Mon petit trésor

Il y a 18 ans j'ai adopté et référencé un petit trésor.
Un petit qui avait besoin que l'on croie en lui, un petit qui avait besoin de soins et d'attentions.
Ce petit trésor a séduit beaucoup d'autres adoptants et on a été quelques-uns à lui faire un nid au chaud et à l'aider à grandir et s'épanouir.
Il s'est épanoui. Il faut dire qu'il était très prometteur.
Et quand tous ceux qui avaient cru en lui ont réussi à lui faire une notoriété solide et un succès important, tout le monde a voulu l'avoir.
Évidemment.
Fort de cette célébrité, mon petit trésor a eu un orgueil démesuré. Le succès lui est monté à la tête. Au lieu de se vendre au plus offrant, il s'est offert au premier épicier, se croyant indispensable.
Et mon petit trésor est devenu un objet sans élégance, sans classe, que l'on pouvait avoir partout et au plus petit prix.
Mon petit trésor n'en était alors plus un à mes yeux.
La maman que j'ai été pour lui s'est vue négligée mais je n'ai plus reconnu mon trésor.
Je l'ai abandonné et laissé s'offrir aux autres, dussent-ils mal le traiter. Mal le présenter. Le brader. L'humilier.
C'était son choix.
Un jour mon petit trésor ne sera plus qu'un produit que l'on trouve en bas des étagères de supermarché avec l'étiquette « premier prix ».
Quel gâchis.
Moi qui l'aimais tant ce petit labo…

Delphine Chadoutaud, pharmacien titulaire à Orsay (91)
Commentaire
Folco Jean-Patrice
13/09/2018
Le problème avec un petit trésor adopté c'est qu'un jour il part à la recherche de ses parents biologiques.
Desfeux Franck
13/09/2018
J'aimerais savoir dire les choses comme Delphine, mais bon... Par contre il me semble, dans sa prose, déceler une légère amertume d'un temps passé, où pharmacies et labos marchaient main dans la main. Et les vilains labos auraient lâché la main du gentil pharmacien. Je ne suis pas sur qu'une analyse aussi manichéenne soit vraiment pertinente. Les labos sont des commerçants, et pas des leaders d'opinions. Ils répondent à une demande par une offre, ils vont dans le sens du vent, n'ont qu'une influence marginale sur l'orientation du marché. C'est le gentil pharmacien qui s'est laissé attrapé, il ne peut s'en prendre qu'à lui-même, si son image est dégradée. Personne ne nous oblige à vendre des médicaments déguisés en dispositifs médicaux, en compléments alimentaires. Personne ne nous oblige à plonger dans les modes de l'homéo, ostéo, accupuncto, et autres thérapies plus ou moins farfelues. Il faudrait au contraire qu'on affiche le caractère rigoureux et scientifique de la profession. Il serait bon que cette profession passe du stade de victime consentante à celui de professionnel responsable. Mr Leclerc se place lui, en leader d'opinion, il est beaucoup plus dangereux, parce qu'il suit une stratégie claire, limpide, lisible. Et les vilains labos, ils aiment ça.
olivier G
13/09/2018
Les "labos" ont bien compris depuis longtemps que la pharmacie était un formidable tremplin pour se lancer et qu'il était facile de se revendre ensuite une fois la notoriété établie. Et comme les pharmaciens croient toujours au Père Noël, cela marche encore et toujours...
Yahya ju
12/09/2018
C’est si joliment dit! Quelle belle vérité si navrante et qui reflète la bêtise de l’homme par moment. Oui voir plus loin que le bout de son nez, ce n’est malheureusement pas la qualité première de certain...
Gautier Geneviève
12/09/2018
Très belle prose dans ce monde de brutes commerciales !!! et malheureusement tellement vrai... J'aime beaucoup...j'ai encore de jolis petits trésors dans mon officine...
JPM
12/09/2018
Ben oui, mais la faute nous incombe, pharmaciens para-épiciers, qui avons inventé deux néologismes : « complément alimentaire » et pire « parapharmacie ». Le premier pour autoriser les « fabricants », j’ai pas dit « labos », à nous aider à fourguer des placébos et autres m...es sans actions démontrées. Pas de dossier d’AMM, donc pas de temps perdu. Un méga présentoir, une méga pub avec des méga effets 3D et un prix fantaisiste frisant l’indécence (très mauvais pour le look capillaire). Nous (je ne parle pas de moi évidemment car je vais bientôt être béatifié), nous donc, toute honte bue, dealons ces substances inertes dans des méga boîtes aux méchantes affirmations promettant l’éternité, les nuits apaisées, la beauté intérieure et surtout extérieure……………………….. PLUS GRAVE « LA PARA-PHARMACIE ». Puisque la mentions « vente exclusive en pharmacie » venait d’être interdite dans les années 80, il fallait trouver autre chose, alors nous avons inventé le mot « para-pharmacie ». Néologisme qui ne veut rien dire puisqu’il désigne ce qui est « à côté de la pharmacie », cela regroupe tout le reste, tout ce qui n’est pas un vrai médicament. Ce sera donc indifféremment la choucroute, la clé à molette, la crème solaire, le shampooing, les pastilles pour lave-vaisselle, etc… La liste n’est pas exhaustive bien entendu. NOUS AVONS DONC JETE EN PATURE NOTRE IDENTITE : « LA PHARMACIE ». Les industriels ne s’y sont pas trompés, ainsi je trouve le nom de mon métier associé à tout un bric-à-brac occupant la scène publicitaire qui enfonce le public crédule dans une ignoble farce mensongère…… QUE FAIRE S’IL N’EST PAS TROP TARD ?........ L’Ordre devrait purement et simplement interdire l’utilisation de terme « pharmacie », associé ou non, autrement que pour désigner le noble art qui nous anime. La sémantique y gagnerait et la clarté aussi. Je passe sur l’honnêteté intellectuelle qui n’arrange pas tout le monde. Bon voilà………… Si vous êtes d’accord tapez « 1 » sinon tapez « je suis un mercantile et je m’en fout ».
Khoi
12/09/2018
Malheureusement, c'est la vie : petit, ils ont besoin de nous, puis en grandissant, ils s'affranchissent en signant parfois un pacte avec le diable. Certains parfois reviennent penauds pleurer sur notre épaule.
alindust
12/09/2018
Il y a 38 ans j'ai compris que nombre de petits trésors de jadis étaient voués à peu à peu disparaître....les prémices étaient déjà parfaitement identifiables... Juste un exemple parmi les multiples qui ont suivi : "la vente de vit C réservée aux pharmaciens !...à quand le kg d'oranges exclusivement vendu en pharmacie ?" (pub Leclerc des années 80).... Le soit disant "nouveau monde" proclamé aujourd'hui par Macron était déjà né ! et il n'y avait évidemment aucune raison de penser que cette vague allait s'arrêter !
Sophie Toufflin-Rioli
12/09/2018
Toujours au top Delphine, moi aussi j’ai été foyer adoptif et j’ai cru en l’autre petit labo comme toi et comme toi j’ai été très déçue et je me suis séparée d’une marque devenue sans foi ni loi
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