice ne se laisse pas rebuter (elle doit avoir l’habitude de cette cliente), et me demande gentiment de l’attendre un moment. 

Elle se dirige alors vers la dame, la salue, la prend dans les bras, et elle l’admoneste gentiment : « Eh bien alors ? C’est quand même mieux que toute la pluie et tout le gris de la semaine dernière, non ? Allez, il faut se secouer, sortir prendre l’air, profiter du soleil ! » 

La dame n’a pas l’air follement convaincue, ni décidée à faire des efforts, mais tout de même, son visage s’est déridé, elle se détend un peu, ne peut réprimer un petit sourire.

Je ne suis pas sûr de mon côté que les conseils de la préparatrice en pharmacie soient suivis de beaucoup d’effets, vu la tête de la dame, mais on ne sait jamais. Je suis sûr en tout cas que c’est bien mieux pour elle que si elle n’avait rencontré, en se faisant servir, que de l’indifférence. Les deux salariés de la pharmacie semblent bien la connaître, et être habitués à son humeur triste et bougonne.

Par déformation professionnelle et par curiosité personnelle, je tords un peu le cou pour essayer de voir discrètement quels médicaments elle prend (je « girafe » comme on dit dans les écoles en Afrique, lorsqu’un élève cherche à copier sur l’autre). Je me dis qu’il doit y avoir sur son ordonnance des antidépresseurs, et je me demande lesquels et à quelles doses. Peine perdue, je ne vois rien. Aucune importance.

Ce qui est important, c’est l’humanité dont font preuve ses deux interlocuteurs, qui font leur travail de réconfort dans l’ombre. C’est le milieu de la matinée, il n’y a pas trop de clients dans la pharmacie, ils ont un peu de temps pour elle, et au lieu de le consacrer à ranger leurs boîtes ou à prendre un café dans leur arrière-boutique, ils restent à ses côtés pour tenter de la consoler. 

Je trouve ça beau et touchant, leur sollicitude envers la pauvre dame si triste qu’elle se fout du soleil. Personne n’a assisté à la scène sauf moi, mais elle a bien existé, en vrai, et pour l’éternité : j’ai vu, de mes yeux vu, ce monde parfois si triste s’enrichir d’une bouffée d’amour fraternel… »

Et me voilà ragaillardie pour 2018!
Mais oui bien sûr!
Le bonheur est dans le pré mais aussi dans nos officines!!!
C’est à nous de le créer, de l’inventer!
S’il y a un endroit où les gens doivent se sentir bien c’est chez nous!
Ils doivent se sentir considérés, pris en charge, soutenus, aidés. Et nous n’en vivrons les nouvelles de BFM qu’avec plus de détachement. Car nous saurons à quoi nous servons.
Merveilleuse année 2018 à vous. Que votre santé et celle de ceux que vous aimez soient solides, que vos moments passés en famille soient riches car ils sont précieux, que vous ne connaissiez pas la solitude et que vous trouviez une raison chaque matin de vous lever pour aller dans vos officines : le plaisir d’avoir pu être utile. »

Delphine Chadoutaud
Commentaire
HETTE JF
09/01/2018
2 commentaires se distinguent....vous les retrouverez facilement ils arborent des initiales ou un pseudo! pourquoi tant de haine?! le principal ennemi du pharmacien , ce ne sont pas Leclerc et consorts , les labos , les médecins que sais je encore ....le principal ennemi du pharmacien est le pharmacien lui-même!
juliette seguin
04/01/2018
J'ajouterais que ce témoignage d'une personnalité reconnue, diffusé sur de grandes ondes que je suppose être celles de France Inter, ça ne peut pas faire de mal ! et plus encore... Bonne année à tous!
cossalter veronique
04/01/2018
Chez nous aussi c'est comme ça, enchantée de faire ce métier rien que pour ces moments qui je pense sont de plus plus rares dans notre profession. Les efforts économiques que nous faisons tous les jours sont un peu récompensés.
HETTE Jean-François
03/01/2018
Tant qu'il y aura des pharmaciens comme vous et des préparateurs "comme eux(elles)" je ne désespérerai pas de la profession et je me sentirai moins seul donc bien plus heureux! JFH
Dalloux Philippe
03/01/2018
Merci Delphine pour votre optimisme qui fait du bien !
R.V.
03/01/2018
Il y en a qui n'ont pas pas grand chose à faire pour écrire un aussi long bla bla . La solitude je connais ! je n'ai pas de famille et pas d'assistant .Alors , arrêtez S.V.P. . 2018 : les docteurs vont toucher 50 000 euros pour 5 ans , ça c'est le bonheur , pris sur mon dos . Bonne année 2018 aux docteurs !
Christine LOYEUX DUBREUIL
03/01/2018
Merci Delphine ! voilà un petit texte que je vais afficher dans le back office pour nous garder le moral et l'envie. Si seulement ce fonctionnement qui est le notre, pouvait être reconnu un peu ... si on pouvait nous faciliter la vie pour que nous gardions cette fonction de bienveillance et de réconfort qui donne de la valeur à notre exercice au quotidien. Bonne année à tous les pharmaciens impliqués pour leur clients-patients. Espérons avoir un juste retour ...un jour, pas trop tard ...
delphine malot
03/01/2018
Très sage ... ça fait du bien d'entendre de belles pensées ! merci ...Et Bonne Année !!!
JD71
03/01/2018
Moi j'avais prié pour que la grande prêtresse arrête ses incantations sur Celtipharm et ailleurs ! Hélas c'est raté, elle est même "ragaillardie"!!! Juste pour la rassurer : Delphine, vous n'avez pas le monopole de l'altruisme, du désintérêt et du travail bien fait. La profession n'a pas besoin de leçons de morale à chacune de vos interventions qui ne donnent sûrement qu'à vous "le plaisir d'être utile". Bonne année.
groos pierre
03/01/2018
tout simplement bravo,et beau temoignage de notre quotidien
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